La caricature contre l’obscurantisme. Un outil pour éduquer ?

Caricature du roi Philippe Le Bel – BNF

Comment affronter les différentes formes de « peste idéologique » qu’elle soit d’inspiration religieuse, sectaire  ou politique au sein de l’institution scolaire ?

L’école dernier champ de bataille ? 

> Les professeurs seraient-ils le dernier maillon ?

Après avoir tant dénigré l’école et les « profs » (vous êtes prof ? / prof de quoi ? / il faut demander aux profs…), on se rend aujourd’hui compte que  les professeurs  (pourtant souvent moins bien rémunérés que les administratifs des inspections académiques et des rectorats), sont le dernier maillon de la chaîne de défense de la laïcité et  de « l’esprit des lumières ».

Le « prof-bashing » des médias a fait beaucoup pour discréditer l’effort des enseignants  mais il n’est  que l’un des éléments qui ont dévalorisé la place des enseignants dans notre société. La perte importante du pouvoir d’achat  des enseignants depuis une trentaine d’années y est pour beaucoup, étant entendu que c’est un métier de vocation (un peu comme celui de soignant)  et de plus en plus féminin. 

Il y a aussi la manie des réformes que chaque nouveau ministre, sans bien connaître son sujet et s’en remettant à de hauts fonctionnaires « hors sol »,  veut imposer au « mamouth » de l’institution éducative. D’une réforme à l’autre les conditions se dégradent en terme de confort et de nombre d’heures d’enseignement, dans l’indifférence générale.

Résultat : de moins en moins de candidat(e)s pour exercer cette profession devenue difficile et dépréciée. Pourtant si ce maillon cassait lui aussi…

> Les agressions et revendications des parents

Les parents d’élève doivent signer en début d’année scolaire la charte de la laïcité.

Les contestations de l’enseignement par des élèves ou des parents se sont multipliées depuis que de joyeux démagogues bien pensants et gouvernants ont décidé de « faire enter les parents dans l’école ».

La revendication des menus halal, du droit de porter un voile à l’école ou dans l’accompagnement des sorties scolaires par les parents. Autant de petits combats qui, pied à pied, tentent de faire entrer une religion dans l’école de la République.

On a pu relever ici et là l’autocensure de certains enseignants qui ne supportent plus la moindre critique à l’égard de l’islamisme radical, par peur réflexe de se retrouver confrontés à l’hostilité des élèves et des parents d’élèves vindicatifs qui pensent gagner le salut de leur âme dans ce combat. Cette auto-censure est déjà un recul des libertés publiques, même si elle reste minoritaire aujourd’hui.

> Les enseignements des institutions « hors contrat »

Ces établissements sont quant à eux hors contrôle de l’Education nationale, parfois subventionnées par des pays étrangers, ils peuvent être dans certains cas le cheval de Troie du salafisme. Il convient donc de renforcer les contrôles des établissements d’enseignement « hors contrat » et de les fermer le cas échéant !

La liberté d’expression

> Point n’est besoin de caricaturer
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Point n’est besoin de caricaturer le dieu de certains pour défendre la liberté d’exprimer ses idées. Point n’est besoin de provoquer la colère des uns  ou de susciter la peine des autres. C’est vrai.

Point n’est besoin de manquer de respect à l’égard des croyances des uns ou des autres. C’est encore vrai. Souvent, ce n’est pas indispensable. Et l’on peut se rendre désagréable et  offensant  si on le fait quand même. Cela peut même devenir contre-productif en générant une réaction de rejet et d’hostilité.

Mais en aucun cas cela ne peut justifier, dans notre République, un déclenchement de haine qui conduise à l’agression y compris verbale, en face à face ou à travers des réseaux dits sociaux.

Dans  un grand nombre de cas la caricature est  d’abord un moyen efficace pour résumer de façon humoristique une critique sévère. Elle est une arme de contestation « tout terrain » qui peut s’étaler sur un mur sous tout régime dictatorial qui voudrait museler les critiques.

> Chacun a pourtant le droit de blasphémer ou de caricaturer

Chaque citoyen doit lutter contre la lèpre de l’obscurantisme et de l’intégrisme religieux qui veut tout englober et refuse à autrui le droit d’interpréter le monde autrement que lui, le droit de ne pas croire en un dieu, le droit de  blasphémer, le droit de caricaturer, entre autre, dieu et les croyants de tout poil.

