Surmonter notre dépendance sanitaire

Nos médicaments sont de plus en plus importés ou produits à base de substances actives produites en Inde ou en Chine.

Comment surmonter la dépendance sanitaire en France et en Europe est une question que nous nous posons tous en nous demandant également comment notre recherche et notre production de médicaments et vaccins ont pu tomber aussi bas !

La dépendance sanitaire européenne est apparue nettement depuis une dizaine d’années

La crise sanitaire a mis en évidence de façon brutale notre dépendance en matière de matériel médical, de médicaments et de vaccins. Les pénuries de médicaments ne sont d’ailleurs pas une chose nouvelle ! (1)

Extrait du Rapport Pénuries de médicaments du Département des études et du lobby de UFC Que Choisir du 9/11/2020.
NB : C’est depuis 2012 que le signalement des ruptures de stock des médicaments d’intérêt thérapeutique majeur est obligatoire pour les laboratoires pharmaceutiques.

La mise en œuvre d’une production sous forme de concession publique ou de régie intéressée des médicaments les plus anciens et pourtant indispensables aux traitements médicaux, semble donc une solution nécessaire. Ils sont en effet négligés par les industriels de la pharmacie car ils sont moins rentables !

La France qui a été au premier rang de l’industrie pharmaceutique en Europe est passée au 4ième rang . Mais la dépendance concerne tous  les pays européens. La tour de Babel européenne  a, depuis 20 ans, laissé filer les entreprises et les savoir-faire vers l’Asie. L’Europe n’a pas investi comme elle aurait du le faire dans un domaine aussi stratégique. Ce qui est vrai de l’Europe est vrai de chacun de ses États. D’une part le marché s’est mondialisé avec une libéralisation accrue des échanges internationaux et d’autre part les industriels européens ont délocalisé leurs productions pour réduire leurs coûts de main d’œuvre et pour échapper aux normes environnementales et aussi pour avoir un accès aux nouveaux marchés de Chine et d’Inde. La doctrine néo-libérale dominante en Europe a fait le jeu des concurrents Américains et Chinois notamment. Les uns et les autres développant, pendant ce temps, des politiques volontaristes fondées sur des investissements publics massifs en R&D.

La dépendance sanitaire est le reflet de la désindustrialisation européenne et surtout française

La France avait su développer une industrie de pointe dans certains secteurs grâce à une politique volontariste initiée par le général De Gaulle : aéronautique, atome, recherche médicale, TGV, armement, etc. 

En matière sanitaire, elle s’est progressivement limitée à  rembourser « au meilleur prix » par le biais de notre système de Sécurité sociale des médicaments produits de moins en moins en France ou en Europe.

De façon générale, l’Europe toute entière s’est progressivement transformée en un grand marché qui ne produit plus grand-chose industriellement et qui a prétendu néanmoins encore se développer, souvent en s’appuyant sur la production de services !

La désindustrialisation a débuté avec la crise économique des années 70 et a été particulièrement rapide et profonde en France. Un rapport de France Stratégie publié en novembre 2020, montre que l’industrie française a été particulièrement impactée. (2)

Le nombre d’emplois industriels et la part de la valeur ajoutée industrielle dans le PIB ont été divisés par deux  en moins d’un demi siècle. L’industrie autrefois pourvoyeuse d’emplois ne représente plus que 10,3 % du total des emplois. La part de la valeur ajoutée industrielle dans la valeur ajoutée totale est tombée à 13,4 % (contre 25,5 % en Allemagne)

Extrait de France Stratégie, Les politiques industrielles en France

Ce recul  de l’industrie française dont les conséquences économiques et sociales ont été si profondes, a été  le résultat d’une logique  néo-libérale du « laisser-faire / laisser-passer ».  La France est devenue rapidement dépendante des marchés mondiaux et des importations de produits manufacturés. Plus encore, le niveau de dépendance  de la production industrielle elle-même est passé en vingt ans en France de 20 % à plus de 30 %. (3) Notre déficit du commerce extérieur en a été fortement aggravé.

Comment nos élus ont-ils pu être aussi naïfs  et oublier que notre vie quotidienne repose sur la consommation  de biens matériels, à commencer par les biens alimentaires basés sur l’agriculture. De Dominique de Villepin à Jean Marc Ayrault les réformes visant à supprimer le commissariat général au Plan se sont succédées.

Notre capacité d’oubli est énorme. Déjà en 2008, le président Sarkozy déclarait : « Je vous le dis : cette crise marquera sans doute pour l’histoire le commencement véritable du XXIe siècle, le moment où tout le monde aura compris qu’il était temps de changer, temps de donner un nouveau visage à la mondialisation, temps de construire un nouvel ordre mondial, politique, économique, social, assis sur de nouveaux principes et de nouvelles règles. »

Et plus loin « Il faut que l’Europe se prépare. Il ne faut pas qu’elle soit la variable d’ajustement du nouvel ordre mondial. Il ne faut pas qu’elle soit naïve, il ne faut pas qu’elle laisse ses entreprises à la merci de tous les prédateurs, il ne faut pas qu’elle soit la seule au monde à ne pas défendre ses intérêts, à ne pas protéger ses citoyens. Il faut que l’Europe tire les leçons de ce qui s’est passé. » (Discours du 23 octobre 2008 à Argonay – Haute Savoie)

Las, il oublia lui-même très rapidement ses propres propos pour retourner à un conformisme économique néo-libéral confortable à court terme et catastrophique à long terme.

D’une façon récurrente, il apparait de plus en plus clairement que dans notre économie de marché, la notion de rationalité limitée (4) des décideurs d’entreprise qui est un concept ancien (défini par Herbert SIMON, dès 1947), doit être étendue et généralisée pour tenir compte de toutes les externalités. Les paramètres écologiques en particulier, mais également l’intérêt général d’une nation au sens large sont ignorés par le marché et les décideurs d’entreprise. Les évolutions souhaitables à long terme dans de nombreux domaines qui ne sont pas intégrés dans la sphère économique du marché et en particulier dans le système des prix ne sont pas pris en compte dans les décisions qui sont prises. Cela pose de plus en plus problème car:

  • Nous subissons une crise environnementale grave
  • Les décideurs privés ont parfois un pouvoir considérable qui détermine durablement les évolutions sociétales. Les plus grandes entreprises ont désormais un poids économique comparable à celui de certains États.
  • Les Etats se sont engagés par le passé dans des accords internationaux (OMC et traités bilatéraux), juridiquement contraignants sans percevoir toutes les conséquences que cela pourrait avoir sur les équilibres économiques, sociaux et environnementaux des pays concernés.
  • Les grandes entreprises exercent des actions de lobbying, à la limite de la légalité, qui viennent fausser les décisions au niveau national ou au niveau européen.

Voir aussi l’article https://xn--management-actualits-t2b.fr/pour-une-mondialisation-maitrisee/

ainsi que l’article : https://management-actualités.fr/relocalisation-calcul-doptimisation-et-planification-incitative/

Aujourd’hui l’idée de planifier à nouveau notre développement économique, social et environnemental a retrouvé du crédit auprès de nos décideurs.

François Bayrou a été nommé Haut commissaire au Plan en 2020. Il s’appuiera sur France Stratégie pour remplir une mission d’éclairage et d’orientation de notre développement national, en coopération avec les autres pays de l’Union européenne.

Il déclarait en septembre 2020 dans un discours devant le CESE (conseil économique, social et environnemental) :

« Tous ces médicaments, d’usage vital ou primordial, que pour beaucoup d’entre eux la France et nos pays européens voisins ont inventés, nous avons découvert que leur fabrication avait été systématiquement délocalisée en Asie, en Inde par exemple, ou en Chine et pour un grand pays comme le nôtre,avec une telle tradition médicale,accepter que soit rompue la chaîne d’approvisionnement en produits aussi indispensables est proprement scandaleux.»

Et plus loin : « Il est des domaines vitaux pour la nation, des domaines vitaux pour la société française, des domaines vitaux pour l’Union européenne, (car je ne fais pas de différence fondamentale entre les intérêts vitaux de la France et ceux de ces voisins et partenaires. Il est des domaines vitaux qui nécessitent une intervention de l’État, en tout cas une orientation et une incitation de l’État, pour que la vie économique n’en compromette pas l’existence et l’efficacité. (…) Il s’agit pour moi, dans un temps ou la dictature de l’immédiat, de l’urgence montée en épingle, des réseaux sociaux qui prennent feu, de l’actualité à tout instant brûlante, il s’agit pour moi de ré-enraciner les sujets de long terme dans le débat public, pour qu’ils soient pris en compte par les décideurs au moment de la décision et par les citoyens dans le débat démocratique.»

Le Haut commissaire au Plan  évoque ainsi de nombreuses questions auxquelles il se donne pour mission de proposer des éléments de réponses. Notamment des questions relatives à l’indépendance de la France et/ou de l’Europe, en matière sanitaire, bien sûr mais aussi électronique et alimentaire. Autant de « productions vitales » selon lui. Et il y en a d’autres, comme l’eau potable et l’énergie qui ne doivent pas être non plus oubliées.

L’important est aussi que les réponses que nous saurons peut-être donner soient respectueuses des équilibres écologiques. (5)

La dépendance sanitaire se trouve renforcée par la concentration du secteur pharmaceutique

Les grands groupes sont spécialisés dans certaines molécules et il arrive que seuls deux ou trois d’entre eux réalisent la production d’un médicament donné. Cela génère une fragilité d’approvisionnement  d’autant plus forte qu’ils spécialisent eux-mêmes leurs unités de production et que celles-ci sont souvent situées dans des pays lointains pour des raisons d’opportunités productive.  Le moindre accident de production devient source de pénurie.

Ainsi  les plus grandes entreprises pharmaceutiques réalisent 23,1% du marché mondial et les 10 premières 41,2%.  Mais ces Big Pharma sont des machines à produire du dividende pour leurs actionnaires et elles n’ont pas l’agilité et la créativité nécessaires à la mise au point de produits nouveaux. C’est l’affaire des Start-up en biotechnologie qui sont des PMI ou au mieux des entreprises de taille intermédiaire et avec lesquelles les Grands groupes vont coopérer en prenant au besoin des participations au capital. Une façon de limiter les risques pris tout en s’assurant de rester dans la course à l’innovation pour les Big Pharma, quitte à racheter ultérieurement les start-up qui ont développé des brevets devenus prometteurs. (6)

Mais comme toutes les start-up ne réussissent pas elles représentent un coût pour les grands groupes, coût que ceux-ci mettent en avant pour justifier des prix jugés parfois exorbitants par les médecins, usagers et organismes de Sécurité sociale. Il y a fort à parier que le lobbying de ces grands groupes auprès des médecins spécialistes qui conseillent les organismes publics  n’y est pas pour rien. 

Comment  remédier au problème de dépendance sanitaire

> On évoque ici et là une relocalisation nécessaire de nombreux médicaments d’intérêt thérapeutique majeur dont les brevets  sont tombés dans le domaine public et  qui ne rapporteraient pas assez de rentabilité aux industriels, soucieux de servir des dividendes à leurs actionnaires.

Les pouvoirs publics nationaux européens peuvent s’appuyer, pour négocier, sur leurs systèmes  de Sécurité sociale qui représentent  autant de garanties d’achats massifs pour les laboratoires.

>Pour les médicaments anciens, la solution pourrait  être de mettre en place des productions par contrat de concession  (ou de régie intéressée) de production d’intérêt général  passés entre l’Etat ou des Régions et des entreprises industrielles non cotées.  La puissance publique participant aux investissements d’infrastructure initiaux contre un engagement  de quantité et de qualité  à un prix préalablement négocié.

La non cotation des sociétés concessionnaires semble une garantie nécessaire afin que celles-ci ne perdent jamais de vue leur objectif de production d’intérêt général.

>Pour les nouveaux produits, lorsqu’un besoin de santé publique apparaît comme lors d’une épidémie, la puissance publique nationale ou européenne peut investir massivement dans la recherche publique et privée contre des engagements de production géographiquement localisée, afin de sécuriser les approvisionnements à venir.

>D’une façon générale, une planification indicative et incitative, au niveau national et/ou au niveau européen semble nécessaire afin d’anticiper les évolutions et les besoins qui en résulteront tant au niveau démographique qu’au niveau des évolutions des pathologies liées aux activités économiques, aux pollutions subies à long terme. Cette planification aurait pour but d’orienter les industriels vers certains investissements en R&D et en industrialisation ainsi que d’orienter les secteurs de la formation et de la recherche dans la bonne voie.

Comment surmonter le coût du vaccin dans les pays en voie de développement ?

Le monde des médicaments est complexe et discriminatoire

Les pays en développement (PED) n’ont souvent pas les ressources nécessaires pour acheter aux laboratoires les médicaments nécessaires pour assurer la santé ou simplement la survie de leur population devant certains virus et maladies.

Or une disposition des accords signés dans le cadre de l’OMC permet aux pays en développement (PED), en cas de  risque important de santé publique, de ne pas respecter, au moins temporairement, la propriété industrielle afin de produire les médicaments nécessaires à leur population. Il s’agit alors d’un droit d’utiliser un brevet sans demander l’autorisation du propriétaire (Laboratoire pharmaceutique) pour cause de santé publique.

Les articles 6 et 8.1 et 8.2 des accords ADPIC (aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce) de l’OMC autorisent ainsi un pays à effectuer des importations parallèles (pour ceux qui sont trop petits pour produire eux mêmes) ou bien à faire produire sur place, sous « licence obligatoire » (c’est à dire sans accord du propriétaire) afin d’obtenir au nom de la santé publique, un médicament essentiel pour la population à un prix réduit.  Cela correspond bien au cas d’une pandémie et on peut penser que l’OMS dans le cadre de ses négociations avec les laboratoires  s’appuie sur ces disposition des accords  ADPIC afin d’obtenir des vaccins à prix réduits pour les habitants des pays non industrialisés, les laboratoires préférant toujours produire eux-mêmes à prix réduits plutôt que de voir se multiplier les génériques avant même l’écoulement des 20 ans d’exploitation de leur brevet. (7)

Notes bibliographiques:

Voir aussi « L’intérêt de l’entreprise est-il compatible avec l’interêt général ? » dans le chapitre 24 – L’entreprise dans la société de l’Aide mémoire Management et économie des entreprises de Gilles Bressy et Christian Konkuyt 12ième ed. SIREY

(1) – UFC-Que Choisir, Pénuries de médicaments. Devant la responsabilité criante des laboratoires, les pouvoirs publics doivent sortir de leur complaisance, 9 novembre 2020. https://www.quechoisir.org/action-ufc-que-choisir-penuries-de-medicaments-devant-la-responsabilite-criante-des-laboratoires-les-pouvoirs-publics-doivent-sortir-de-leur-complaisance-n84943/?dl=64667

(2) – France Stratégie, Les politiques industrielles en France, 19 novembre 2020 in https://www.strategie.gouv.fr/publications/politiques-industrielles-france-evolutions-comparaisons-internationales

(3) – Sébastien Jean, Ariell Reshef, Gianluca Santoni, « Les chaînes de valeur mondiales à l’épreuve de la crise sanitaire », in L’économie mondiale 2021, La Découverte, 2020

(4) – Gilles Bressy & Christian Konkuyt, Management et économie des entreprises, Aide-mémoire SIREY 12ième édition, 2018 – Chap 6 Entreprendre et diriger / Le processus de décision.

(5) – François Bayrou, Discours de présentation de la méthode et de l’agenda de travail du Haut-commissariat au Plan au Conseil économique, social et environnemental le 22 septembre 2020

(6) – Justin Delépine, Big Pharma ne connaît pas la crise, Alternatives économiques, 24 septembre 2020

(7) – Claude Mfuka, Accords ADPIC et brevets pharmaceutiques : le difficile accès des pays en développement aux médicaments antisida,  Revue d’économie industrielle, n°99, 2002  https://www.persee.fr/doc/rei_0154-3229_2002_num_99_1_3023

Les mirages de la grande dimension

Parfois lorsque l’on a affaire à une entreprise, on a l’impression de s’adresser à un service de la sécurité sociale ou de l’administration préfectorale, ou aux services d’un rectorat, un vrai dédale administratif  de style kafkaïen.  On se pensait un client-roi et on se retrouve mouton qu’on a tondu ou pigeon qu’on va plumer ou pire, un numéro que l’on va ignorer, égarer de courrier en courrier ou perdre d’un accueil téléphonique à l’autre.

Est-ce le résultat de la nouvelle approche de Vineet Nayar (1), célèbre homme d’affaires indien, qui privilégie les employés aux clients ?  Non, c’est simplement le résultat d’un dysfonctionnement catastrophique : on est alors en plein délire bureaucratique, une maladie des grandes organisations, souvent étatiques mais pas seulement. Car les grandes entreprises tombent souvent, elles aussi, dans ce travers.

Le  travers bureaucratique

Le grand sociologue Max Weber (2) préconisait que les organisations s’appuient sur une « légitimité rationnelle légale » qu’il qualifiait également de « bureaucratie » pour organiser leurs activités de façon rationnelle, selon un ensemble de règles pré-établies.  Il considérait que se référer à un tel règlement permettait de garantir la rationalité des décisions. On peut faire aujourd’hui le parallèle avec les logiciels d’aide à la décision.  Mais des sociologues comme Robert K. Merton (3), puis Michel Crozier (4) nous ont montré à partir de leurs observations en entreprise que les grandes organisations pouvaient subir un « biais bureaucratique » ou un « cercle vicieux bureaucratique », c’est-à-dire un fonctionnement consistant concrètement à surtout suivre « le règlement » de façon routinière plutôt qu’à chercher à satisfaire les clients !

Ce biais bureaucratique  naît progressivement, insidieusement, lorsqu’une entreprise grandit et a besoin de trouver de nouvelles façons d’organiser les activités et de coordonner les employés du fait que l’ajustement mutuel et les moyens de communication interne ne suffisent plus. 

Un encadrement opérationnel et des services fonctionnels de contrôle de gestion et de planification des activités se développent alors, multipliant parfois les règles, les objectifs, les procédures, les questionnaires, les comptes-rendus, les documents budgétaires, asphyxiant progressivement les opérationnels qui n’en peuvent mais et qui en oublient leur mission première et leurs clients ou bénéficiaires. 

Le diagnostic n’est pas si facile à réaliser car les services fonctionnels développent une communication efficace sur le  travail, les résultats, comme si c’était eux qui produisaient, alors qu’ils ne font que recueillir et retranscrire et mettre en forme le travail des opérationnels. Au bout du compte c’est lorsque les opérationnels s’effondrent sous le poids cumulé de leurs opérations et des activités croissantes de reporting que l’on se rend compte que le mal est fait et qu’il est souvent trop tard. Trop tard, parce que de plus en plus de clients vont voir ailleurs et que les opérationnels les plus performants et autonomes sont partis !

Le revers des économies d’échelle

Tout dirigeant rêve de réaliser des économies d’échelle en augmentant le volume d’activité afin de répartir des coûts fixes sur de plus grandes quantités produites. Plus les coûts fixes sont élevés et plus cette recette miracle va jouer !

Le coût unitaire global (fixe + variable) diminue comme par enchantement, améliorant la compétitivité (par la baisse de prix qu’il autorise) ou la rentabilité (par augmentation de la marge). Fabuleux !

En plus, à plus long terme le développement de la quantité produite et vendue va permettre d’accéder à de nouveaux procédés et technologies jusque là inaccessibles en raison de leur coût total trop élevé.

Ce n’est pas pour rien que la concentration industrielle est la plus forte dans le pétrole, la sidérurgie ou l’automobile et l’aéronautique. Le besoin en investissements en capital technique y est considérable et c’est ce capital technique qui explique la plus grande partie de la valeur ajoutée de ces entreprises géantes.

Dans tous les secteurs on retrouve ce phénomène d’économies d’échelle mais on rencontre également un phénomène inverse, celui des déséconomies d’échelle qui vient parfois tout gâcher.