C’est à chacun d’utiliser ce droit à bon escient. Cela doit permettre à tous de choisir librement ses croyances ou sa non-croyance. Lutter contre l’obscurantisme ne consiste pas pour autant à s’opposer à toute religion.

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Caricature anticléricale

La laïcité menacée ?

La laïcité est un fondement de notre république et de notre culture française et même européenne. Elle repose sur trois principes complémentaires : liberté de conscience, séparation de la religion et des institutions publiques, égalité des droits.

La République a fait émerger la laïcité pour échapper à  toute dictature morale imposée par la religion. Ce n’est pas l’islamisme qui va remettre en cause aujourd’hui cette valeur fondamentale de la laïcité. Chacun a le devoir de s’opposer aux pulsions séparatistes et communautaristes.

La liberté de conscience, d’idées et de croyance permet à chacun d’exprimer librement ses convictions, sous réserve de ne pas remettre en question l’ordre public. La liberté d’expression, qui est la fille de la liberté de conscience est à la base de nos libertés publiques. Or l’extrémisme religieux  cherche en permanence à remettre en cause notre ordre public républicain  en souhaitant imposer un ordre religieux. L’histoire de France nous l’a montré avec les errements du catholicisme.

La séparation des institutions publiques d’une part et des organisations religieuses d’autre part se trouve elle aussi mise à mal lorsque des écoles « hors contrat » financées souvent par d’autres pays (Comme la Turquie ou le Quatar) se substituent à l’éducation nationale  et prétendent dispenser des horaires élevés d’enseignement religieux à la place des matières des programmes officiels. Elle est également mise à mal lorsque les  religieux prétendent contester  la décision d’un ministre ou d’un préfet (concernant le port du voile par exemple)

L’égalité de tous devant la loi quel que soit ses convictions et croyances est une égalité de droits et de devoirs.  Ces droits et ces devoirs sont devenus pourtant l’objet d’un combat quotidien dans certains établissements scolaires. Certains élèves ou parents prétendant sous des prétextes divers imposer leurs propres valeurs à tous les autres : hauteur de la jupe des filles, voile, non mixité des cours de gymnastique, viande halal à la cantine, etc..

Comment faire face ?

Il a fallu l’horreur et la sidération après la décapitation du professeur d’histoire et géographie Samuel Paty, pour qu’une fois de plus la nation française se réveille de sa torpeur.

Comment faire face au comportement de fermeture et d’opposition groupale aux libertés républicaines ?

> Ne pas stigmatiser une religion

Il est hors de question de stigmatiser les musulmans de France. Cela ne doit pas être trop difficile dans la mesure où nous avons vécu il y a quelques années l’obscurantisme des catholiques intégristes, souvent orientés politiquement à l’extrême droite, sans pour autant condamner tous les catholiques du pays.

Mais sous prétexte de na pas stigmatiser les uns ou les autres, il ne faut pas baisser les bras devant les dérives sectaires qui se développent dans notre société. D’ailleurs, le salafisme n’est pas seul en cause. De nombreux illuminés prétendent ici et là imposer leur dogme à des disciples.

Il est regrettable que la mission interministérielle Miniludes (mission interministérielle de lutte contre les dérives sectaires) ait été supprimée sous prétexte de simplifier le dispositif et de le recentrer sur la lutte contre la radicalisation. On déshabille Pierre pour habiller Omar.

Populariser la laïcité comme clé de notre « vivre ensemble » et de notre citoyenneté

Il ne faut pourtant jamais oublier que comme le disait Pierre Bourdieu : « Il n’y a pas de force intrinsèque de l’idée vraie »  

Il faut donc convaincre par une mise en scène de cette idée de laïcité afin qu’elle soit reçue à travers l’émotion qu’elle véhicule ou qui l’accompagne.

Il est important de convaincre que la laïcité n’est pas là pour faire la guerre aux religions mais pour permettre à chacun de choisir de croire ou non dans la religion de son choix ou de ne pas croire. Une telle idée doit être popularisée par tous les moyens culturels accessibles, à travers des émissions de radio et Tv et des articles de presse mais il faut surtout s’adresser aux jeunes  en utilisant  Snapshat, Tik tok, Pinterest et Instagram,

BD, caricatures, vidéos, chansons, films, séries, tous les moyens sont bons pour que les professeurs de l’Education nationale se sentent moins seuls dans leur démarche de lutte contre l’obscurantisme.  