A quoi sert de grandir si c’est pour subir le biais bureaucratique signalé plus haut avec une augmentation des fameux « frais généraux » ?  A quoi sert de voir s’accroître son pouvoir de négociation du fait de sa taille,  si on perd le contact avec la clientèle et avec les évolutions technologiques ?   Si on a pris l’habitude de faire reposer sa rentabilité sur une rente de situation en pressurant les fournisseurs et sous-traitants ? Si on a installé une rigidité de fonctionnement telle que l’on est toujours en retard sur les évolutions du secteur et de l’économie en général ?

En Allemagne, il y a beaucoup d’entreprises de taille intermédiaire (ETI) qui ont une dimension suffisante pour réaliser des économies d’échelle sans trop subir les désagréments d’une trop grande dimension. En France, nous en manquons ce qui affaiblit nos secteurs industriels.  C’est sur cette dimension intermédiaire qu’il faudrait axer nos efforts de développement économique, planifié de façon souple et incitative par les pouvoirs publics.

Dans le secteur administratif aussi

La Sécurité sociale, Pôle Emploi   sont des exemples de grandes organisations bureaucratiques qui ont des états majors nationaux et régionaux conséquents capables de fournir des informations sur tout ce qu’il s’y passe ou qu’il devrait s’y passer ; de formuler des plans d’action et de réforme à tire larigot et de le faire savoir à qui de droit et à tous les partenaires publics, associatifs et mutualistes..

On se retrouve ainsi avec des structures aux services centraux pesants sur les services opérationnels de façon permanente,  comme pour détourner les efforts de ces derniers de leur mission première : le service du public et des utilisateurs de leurs services.

Ces mastodontes ont leur propre logique de croissance et prétendent souvent que grâce à elle, ils amélioreront leur efficacité grâce à une standardisation et des économies d’échelle. Or dans ces domaines d’activité essentiellement de service, les économies d’échelle sont modestes, sauf à vouloir standardiser à outrance une prestation qui perd alors de sa pertinence et de sa qualité.

Ainsi le régime général a-t-il des prétentions d’intégration des différents régimes spéciaux de protection sociale, sous prétexte de simplification, de rationalisation et de guichet unique ! Il en va de même pour Pôle Emploi vis-à-vis des Missions locales et du réseau Cap emploi.

Le risque est alors d’intégrer des structures agiles et efficaces (comme les associations labellisées Cap emploi) fonctionnant sur une logique de communication interne, de responsabilisation personnelle  et d’ajustement mutuel,  dans des grands ensembles bureaucratiques où elles vont se perdre et se diluer pour tomber à plus ou moins brève échéance dans les travers d’un contrôle de gestion chronophage et omniprésent. Cela déboucherait inévitablement sur le fameux biais bureaucratique évoqué plus haut : on cherche alors à suivre le règlement et à atteindre les objectifs fixés par le plan d’action au lieu de se vouer à la satisfaction des bénéficiaires. Un vrai gâchis.

Comment surmonter ces problèmes

Les grandes entreprises cherchent bien sûr à surmonter ces problèmes en décentralisant leur organisation et en responsabilisant les animateurs des unités opérationnelles sur la réalisation d’objectifs globaux de rentabilité et/ou de croissance.

Antoine Riboud, Fondateur du groupe Danone affirmait volontiers qu’il  concevait l’organisation de sa grande entreprise comme une fédération de PME.

Pour en savoir plus sur cette question, voir l’Aide mémoire Management et économie des entreprises,  chapitre 6 : Entreprendre et diriger. 12ième edition, SIREY, 2018

(1) Vineet NAYAR , Les employés d’abord, les clients ensuite, Diateino Eds, 2019

(2) Max Weber , « Economie et société » T1. Ed. Pocket

(3)Robert K. Merton, Eléments de théorie et de méthode sociologique, Ed. Armand Colin, 1997

(4) Michel Crozier, Le phénomène bureaucratique, Ed. Le Seuil, 1963

La caricature contre l’obscurantisme. Un outil pour éduquer ?

Caricature du roi Philippe Le Bel – BNF

Comment affronter les différentes formes de « peste idéologique » qu’elle soit d’inspiration religieuse, sectaire  ou politique au sein de l’institution scolaire ?

L’école dernier champ de bataille ? 

> Les professeurs seraient-ils le dernier maillon ?

Après avoir tant dénigré l’école et les « profs » (vous êtes prof ? / prof de quoi ? / il faut demander aux profs…), on se rend aujourd’hui compte que  les professeurs  (pourtant souvent moins bien rémunérés que les administratifs des inspections académiques et des rectorats), sont le dernier maillon de la chaîne de défense de la laïcité et  de « l’esprit des lumières ».

Le « prof-bashing » des médias a fait beaucoup pour discréditer l’effort des enseignants  mais il n’est  que l’un des éléments qui ont dévalorisé la place des enseignants dans notre société. La perte importante du pouvoir d’achat  des enseignants depuis une trentaine d’années y est pour beaucoup, étant entendu que c’est un métier de vocation (un peu comme celui de soignant)  et de plus en plus féminin. 

Il y a aussi la manie des réformes que chaque nouveau ministre, sans bien connaître son sujet et s’en remettant à de hauts fonctionnaires « hors sol »,  veut imposer au « mamouth » de l’institution éducative. D’une réforme à l’autre les conditions se dégradent en terme de confort et de nombre d’heures d’enseignement, dans l’indifférence générale.

Résultat : de moins en moins de candidat(e)s pour exercer cette profession devenue difficile et dépréciée. Pourtant si ce maillon cassait lui aussi…

> Les agressions et revendications des parents

Les parents d’élève doivent signer en début d’année scolaire la charte de la laïcité.

Les contestations de l’enseignement par des élèves ou des parents se sont multipliées depuis que de joyeux démagogues bien pensants et gouvernants ont décidé de « faire enter les parents dans l’école ».

La revendication des menus halal, du droit de porter un voile à l’école ou dans l’accompagnement des sorties scolaires par les parents. Autant de petits combats qui, pied à pied, tentent de faire entrer une religion dans l’école de la République.

On a pu relever ici et là l’autocensure de certains enseignants qui ne supportent plus la moindre critique à l’égard de l’islamisme radical, par peur réflexe de se retrouver confrontés à l’hostilité des élèves et des parents d’élèves vindicatifs qui pensent gagner le salut de leur âme dans ce combat. Cette auto-censure est déjà un recul des libertés publiques, même si elle reste minoritaire aujourd’hui.

> Les enseignements des institutions « hors contrat »

Ces établissements sont quant à eux hors contrôle de l’Education nationale, parfois subventionnées par des pays étrangers, ils peuvent être dans certains cas le cheval de Troie du salafisme. Il convient donc de renforcer les contrôles des établissements d’enseignement « hors contrat » et de les fermer le cas échéant !

La liberté d’expression

> Point n’est besoin de caricaturer
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Point n’est besoin de caricaturer le dieu de certains pour défendre la liberté d’exprimer ses idées. Point n’est besoin de provoquer la colère des uns  ou de susciter la peine des autres. C’est vrai.

Point n’est besoin de manquer de respect à l’égard des croyances des uns ou des autres. C’est encore vrai. Souvent, ce n’est pas indispensable. Et l’on peut se rendre désagréable et  offensant  si on le fait quand même. Cela peut même devenir contre-productif en générant une réaction de rejet et d’hostilité.

Mais en aucun cas cela ne peut justifier, dans notre République, un déclenchement de haine qui conduise à l’agression y compris verbale, en face à face ou à travers des réseaux dits sociaux.

Dans  un grand nombre de cas la caricature est  d’abord un moyen efficace pour résumer de façon humoristique une critique sévère. Elle est une arme de contestation « tout terrain » qui peut s’étaler sur un mur sous tout régime dictatorial qui voudrait museler les critiques.

> Chacun a pourtant le droit de blasphémer ou de caricaturer

Chaque citoyen doit lutter contre la lèpre de l’obscurantisme et de l’intégrisme religieux qui veut tout englober et refuse à autrui le droit d’interpréter le monde autrement que lui, le droit de ne pas croire en un dieu, le droit de  blasphémer, le droit de caricaturer, entre autre, dieu et les croyants de tout poil.

C’est à chacun d’utiliser ce droit à bon escient. Cela doit permettre à tous de choisir librement ses croyances ou sa non-croyance. Lutter contre l’obscurantisme ne consiste pas pour autant à s’opposer à toute religion.

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Caricature anticléricale

La laïcité menacée ?

La laïcité est un fondement de notre république et de notre culture française et même européenne. Elle repose sur trois principes complémentaires : liberté de conscience, séparation de la religion et des institutions publiques, égalité des droits.

La République a fait émerger la laïcité pour échapper à  toute dictature morale imposée par la religion. Ce n’est pas l’islamisme qui va remettre en cause aujourd’hui cette valeur fondamentale de la laïcité. Chacun a le devoir de s’opposer aux pulsions séparatistes et communautaristes.

La liberté de conscience, d’idées et de croyance permet à chacun d’exprimer librement ses convictions, sous réserve de ne pas remettre en question l’ordre public. La liberté d’expression, qui est la fille de la liberté de conscience est à la base de nos libertés publiques. Or l’extrémisme religieux  cherche en permanence à remettre en cause notre ordre public républicain  en souhaitant imposer un ordre religieux. L’histoire de France nous l’a montré avec les errements du catholicisme.

La séparation des institutions publiques d’une part et des organisations religieuses d’autre part se trouve elle aussi mise à mal lorsque des écoles « hors contrat » financées souvent par d’autres pays (Comme la Turquie ou le Quatar) se substituent à l’éducation nationale  et prétendent dispenser des horaires élevés d’enseignement religieux à la place des matières des programmes officiels. Elle est également mise à mal lorsque les  religieux prétendent contester  la décision d’un ministre ou d’un préfet (concernant le port du voile par exemple)

L’égalité de tous devant la loi quel que soit ses convictions et croyances est une égalité de droits et de devoirs.  Ces droits et ces devoirs sont devenus pourtant l’objet d’un combat quotidien dans certains établissements scolaires. Certains élèves ou parents prétendant sous des prétextes divers imposer leurs propres valeurs à tous les autres : hauteur de la jupe des filles, voile, non mixité des cours de gymnastique, viande halal à la cantine, etc..

Comment faire face ?

Il a fallu l’horreur et la sidération après la décapitation du professeur d’histoire et géographie Samuel Paty, pour qu’une fois de plus la nation française se réveille de sa torpeur.