La laïcité doit reprendre sa place de valeur partagée en retrouvant son « pouvoir d’affecter » de « passionner ensemble » les élèves et les jeunes en général.

> Responsabiliser les familles

La tragédie de Samuel Paty a montré comment la pression familiale et même communautaire peut être forte sur les individus et les institutitons.

Un délit de pression communautaire ou familiale exercée sur un représentant d’un service public doit être réprimé par notre code pénal.

Sur le schéma de la loi Ciotti relative à l’absentéisme scolaire (abrogée en 2013 par le gouvernement Hollande), la sanction financière consistant en une suspension des allocations familiales,  pourrait concerner, non seulement l’absentéisme scolaire mais également les manquements disciplinaires ou  les pressions familiales exercées à l’encontre de représentants d’un service public ou d’une institution publique ainsi que le coût des dégradations matérielles commises par un élève (ou un parent) dans le cadre scolaire. Afin de rétablir l’égalité devant la loi, une sanction pécuniaire identique serait infligeable dans le cas d’un enfant unique, sous la forme cette fois d’une amende administrative.

En cas de récidive, une poursuite devant le tribunal correctionnel pourrait aboutir à une reconduite à la frontière dans le cas d’une famille étrangère et à une mise en centre éducatif fermé pour les jeunes français  ayant commis un délit à l’encontre de l’institution scolaire ou de l’un de ses agents.

> Donner des moyens et de la crédibilité à une instance de régulation

Le Conseil Français du Culte Musulman est né en avril 2003 sous l’impulsion de l’Etat français. Il est aujourd’hui critiqué pour accorder une place trop grande aux courants fondamentalistes, ne pas être véritablement représentatif de l’ensemble des musulmans français, et surtout, pour contredire par l’intervention active de l’État dans sa mise en place, le principe même de laïcité.

Cette dernière critique est dénuée de toute pertinence par le fait que créer un organe de régulation n’est pas synonyme de s’immiscer dans les pratiques et le culte religieux mais constitue au contraire un effort pour donner à la première religion de France par le nombre de ses pratiquants  une représentation nationale équivalente à celle qui existe spontanément dans les autres religions d’importance sur le territoire national.

Cette institution est aujourd’hui assez installée pour pouvoir prétendre à l’exclusivité de la formation des imams afin d’éviter de voir arriver sur le territoire des religieux qui importe un culte et des valeurs venus d’ailleurs et souvent hostiles à notre culture laïque.

Il convient donc de légiférer en ce sens et de soutenir cette reconquête de la formation des imams.

> Censurer les manifestations de l’extrémisme religieux

Comme nous l’a montré Simone de Beauvoir, « Une liberté qui ne s’emploie qu’à nier la liberté doit être elle-même niée »

Il convient clairement de fermer et interdire les lieux de culte, partis, associations  hostiles aux valeurs républicaines et aux libertés publiques de nos citoyens et de nos habitants.

Il convient également de traquer sur les réseaux sociaux les divers modes d’expression et de popularisation de l’extrémisme religieux, qu’il apparaisse explicitement ou à travers des thèses complotistes ou à travers une posture d’accueil des personnes psychologiquement fragiles dans une stratégie souvent reconnue dans les pratiques sectaires.

> Agir avec détermination dans les collèges et lycées
  • En mettant en place des brigades d’intervenants de la laïcité qui ont pour but de présenter la laïcité, son histoire et ses différentes facettes dans les classes, sur décision rectorale ou académique ou/et à la demande des enseignants ou des chefs d’établissement.

Cette intervention extérieure facilitera le travail des enseignants eux-mêmes qui pourront ensuite approfondir ou élargir la discussion suscitée par le passage d’un intervenant de la laïcité.

Cette intervention permettra également de révéler des réactions d’hostilité à la laïcité ou à la démocratie française qui peuvent le cas échéant faire l’objet d’un signalement.

  • En mettant en place dans chaque établissement une équipe vouée à traiter les problèmes éventuels de radicalisation. Afin que les enseignants qui peuvent être amenés à subir ses conséquences ne soient plus seuls pour y faire face.
  • En désignant au niveau du commissariat de la Police nationale le plus proche un correspondant « Radicalisation » de chaque établissement du second degré,  avec lequel des échanges d’informations réciproques pourront se faire.

Caricature anglaise de Napoléon, tyran à l’appétit insatiable !

Auteur : GB

Voir aussi l'Aide-mémoire "Management et économie des entreprises" 12ième édition 2018 SIREY (Groupe DALLOZ)