Comment faire face au comportement de fermeture et d’opposition groupale aux libertés républicaines ?

> Ne pas stigmatiser une religion

Il est hors de question de stigmatiser les musulmans de France. Cela ne doit pas être trop difficile dans la mesure où nous avons vécu il y a quelques années l’obscurantisme des catholiques intégristes, souvent orientés politiquement à l’extrême droite, sans pour autant condamner tous les catholiques du pays.

Mais sous prétexte de na pas stigmatiser les uns ou les autres, il ne faut pas baisser les bras devant les dérives sectaires qui se développent dans notre société. D’ailleurs, le salafisme n’est pas seul en cause. De nombreux illuminés prétendent ici et là imposer leur dogme à des disciples.

Il est regrettable que la mission interministérielle Miniludes (mission interministérielle de lutte contre les dérives sectaires) ait été supprimée sous prétexte de simplifier le dispositif et de le recentrer sur la lutte contre la radicalisation. On déshabille Pierre pour habiller Omar.

Populariser la laïcité comme clé de notre « vivre ensemble » et de notre citoyenneté

Il ne faut pourtant jamais oublier que comme le disait Pierre Bourdieu : « Il n’y a pas de force intrinsèque de l’idée vraie »  

Il faut donc convaincre par une mise en scène de cette idée de laïcité afin qu’elle soit reçue à travers l’émotion qu’elle véhicule ou qui l’accompagne.

Il est important de convaincre que la laïcité n’est pas là pour faire la guerre aux religions mais pour permettre à chacun de choisir de croire ou non dans la religion de son choix ou de ne pas croire. Une telle idée doit être popularisée par tous les moyens culturels accessibles, à travers des émissions de radio et Tv et des articles de presse mais il faut surtout s’adresser aux jeunes  en utilisant  Snapshat, Tik tok, Pinterest et Instagram,

BD, caricatures, vidéos, chansons, films, séries, tous les moyens sont bons pour que les professeurs de l’Education nationale se sentent moins seuls dans leur démarche de lutte contre l’obscurantisme.  

La laïcité doit reprendre sa place de valeur partagée en retrouvant son « pouvoir d’affecter » de « passionner ensemble » les élèves et les jeunes en général.

> Responsabiliser les familles

La tragédie de Samuel Paty a montré comment la pression familiale et même communautaire peut être forte sur les individus et les institutitons.

Un délit de pression communautaire ou familiale exercée sur un représentant d’un service public doit être réprimé par notre code pénal.

Sur le schéma de la loi Ciotti relative à l’absentéisme scolaire (abrogée en 2013 par le gouvernement Hollande), la sanction financière consistant en une suspension des allocations familiales,  pourrait concerner, non seulement l’absentéisme scolaire mais également les manquements disciplinaires ou  les pressions familiales exercées à l’encontre de représentants d’un service public ou d’une institution publique ainsi que le coût des dégradations matérielles commises par un élève (ou un parent) dans le cadre scolaire. Afin de rétablir l’égalité devant la loi, une sanction pécuniaire identique serait infligeable dans le cas d’un enfant unique, sous la forme cette fois d’une amende administrative.

En cas de récidive, une poursuite devant le tribunal correctionnel pourrait aboutir à une reconduite à la frontière dans le cas d’une famille étrangère et à une mise en centre éducatif fermé pour les jeunes français  ayant commis un délit à l’encontre de l’institution scolaire ou de l’un de ses agents.

> Donner des moyens et de la crédibilité à une instance de régulation

Le Conseil Français du Culte Musulman est né en avril 2003 sous l’impulsion de l’Etat français. Il est aujourd’hui critiqué pour accorder une place trop grande aux courants fondamentalistes, ne pas être véritablement représentatif de l’ensemble des musulmans français, et surtout, pour contredire par l’intervention active de l’État dans sa mise en place, le principe même de laïcité.

Cette dernière critique est dénuée de toute pertinence par le fait que créer un organe de régulation n’est pas synonyme de s’immiscer dans les pratiques et le culte religieux mais constitue au contraire un effort pour donner à la première religion de France par le nombre de ses pratiquants  une représentation nationale équivalente à celle qui existe spontanément dans les autres religions d’importance sur le territoire national.

Cette institution est aujourd’hui assez installée pour pouvoir prétendre à l’exclusivité de la formation des imams afin d’éviter de voir arriver sur le territoire des religieux qui importe un culte et des valeurs venus d’ailleurs et souvent hostiles à notre culture laïque.

Il convient donc de légiférer en ce sens et de soutenir cette reconquête de la formation des imams.

> Censurer les manifestations de l’extrémisme religieux

Comme nous l’a montré Simone de Beauvoir, « Une liberté qui ne s’emploie qu’à nier la liberté doit être elle-même niée »

Il convient clairement de fermer et interdire les lieux de culte, partis, associations  hostiles aux valeurs républicaines et aux libertés publiques de nos citoyens et de nos habitants.

Il convient également de traquer sur les réseaux sociaux les divers modes d’expression et de popularisation de l’extrémisme religieux, qu’il apparaisse explicitement ou à travers des thèses complotistes ou à travers une posture d’accueil des personnes psychologiquement fragiles dans une stratégie souvent reconnue dans les pratiques sectaires.

> Agir avec détermination dans les collèges et lycées
  • En mettant en place des brigades d’intervenants de la laïcité qui ont pour but de présenter la laïcité, son histoire et ses différentes facettes dans les classes, sur décision rectorale ou académique ou/et à la demande des enseignants ou des chefs d’établissement.

Cette intervention extérieure facilitera le travail des enseignants eux-mêmes qui pourront ensuite approfondir ou élargir la discussion suscitée par le passage d’un intervenant de la laïcité.

Cette intervention permettra également de révéler des réactions d’hostilité à la laïcité ou à la démocratie française qui peuvent le cas échéant faire l’objet d’un signalement.

  • En mettant en place dans chaque établissement une équipe vouée à traiter les problèmes éventuels de radicalisation. Afin que les enseignants qui peuvent être amenés à subir ses conséquences ne soient plus seuls pour y faire face.
  • En désignant au niveau du commissariat de la Police nationale le plus proche un correspondant « Radicalisation » de chaque établissement du second degré,  avec lequel des échanges d’informations réciproques pourront se faire.

Caricature anglaise de Napoléon, tyran à l’appétit insatiable !

Les difficultés du management de « l’après confinement »

Le contre-coup du déconfinement.

Chacun veut croire que tout va reprendre comme avant.  Un retour à la normale. Une sortie d’hibernation. Mais il n’en est rien et chacun peut s’en rendre compte rapidement. Avec le déconfinement survient donc une frustration.

Il faut prendre conscience que le confinement s’est traduit

  • par un enfermement  et un isolement des personnes qui sur la durée ont un impact psychologique qui peut être important. Selon certains spécialistes (1) « l’impact psychologique négatif perdure plusieurs mois après la fin de l’enfermement subi. » Cet « isolement » a pu être contrebalancé partiellement par un effort de communication des managers par téléphone ou par visio, mais cela ne peut suffire à effacer le choc subi.
  • par un affaiblissement de l’entreprise elle-même dans un grand nombre de cas. Celui-ci est de nature à générer de l’inquiétude voire de l’angoisse quant à l’avenir de celle-ci et de ses emplois. Très souvent une réorganisation des procès et une évolution de l’activité elle-même sont à prévoir, toujours source d’une certaine inquiétude. Dans certains cas, des suppressions d’emploi seront même nécessaires.  Toutes ces interrogations diffuses doivent recevoir des réponses claires, faute de quoi elles deviendront sources de rumeurs et génératrices de mal être et de baisse de l’efficacité générale de l’entreprise.

Pendant le confinement, les équipes ont maintenu tant bien que mal l’activité au prix d’efforts d’adaptation et de persévérance en adoptant de nouvelles pratiques de travail à distance et de communication en ligne. Le travail sur le lieu de vie de chaque salarié est pour nombre d’entre eux un apprentissage et les réunions à distance exigent une forte concentration pour compenser le manque de perception sensorielle. Ces efforts ne sont pas toujours mesurés ni récompensés à leur juste valeur lors du déconfinement car l’entreprise est elle-même affaiblie. Une reconnaissance de ces efforts doit être au moins explicitée.

Dans l’après-confinement, de nouveaux efforts  sont nécessaires.

Télétravail et chômage partiel peuvent être maintenus dans certains cas. Très souvent, pour que l’entreprise rebondisse, il faut travailler autrement, s’adapter, se former souvent sur le tas, sans prendre le temps de souffler.

De plus, chacun doit s’adapter à un nouveau rapport physique vis-à-vis d’autrui.  Un éloignement lié à l’absence de contact physique et à la distanciation, renforcé par le port du masque dans les espaces partagés, génère une nouvelle frustration. Les êtres sociaux que nous sommes ne peuvent plus se retrouver et échanger librement à travers des gestes amicaux ou affectueux s’accompagnant de contacts (poignées de main, bises).

Le maintien d’un sentiment d’appartenance à l’équipe et à l’entreprise doit être assuré par de nouveaux moyens lorsque le travail à distance est maintenu. Les réunions d’équipe plus nombreuses, même si elles ne sont pas très longues, même si elles ont parfois  lieu à distance, peuvent au moins « maintenir le fil ». Ces réunions doivent être l’occasion de donner la parole à chacun afin qu’il se libère des tensions liées aux problèmes rencontrés, en les formulant devant tous. De ces échanges peuvent émerger également de nouvelles façons de travailler, des simplifications, des idées pour faire évoluer le produit ou le service du client….

Du coté des managers…

Les managers peuvent être mis à rude épreuve car les équipes peuvent se retourner contre eux en les rendant responsables des difficultés rencontrées, leur reprochant à l’occasion un manque d’anticipation. Les managers pourraient ainsi se  voir transformés en bouc-émissaires alors qu’ils rencontrent les mêmes difficultés. Les réunions d’équipe doivent donc également permettre au management  d’informer sur la situation économique et financière de l’entreprise  et d’annoncer de façon précise les réorganisations qui en découlent.

Les managers doivent aussi faire preuve de pragmatisme afin de maintenir l’activité  en préservant le lien avec la clientèle : nouveau service (comme les repas à emporter pour un restaurant)  ou nouvelle forme de commercialisation (comme la vente directe sur internet) ou nouvelle activité (reconditionnement et réparation pour compléter la vente de produits neufs), ou report de livraison (dans l’aéronautique par exemple), etc. L’essentiel est de pouvoir s’adapter aux besoins de la clientèle et à son changement de comportement éventuel.

Le recours au chômage partiel est une solution en cas d’insuffisance de l’activité. Elle se fait après une demande d’autorisation en ligne à la Direccte accompagnée d’un avis du CSE de l’entreprise.

Les managers peuvent également remplacer à chaque fois que cela est possible le chômage partiel par du temps de formation pour développer l’adaptabilité et l’employabilité du personnel. Chacun est gagnant à acquérir des compétences nouvelles qui vont améliorer sa polyvalence.

Enfin lorsque le niveau d’activité se réduit trop brutalement, la réduction d’effectif  doit être expliquée et survenir de façon transparente. Elle doit autant que possible faire appel au volontariat et suivre une démarche d’outplacement.

On voit ici que le management de l’entreprise ne s’improvise pas   et que l’on retrouve ici plusieurs des attitudes préconisées par M-P. FOLLET (2) dès le début du 20ième siècle pour le dirigeant d’une entreprise.

N’écoutons plus le chant rituel des économistes conventionnels !

Quoi de plus triste que de constater qu’en ces temps de déconfinement d’une grave crise sanitaire qui a mis en évidence la faiblesse structurelle de nos économies européennes, nos économistes s’empressent de retrouver leur discours traditionnel. Comme si la page était tournée, comme si l’on pouvait oublier, comme si l’économie du monde pouvait retrouver son prétendu « cours normal ».

Le chant du « Surtout ne changeons rien ! L’après doit revenir à ce qui existait avant ».

La productivité, les économies d’échelle, la concurrence, comprenez-vous !  Les entreprises ne peuvent pas y échapper ! Et tel professeur d’économie qui nous assène son cours d’économie internationale qu’elle a rabâché à ses étudiants depuis des années… La spécialisation internationale qui améliore l’efficacité économique au bénéfice de tous. Quelle déception de constater que nos économistes s’empressent de retourner à leurs refrains néo-libéraux sans chercher à réfléchir pour inventer de nouvelles solutions, de nouvelles voies, de nouvelles stratégies.

Ces formules nouvelles qu’il faut trouver pour que nos entreprises se développent de façon rentable tout en permettant à nos économies régionales, nationales et européenne de retrouver une certaine indépendance dans des domaines aussi cruciaux que l’alimentation, la pharmacie, l’énergie, l’informatique, l’armement  et j’en passe.. On veut nous expliquer que la segmentation internationale des chaines de production est devenue incontournable et qu’il ne faut pas rêver de revenir vers plus d’autonomie. On veut aussi mettre en avant le comportement des consommateurs que nous sommes qui n’acceptent pas de payer le prix d’une sécurité ou le prix du respect de l’environnement ou même du respect des principes de droit du travail de l’OIT.  Les vilains consommateurs que nous sommes entreraient ainsi en contradiction avec les salariés que nous pouvons être, soudainement privés d’emploi. Tout cela est présenté comme inévitable…..finalement.

Tous les économistes ne raisonnent heureusement pas de cette façon !

Ces économistes conventionnels ignorent tout simplement les coûts environnementaux et sociaux de la production, la question de sécurité des approvisionnements, l’aménagement des territoires. Tout cela est superbement  considéré comme hors de propos. Ils aiment particulièrement raisonner « toutes choses égales par ailleurs ».

Il ne s’agit pas pour autant de prôner une planification impérative comme le font certains.  Ainsi, selon Henri Sterdyniak (1), membre du collectif des Economistes atterrés et chercheur affilié à l’OFCE, la planification écologique et sociale doit remplacer le libéralisme. Il met en garde contre une « exacerbation libérale » qui prendrait appui sur la crise sanitaire et propose de  poser  un certain nombre de règles écologiques qu’il faudrait imposer aux entreprises. Il suggère d’aller jusqu’à un contrôle de la production  sous la forme d’autorisations de mise sur le marché.  Il propose même une forme de planification impérative. De telles contraintes semblent incompatibles avec une régulation souple et efficace des activités. Ce serait là tomber de Charybde en Scylla.

Raisonner au niveau du territoire de l’Union Européenne est quand même une base minimale si l’on veut  réfléchir aujourd’hui de façon à la fois responsable et réaliste, en tenant compte des interdépendances industrielles qui se sont constituées en Europe.  

Réexaminer des outils comme la taxation des produits importés qui ne sont pas respectueux de nos normes européennes environnementales ou du droit du travail, ou de la propriété industrielle.

Promouvoir les produits dont la valeur ajoutée a été majoritairement composée en Europe par des labels dont la publicité est prise en charge par les pouvoirs publics et par des avantages fiscaux qui se justifient aussi par le développement de l’emploi qui en découle.

Encourager  les secteurs stratégiques sur la base des innovations induites et du développement à venir,  mais aussi sur la base de la souveraineté sanitaire et alimentaire ou aussi de défense des territoires et des équilibres écologiques de l’UE, car si l’on parle de globalisation il faut prendre en compte la globalité des problèmes.

Planifier l’économie est une démarche logique dans un environnement instable  et/ou menaçant car le marché a montré tous ses avantages mais aussi toutes ses limites comme instrument de régulation de l’activité des entreprises. Le marché doit donc être complété de façon indispensable par un effort de planification qui pourrait se situer au niveau européen comme au niveau national. Mais compléter le marché ne signifie pas le remplacer. Une planification incitative et indicative est aujourd’hui incontournable pour orienter le développement économique de nos pays européens dans le bon sens, celui de la transition écologique et celui de l’indépendance dans la satisfaction de nos besoins fondamentaux. Mais cette planification doit indiquer aux entreprises quelles voies emprunter  pour servir l’intérêt général et doit inciter les entreprises dans ce sens, sans rien imposer. Il ne s’agit pas de remplacer la dictature du marché par celle d’une bureaucratie, car nous serions alors tous perdants.

by Unknown photographer, bromide print, 1933

John Maynard Keynes fut l’éminent économiste qui développa une théorie complètement nouvelle dans le contexte de la grande crise économique mondiale des années 30.

Pour une mondialisation maîtrisée

Certains ont pris l’habitude d’opposer les mondialistes et les nationalistes, tant la caricature est facile dans ce domaine souvent mal compris.

Il faut rappeler que la mondialisation est un phénomène historique, un fait qui se traduit sur les plans économique, scientifique, artistique et culturel. Militaire aussi, avec toutes les alliances et coopérations qui se sont multipliées en la matière sur tous les continents.

Etre « antimondialiste » n’a donc pas de sens, sauf de refuser la réalité par peur de celle-ci. Il est vrai que la mondialisation a des aspects dérangeants voire bouleversants en élargissant la compétition, en complexifiant les codes sociaux et culturels, en amenant une nouvelle division internationale de la production et en permettant des échanges financiers plus difficilement lisibles et donc souvent incontrôlables.

Comment maîtriser la mondialisation, telle est donc la question.

Un constat de faiblesse face à la crise actuelle

Un affaiblissement du pouvoir régulateur des Etats

Même si aucun gouvernement national ne le reconnaît aisément, la mondialisation a réduit fortement le pouvoir des Etats de maîtriser et coordonner le déroulement des évènements économiques et sociaux qui traversent le monde. Là où ces gouvernements disposaient encore il y a trente ans de leviers d’action, ils ne trouvent plus que des contraintes, en matière monétaire, financière et économique en particulier.  Tant les interdépendances ont grandi et tant le poids des échanges interentreprises et surtout financiers réduit leur pouvoir d’agir et d’influencer les évènements. Mais beaucoup d’entre eux, notamment en Europe ont renoncé à certains de leurs pouvoirs pour « libérer l’économie » et réduire le poids des prélèvements obligatoires.

L’Europe en construction a pris un virage libéral, anti-keynésien sous la pression des économistes libéraux, influencés par les théoriciens de  l’école de Chicago qui ont remis au goût du jour de vieilles théories qu’ils ont modernisées pour les présenter comme porteuses d’une révolution libératrice. Il faut avouer que les administrations publiques avaient adopté un fonctionnement lourd et paralysant, souvent irrationnel faisant subir à la société un pouvoir bureaucratique de moins en moins supportable. Nous en vivons encore aujourd’hui ici et là quelques vestiges avec, par exemple, l’incurie des ARS dans la gestion de la crise sanitaire et en particulier avec le blocage incompréhensible des tests de dépistage disponibles dans les laboratoires vétérinaires et les labos de recherche.

Les européens sont devenus plus libéraux que les américains eux-mêmes.  Ce libéralisme s’est traduit notamment par un abandon des contrôles exercés jusque là par les Etats sur les mouvements de capitaux et par des normes contraignantes en matière budgétaire comme la fameuse règle de l’UE des 3% de déficit. Cet affaiblissement des pouvoirs régulateurs est un premier problème.

La dépendance grandissante liée à une recherche d’optimisation des entreprises

Sans que cela soit perçu par les citoyens des pays développés, les grandes entreprises ont adopté progressivement une dimension économique et partant, une logique d’optimisation, mondiale. Elles ont implanté des unités de production là où les conditions de rentabilité étaient les meilleures, afin de réduire leurs coûts et d’optimiser leurs résultats. Les conditions le permettant, la concurrence le leur a imposé car celles qui l’auraient refusé auraient vite perdu leur compétitivité. Les délocalisations d’unités de production ont alors été présentées comme un mal nécessaire pour que les entreprises survivent et pour que les consommateurs puissent bénéficier de produits à des prix accessibles. La Chine et d’autres pays surtout en Asie sont devenus les « ateliers du monde ». (1)

Dans les pays occidentaux les conséquences économiques et sociales que les gouvernements ont du gérer étaient de plus en plus lourdes et coûteuses et les systèmes de sécurité sociale  mis en place après la deuxième guerre mondiale ont commencé à être écornés et même remis en cause. Certains beaux esprits ont même revendiqué la privatisation de domaines jusque là réservés au service public, rêvant par exemple de dissoudre les régimes de protection sociale pour les remplacer par des systèmes d’assurance privée comparables à ceux des Etats-Unis, souvent donnés en modèle (un comble quand on connait les difficultés actuelles de nombreux américains pour se soigner !). De même pour la Santé et l’Education. La Recherche. Mais aussi les entreprises de production de services collectifs, comme l’énergie, les services postaux et les chemins de fer.

Le résultat de ces évolutions est qu’aujourd’hui les citoyens européens constatent que ce qu’ils avaient accepté comme une évolution irréversible et inévitable a eu des conséquences catastrophiques en matière sanitaire, au sein même des différents pays de l’Union sans parler du reste du monde qui connaissent et vont connaître des crises sanitaires et économiques gravissimes. Mais ce qui est problématique sur le plan sanitaire existe également en matière alimentaire, gestion de l’eau, de l’énergie, des transports.

Dépendre du reste du monde pour son approvisionnement en biens matériels est une grande faiblesse dès qu’une crise internationale se déroule. Il ne faut pas être grand clerc pour le concevoir. On sait que les biens manufacturés consommés par les Français sont importés pour 2/3, en valeur. La crise que nous vivons est sanitaire mais il pourrait aussi bien s’agir d’une guerre ou d’une crise environnementale ou des réseaux d’information. L’interdépendance et la spécialisation internationale des productions nous ont rendus très fragiles pour faire face à toute crise. Cette dépendance est un deuxième problème.

Un défaut de résilience productive qui est mesurable

Très concrètement, deux économistes, Arnaud Florentin et Elisabeth Laville, ont mesuré le niveau de résilience productive de différents pays et régions, c’est à dire « la capacité d’un territoire à couvrir un large espace productif qu’il peut mobiliser face à une perturbation exceptionnelle » c’est à dire la capacité d’un territoire de « maintenir la production de n’importe quel bien en situation de crise ». En d’autres termes « leur capacité à surmonter l’interruption des chaînes logistiques qui les relient à l’extérieur ».(2)

Il apparaît, selon leur étude, qu’aucun pays du monde ne dépasse aujourd’hui un taux de 50% et que seuls 16% des pays du monde (dont la France avec un taux de 44,9%) ont un taux dépassant 30%. Ces économistes considèrent qu’un « système résilient est celui qui est capable de maintenir la production d’une part significative de biens, probablement au-dessus des deux tiers ».

Une catastrophe écologique annoncée

Les différents rapports et prévisions concernant l’avenir de notre climat montrent que le développement économique libéral conduit à négliger les équilibres naturels, en considérant que tout ce que fournit la planète sans être appropriable, est gratuit. L’air, l’eau des fleuves et des océans, la faune sauvage, l’espace extra-atmosphérique, etc.. Nous prenons conscience aujourd’hui que ces biens ne sont pas infinis et que notre activité technico-économique a conduit à leur dégradation, de sorte que nous allons laisser à nos descendants un univers dégradé. C’est du niveau de cette dégradation qu’il est question aujourd’hui dans les traités internationaux fixant des objectifs et des engagements, rarement respectés à ce jour, concernant l’émission de gaz à effet de serre, les pollutions et le réchauffement climatique.

Notre incapacité à nous engager efficacement dans la transition écologique est un troisième problème.

Quelles solutions envisager ?

La question des solutions est celle de la maîtrise de la mondialisation. Il s’agit de trouver les moyens de tirer parti de la mondialisation. Le but est de profiter des avantages qu’elle apporte en termes d’accès à des ressources, des biens et des technologies venues d’autres parties du « village mondial », sans subir les jeux et les choix des entreprises sur les marchés mondialisés.

Maîtriser la mondialisation ne signifie pas remettre en question l’économie de marché qui a prouvé historiquement son efficacité. Mais la myopie du marché a mainte fois été dénoncée, elle peut même devenir en temps de crise un aveuglement.  Il convient donc d’encadrer le marché et le guider, de préférence au plan européen puisque de nombreuses complémentarités existent aujourd’hui entre les économies européennes.

La question des solutions impose également de tirer parti de cette crise pour engager notre économie et notre société dans la nécessaire transition écologique. 

Développer la résilience de nos territoires par la mise en place progressive d’une économie circulaire

C’est ce que proposent  les économistes Olivier Bargain et Jean-Marie Cardebat dans une tribune au Monde du 22 mai 2020, à travers une voie intermédiaire entre économie locale et économie mondialisée. Ils préconisent d’appliquer la notion de « stress tests » à l’ensemble des filières en fonction de la nature des risques qui pèsent sur elles. Ces professeurs d’économie animent le Laboratoire d’analyse et de recherche en économie et finances internationales (Larefi).

Suivre dans chaque filière une logique d’économie circulaire « capable de générer ses propres ressources et de produire des biens adaptés à la demande locale » serait à la fois selon eux, une nécessité environnementale et un impératif géostratégique.

Faire face au besoin de pilotage à long terme par une planification incitative

La mondialisation s’est donc imposée sans frein, encouragée dans son expansion par des organismes ad hoc comme le GATT puis l’OMC puis les grands traités internationaux en cours de négociation qui posent tous comme hypothèse de base que le commerce sans entrave (le libre-échange) est bienfaisant pour tous.

Nos Etats ont abdiqué progressivement leur pouvoir et leur devoir d’orienter et de maîtriser les flux économiques essentiels de nos pays. Le problème principal est que personne ne semble plus se placer ni du point de vue de l’intérêt général, ni du long terme afin d’anticiper les évolutions. Nous subissons un déficit important de planification.

Toute grande entreprise construit un plan pour organiser son développement. Ce plan est la traduction budgétaire d’une stratégie. Le comble est que ce concept est devenu tabou au niveau d’un pays, sous les coups de boutoir idéologiques des néo-libéraux. Le Commissariat au plan qui avait été mis en place par le Général de Gaulle   a été supprimé dans les années 80 par ceux qui ne voulaient pas voir plus loin que le bout du marché.

Un plan indicatif et incitatif a orienté l’économie française pendant les trente glorieuses. Il n’a jamais ressemblé au Gosplan soviétique qui était lui impératif et contre productif.  La planification à la française  avait simplement pour objet de guider les entreprises en les orientant vers des investissements et des stratégies souhaitables pour le pays, et ce à coups d’aides et de subventions pour celles qui le suivraient.

Agir au niveau européen par des « programmes à géométrie variable »
Agir au niveau européen dans le cadre de l'UE

Le besoin d’une telle démarche est devenu criant aujourd’hui. Bien sûr l’environnement économique a changé et l’Europe industrielle s’est mise en place. C’est donc au niveau européen qu’il faudrait suivre cette voie. Néanmoins si l’Union européenne continue d’être une tour de Babel  politique, il reste possible de bien faire au niveau national et surtout de développer des politiques industrielles volontaristes avec ceux des pays d’Europe qui le souhaitent. Dans le contexte actuel un renouveau de l’Europe industrielle et agricole se fera par des coopérations à géométrie variable, autour de la création  de programmes d’investissements financés  par ceux des Etats membres qui veulent s’engager ensemble dans un domaine de recherche ou de développement industriel.

Thomas Piketty, Professeur à l’Ecole d’Economie de Paris, propose que pour sortir de la crise économique actuelle, la puissance publique relance l’économie en « investissant dans de nouveaux secteurs (santé, innovation, environnement), et en décidant une réduction graduelle et durable des activités les plus carbonées. »(3)

Pour éviter les erreurs de la relance qui a suivi la crise de 2008, il invite à suivre la proposition espagnole d’un grand emprunt commun aux pays européens (entre 1000 et 1500 miliards €) perpétuel ou à très long terme, qui serait inscrit au bilan de la BCE pour financer cette relance à la fois « verte et sociale ». Il invite également à un prélèvement exceptionnel sur les plus hauts patrimoines financiers. Selon lui, « l’Europe court un danger mortel si elle ne montre pas à ses citoyens qu’elle est capable de se mobiliser face au Covid au moins autant qu’elle l’a fait pour ses banques. »

Plus modestement, A. Merkel et E. Macron ont prôné un plan de redressement économique de l’Europe de 500 milliards € financé par une dette communautaire qui sera portée par le budget de l’Union Européenne. Pourtant cette proposition sera une révolution si elle est mise en oeuvre car il s’agit d’un début d’une véritable politique économique commune puisque c’est la commission qui va emprunter et ensuite dépenser ce montant pour aider les pays de l’Union à investir. Encore faut-il que les 27 pays s’entendent à ce sujet, sur le principe et sur une vraie stratégie industrielle.

Limiter tout risque de « biais bureaucratique »

Toutefois, l’expérience nous a enseigné que tout développement de l’initiative publique risque de s’accompagner d’un « biais bureaucratique » (4) à travers une administration qui devient vite tatillonne et paralysante en coupant les cheveux en huit et en prétendant réglementer jusqu’à la taille des fromages.

C’est pourquoi les structures administratives non opérationnelles mises en place (comme des agences ou des commissions) doivent rester limitées au strict minimum (5% du budget mis en œuvre semble être un bon indicateur). De plus, afin de limiter toute tentative de développement d’un pouvoir bureaucratique, des  organes de médiation et/ou d’arbitrage doivent être aussitôt mis en place afin de permettre des recours simples et rapides aux personnes et entreprises concernées.

C’est cela qui permettra aux citoyens de comprendre que l’action régulatrice de l’Etat ne se fait pas obligatoirement au prix d’un pouvoir administratif écrasant et absurde.

Mettre l’environnement au cœur de la reprise

> Un collectif de plus de 90 dirigeants d’entreprises de dimension nationale ou internationale demandent aujourd’hui (le 4 mai 2020) une mobilisation collective afin que la relance indispensable à notre économie devienne un accélérateur de la transition écologique.(5)

Leur objectif est d’assurer la continuité des efforts déjà engagés dans la transition écologique en organisant la relance économique dans ce sens.

A court et moyen terme, par un soutien aux secteurs de préservation de l’environnement créateurs d’emplois: Rénovation énergétique des bâtiments; développement des diverses formes de mobilités décarbonées; expansion de la production et du stockage des énergies renouvelables et décarbonées.

Toujours à court terme, en favorisant une économie plus circulaire et une alimentation locale; en démultipliant également les efforts de recherche et d’innovation dans des solutions industrielles respectueuses de l’environnement.

A plus long terme l’engagement nécessaire dans le prochain Pacte vert européen est rappelé.

>De son coté, le Haut Conseil pour le climat (HCC), dans son rapport spécial « Climat, santé : mieux prévenir, mieux guérir »(6), publié mardi 21 avril 2020 a appelé le gouvernement à accélérer la transition pour renforcer notre résilience et nos capacités d’adaptation face aux risques sanitaires et climatiques. Il appelle notamment à la mise en place d’indicateurs d’exposition et de vulnérabilité et au développement d’investissements conformes aux priorités définies dans le cadre de SandaÏ 2015-2030.

Le HCC recommande une « relance verte » qui intègre l’urgence climatique et la lutte renforcée contre les pollutions, contre la déforestation importée, qui intègre également l’amélioration nutritionnelle des régimes alimentaires et l’évolution des modes de transport. Il insiste pour cela sur l’importance de conditionner les mesures budgétaires et avantages fiscaux qui seront accordés aux entreprises au respect de ces orientations. Le HCC propose de profiter du faible prix du pétrole pour réduire les exemptions fiscales et autres subventions aux énergies fossiles. Il propose également de réformer le système européen d’échange de quotas carbone en le complétant par l’adoption d’un prix-plancher croissant.

>La Convention Citoyenne pour le climat va dans le même sens en proposant une cinquantaine de mesures (7) afin que « la sortie de crise qui s’organise sous l’impulsion des pouvoirs publics ne soit pas réalisée au détriment du climat, de l’humain et de la biodiversité. » et que les financements de la relance soient fléchés vers des solutions vertes et des investissements « dans des secteurs d’avenir respectueux du climat ». Il s’agit de choisir une stratégie de sortie de crise qui porte « l’espoir d’un nouveau modèle de société ».

Relocalisation, calcul d’optimisation et planification incitative

Relocaliser les activités de production des entreprises, oui mais pourquoi et comment ?

Les calculs d’optimisation des entreprises

Les entreprises industrielles suivent un calcul économique plus ou moins explicité afin de parvenir à une optimisation de leur ressources, que celle-ci soit défensive sous la pression des concurrents, ou bien menée pour améliorer la rentabilité, que ce soit pour servir des dividendes aux actionnaires (fonds de pension par exemple) ou pour avoir les moyens de mener des investissements plus audacieux grâce à un autofinancement ou, encore mieux, les deux à la fois.

La délocalisation (1) est un des moyens principaux que les grandes entreprises industrielles ont choisi pour cela dans la plupart des secteurs (automobile, pharmacie, habillement par exemple) depuis les années 80.

Les conséquences désastreuses des stratégies de délocalisation

– Sur l’emploi

Cette stratégie a eu des conséquences désastreuses sur l’emploi des pays développés, principaux consommateurs des produits fabriqués. De sorte que l’on est parvenu à un grand écart entre une production réalisée dans des pays lointains au détriment de l’emploi d’une part et des transferts sociaux de plus en plus importants générant des déficits des systèmes de protection sociale et des records de taux de prélèvements obligatoires d’autre part.

– Sur les régimes de protection sociale (Sécurité sociale et assurance chômage)

Une partie croissante de l’activité sur laquelle étaient prélevées les cotisations sociales a disparu des pays consommateurs de produits et de ce fait la demande (alimentée par les transferts sociaux) a été de plus en plus rationnée par des politiques d’austérité et/ou partiellement soutenue par les déficits publics.

En Europe, quelques pays ont pu échapper à cette difficulté, grâce soit au dumping fiscal (Pays Bas) , soit à des ressources naturelles (pétrole norvégien), soit à des stratégies industrielles spécifiques (machines outils allemandes).

– Sur les politiques économiques qui ont été menées en Europe

C’est en s’appuyant sur ces exemples de pays présentés comme « vertueux » sur le plan des prélèvements obligatoires que quelques économistes libéraux, notamment au niveau de la Commission européenne mais aussi en Allemagne (dont la dette d’après – guerre a été effacée dans les années 60) ont préconisé des politiques budgétaires de « stabilisation » pour les pays d’Europe du Sud, réputés dépensiers. On entend encore ce chant aujourd’hui et il vient d’être repris par la cour suprême allemande qui a outrepassé ses pouvoirs avec une morgue difficilement supportable pour les citoyens européens (notamment pour ceux qui ont subi dans leur famille la criminalité nazi).

Sur l’environnement naturel

La délocalisation des activités génère des flux de transport grandissants qui s’accompagnent d’un encombrement des voies de circulation maritimes, aériennes et routières et d’une pollution de l’air liée aux émissions de CO2, génératrice de réchauffement climatique.

La pandémie a révélé à tous l’absurdité de la segmentation internationale de la production

La recherche d’optimisation a conduit les entreprises des différents secteurs à segmenter leurs filières industrielles (chaînes de valeur) en répartissant géographiquement l’activité entre filiales et sous-traitants pour profiter des meilleurs coûts et conditions fiscales. Cette logique de la rentabilité immédiate a été favorisée par l’abandon des pouvoirs publics de toute velléité de planification des activités économiques, considérée comme une hérésie par les économistes libéraux, obsédés par le libre jeu des mécanismes du marché (oubliant au passage la « myopie » de celui-ci).

Le manque de courage des représentants de la puissance publique a joué dans le même sens, sans doute favorisé par un fort « besoin de reconnaissance » par les « milieux économiques » (cf. les quinquennats Chirac, Sarkozy et Hollande)

De sorte que les français ont pu constater au début du confinement que l’on ne produisait plus sur le territoire ni les masques, ni le gel hydroalcoolique nécessaire à leur sécurité sanitaire, ou alors en quantité nettement insuffisante. Et surtout que nos hôpitaux allaient manquer des médicaments que nous n’étions même plus capables de produire seuls. La logique d’optimisation des industriels avait écrasé le besoin d’indépendance de la Nation concernant la satisfaction de certains de ses besoins essentiels. Les français ont vite fait le rapprochement avec leur dépendance connue concernant l’électronique, l’informatique, la téléphonie, certains produits alimentaires, etc..

Ils ont découverts stupéfaits que la Commission européenne avait continué sur sa lancée à négocier un nouveau traité de libre-échange avec le Mexique pendant le confinement pour, bien sûr, faciliter….l’optimisation des activités économiques. Ils ont également appris que certaines agences régionales de santé recommençaient à envisager des fermetures de lits d’hôpitaux dans la même logique de restriction budgétaire alors que la pandémie est toujours là et que tous les personnels de santé ont alerté sur les insuffisances criantes des moyens dont disposent nos établissements de soin.

Des réflexes bureaucratiques ont été acquis qu’il est donc impératif de corriger aujourd’hui en imposant une nouvelle logique et de nouvelles priorités.

La relocalisation des activités de production, stratégie des entreprises ? (2)

On a assisté (depuis les années 1990 en France) à des relocalisation par les entreprises d’unités de production dans leur pays d’origine. Cela s’est fait sous l’influence de plusieurs facteurs.

D’une part les groupes industriels ont investi dans l’automatisation de leurs usines afin de réduire le coût du travail, en en réduisant la quantité requise pour produire. D’autre part le développement économique des nouveaux pays industriels a entraîné une augmentation du coût de leur main d’œuvre (en Chine et en Inde), même si on constate que la recherche d’un différentiel de salaire est toujours possible en implantant la fabrication dans de nouveaux pays (Vietnam, Philippines, Éthiopie par exemple)

Mais c’est surtout la hausse des coûts de transport (liée notamment au coût de l’énergie et au piratage) qui a fini par poser problème. D’autant que les normes de qualité et de sécurité environnementale se sont imposées aux transporteurs avec de plus en plus de force, afin de préserver notamment les océans. D’autant également que la volatilité de la demande s’est développée dans un certain nombre de secteurs (comme l’habillement, mais aussi l’électronique et la téléphonie), entraînant un raccourcissement du cycle de vie des produits, complexifié par la recherche de recyclage dans une logique croissante d’économie circulaire. Il fallait dans ce cas « coller au marché ».

Finalement certaines entreprises (une minorité) ont rapproché leurs unités de fabrication de leurs marchés, dans une stratégie que l’on a qualifiée de relocalisation. Celle-ci s’est déployée au niveau continental et même régional. Néanmoins celle-ci est loin d’être suffisante pour retrouver une indépendance, au moins au niveau européen, dans de nombreux domaines, comme celui de la chimie fine, indispensable à la production pharmaceutique.

La relocalisation industrielle doit être soutenue et encouragée par la puissance publique (3)

En France, certains dispositifs d’incitation financière ont existé qu’il convient d’amplifier  (comme le crédit d’impôt relocalisation de 2005 ou les aides à la réindustrialisation depuis 2010 et les conventions de revitalisation de 2014). Il convient surtout de les concevoir de façon plus réaliste en éliminant les comportements opportunistes de certains industriels chasseurs de subvention qui se déplacent d’un territoire à l’autre en fonction des aides publiques. Des conventions contraignantes assorties de sanctions fiscales et pénales doivent être combinées aux primes distribuées.

– Diverses organisations et syndicats professionnels du numérique ont proposé le lancement d’un Pacte pour le Numérique (4), rappelant qu’en France En France, le numérique représente 10 % du PIB et que les 152 grands comptes membres du Cigref dépensent en numérique chaque année 50 milliards d’euros. Il s’agirait de « construire , pour la décennie qui vient, un numérique durable, responsable et de confiance » indispensable selon ces organisations au « monde d’après ».

L’Etat est lui même un gros acheteur de produits à travers les administrations publiques. Il peut donc privilégier les achats de produits « made in France » et/ou « made in Europe », au lieu de préférer systématiquement les produits les moins chers, fabriqués souvent en dépit des règles de l’OIT ou des normes environnementales. Une campagne de conscientisation des consommateurs peut également orienter leurs achats vers des produits labellisés « made in UE ».

– Dans le secteur pharmaceutique, il est possible d’imposer au Comité économique des produits de santé (CEPS) de revaloriser les prix des médicaments anciens (mais toujours efficaces !). Fixer des prix minimums qui permettent un maintien de la production en France. Certains proposent de revaloriser les prix de façon différenciée, en tenant compte des investissements réalisés par les groupes pharmaceutiques sur le territoire national. (5)

– De façon générale, il convient de déployer les aides publiques dans le cadre d’un plan d’ensemble de développement industriel cohérent et conforme au nouveau développement du pays dans une perspective de transition écologique et de respect de notre environnement naturel. Ce plan qui doit être indicatif et incitatif donne un cadre et un horizon temporel dans lequel les entreprises peuvent situer plus facilement leur propre stratégie. Il permet de réduire les incertitudes qui peuvent décourager leurs investissement dans leur propre transition écologique.

Ce plan gagnerait à être conçu au niveau européen avec les pays qui souhaitent coopérer sur le plan industriel à travers des programmes internationaux qui peuvent être « à géométrie variable » selon les secteurs d’activité. L’important est qu’une cohérence soit garantie. Ce plan pourrait ressembler au Green Deal de l’Union Européenne.

– Il faut enfin de ne pas oublier que si les entreprises relocalisent c’est en raison des avantages en facteurs de production et en infrastructures qu’elles retrouvent sur place. C’est pour cela que nos pays européens doivent continuer de maintenir et développer le formidable avantage que leur donne leur système de formation initiale et ensuite continue, ainsi que la qualité de leurs infrastructures culturelles et leurs systèmes de protection sanitaire et sociale.

C’est ce que recommande El Mouhoub Mouhoud,  professeur d’Economie à l’université Paris-Dauphine (6), en focalisant les aides sur les personnes elles-mêmes, pour faciliter leur formation et leur mobilité, tout en s’appuyant sur les infrastructures locales.

De plus, pour que les entreprises comprennent que leur intérêt est bien de produire en Europe, il convient que l’UE se dote d’une véritable taxation incitative qui pénalise les marchandises importées en Europe sans avoir respecté certaines contraintes environnementales et qui favorise les produits ayant réalisé une part majoritaire de leur valeur ajoutée en Europe par un label « made in UE ». Il s’agirait de mettre en place un « protectionnisme éducateur » des activités engagées dans la transition écologique et pourvoyeuses d’emploi en Europe. Mais l’ « état d’esprit » néo-conservateur (d’un libéralisme économique dogmatique et consternant) des fonctionnaires de la Commission européenne pourrait être à réformer en préalable à toute réorientation dans ce domaine. Cela supposerait sans doute également une réforme de l’Office européen de sélection du personnel (EPSO).

Une actualisation de la stratégie industrielle, définie pour l’UE (7) par la Commission européenne à la veille de la crise sanitaire, s’impose aujourd’hui. Celle-ci visait déjà à renforcer l’autonomie industrielle et stratégique de l’Europe et à développer l’économie circulaire dans une perspective de transition écologique. Mais il faudrait aller au-delà des principes et mettre en place des instruments d’action. Bruno Lemaire, Ministre de l’Economie a d’ailleurs déclaré en janvier 2020 que les politiques mises en oeuvre au niveau européen dans la perspective d’une transition écologique n’avaient de sens que si un mécanisme d’inclusion carbone était mis en place aux frontières de l’UE. Mais celui-ci est loin d’être opérationnel aujourd’hui. La CPME, par exemple, soulève plusieurs interrogations quant à sa mise en oeuvre concrète: « calcul du contenu carbone des produits importés, traçabilité des matériaux utilisés dans les processus industriels, articulation avec les accords commerciaux…. »(8)

 

Vers une reprise de l’activité des entreprises

Le gouvernement l’a évoquée récemment , la fin du confinement sera progressive. Le confinement a permis d’aplatir la courbe de la pandémie et de franchir avec le moins de morts possible, le pic de contamination. Mais les besoins sont là. Les besoins de consommables : aliments, énergie. Les besoins de services de santé, de communication, courrier, de transport de marchandises et de personnes. Enfin les besoins de biens durables car il faut des pièces pour pouvoir réparer et des biens neufs pour pouvoir remplacer les biens de consommation comme les biens de production …

A l’heure où on met en avant la nécessité de relocaliser les filières de productions en Europe, il faut que les entreprises puissent reprendre progressivement leur activité. Les grands groupes comme les artisans et les auto-entrepreneurs vont avoir besoin de recommencer à produire.

L’ « hibernation des entreprises » n’est pas possible longtemps

Certaines entreprises subissent une baisse abyssale de leur activité. Cela leur est économiquement insupportable c’est pourquoi les Etats européens se sont engagés dans des politiques de soutien financier à travers des reports de charges sociales et fiscales, un assouplissement du droit des congés payés et du chômage partiel ou de prêts garantis (ou même un financement en capital social) comme dans le cas d’Air France KLM par exemple.

voir aussi l’article Les dispositifs – TPE pour faire face à la crise du covid 19

Mais G. Roux de Bézieux, président du MEDEF, recommandait aux chefs d’entreprise, pendant la période de confinement, d’assurer la continuité des activités  dans tous les domaines où cela était possible(1). Une production est en effet nécessaire en permanence pour approvisionner les différents marchés des biens de consommation. Les entreprises doivent produire afin de satisfaire une demande qui a continué de se manifester le plus souvent à distance et qui va s’amplifier avec la fin du confinement.

D’ailleurs, certaines grandes entreprises comme Véolia et comme d’autres opérateurs d’importance vitale (OIV), ont l’obligation de maintenir leurs activités en toute circonstance en raison de leur caractère indispensable (distribution d’eau, traitement des eaux usées, gestion des déchets, etc..).

Le confinement, comme une phase d’apprentissage

En fait, les règles du confinement nous ont guidé dans la vie quotidienne comme dans les relations de travail. Les entreprises doivent définir un cadre de travail très sécurisé afin que tous soient rassurés sur les conditions de déroulement de l’activité. Ce sont les plans de continuité d’activité et autre protocoles de maintien de l’activité.

On peut rappeler ici la responsabilité générale de tout employeur en matière de sécurité de son personnel. Il s’agit d’une obligation de résultat qui peut conduire, en cas de manquement, à des sanctions civiles et pénales. On peut considérer le confinement comme un temps d’apprentissage de nouvelles façons de travailler car nul ne sait combien de temps l’épidémie durera.

Dans l’agriculture la production n’a pas cessé car le rythme des saisons s’impose à tous. Néanmoins des récoltes ont été perdues faute de main d’œuvre ou de moyens de distribution. Cela n’est pas tenable à moyen terme, autant pour les exploitants que pour les consommateurs qui ont besoin de ces produits.

Dans l’industrie et l’artisanat, pour les activités de service et d’accompagnement et de gestion de la production, on peut certes recourir au maximum au travail à distance. Mais cela a ses limites, la coordination des équipes, le contrôle qualité, le contrôle de gestion par exemple, nécessitent du travail sur site.

La mise en œuvre d’une production sécurisée

Des plans de déconfinement sont mis en oeuvre dans les entreprises autorisées à reprendre leur activité. Des fiches métiers et des guides d’accompagnement du déconfinement sont mis à la disposition des entreprises et salariés sur le site du ministère du travail.

Ces plans de déconfinement sont définis, entreprise par entreprise, en fonction du type d’activité afin que la reprise se fasse en confiance.

La prise de température des salariés à l’entrée des établissements. Parfois le dépistage à la demande des salariés.

La distance entre deux salariés, la désinfection quotidienne des machines et avant chaque prise de poste. La mise à disposition de gel hydroalcoolique et l’incitation au lavage régulier des mains (qui peut être rappelé par un signal sonore). La distribution de masques ou/et de visières en prenant en compte le besoin supplémentaire des salariés utilisant les transports en commun. Un marquage au sol et une redéfinition de la circulation des personnes dans les locaux. Un réaménagement des bureaux. La mise en place de panneaux de plexiglas. Un arrêt de la climatisation des locaux. Des horaires déclés et une rotation du personnel dans les locaux. Toutes ces mesures peuvent être utilisées pour protéger et pour rassurer les salariés afin qu’ils puissent travailler en confiance et se concentrer sur leurs tâches.

L’entreprise Michelin a ainsi redémarré progressivement l’activité de ses sites de fabrication en Europe tandis que ses usines asiatiques et en Amérique du sud fonctionnent. Certains sites fonctionnent déjà comme l’usine de Troyes.

Selon le président de Poclain, Laurent Bataille (2), l’un des challenges de nos entreprises est de se préparer au redémarrage de l’économie européenne. En effet, selon lui « A l’heure actuelle, l’appareil industriel français tourne au ralenti. Mais l’industrie chinoise, plus automatisée et en avance de phase par rapport à l’Europe dans la vague épidémique, est en redémarrage. Chinois et Japonais vont aller vite et chercher à prendre des places. »

A plus long terme on peut s’attendre dans l’industrie à un développement plus important de l’automatisation des procès de fabrication avec des investissements dans la robotique.

Pour autant la numérisation d’un grand nombre d’activités dans les services et la formation à distance (e-learning) pendant le confinement vont perdurer pour se combiner à des activités « en présentiel ». On peut donc prévoir que dans les services comme dans l’industrie la production se fera désormais « autrement ».

Les pouvoirs publics ont  pris en main le sauvetage de l’économie

On voit aujourd’hui que les dirigeants politiques des pays européens ont pris la mesure de la crise économique, sanitaire et sociale avec des politiques économiques volontaristes, en France, en Allemagne (plan de secours de 822 milliards d’euros) et au niveau européen (plan de rachat de dettes de la BCE). Des nationalisations de grandes entreprises sont même envisagées en Italie, France, Allemagne, Espagne, etc..

Ils se sont ainsi affranchis par nécessité des règles de discipline budgétaire européenne. Pour certains observateurs, cela montre que des changements importants seront possibles. Ils seront d’ailleurs indispensables car les modèles économiques de nos sociétés sont mis à mal par cette crise.   

La Banque centrale européenne a mis en place un programme  de  prêts ciblés qui fournit jusqu’à environ 3 000 milliards d’euros de liquidité aux banques à un taux d’intérêt négatif pouvant aller jusqu’à – 0,75 %. Un autre programme d’assouplissement des garanties, est axé sur les petites entreprises, les travailleurs indépendants et les particuliers auxquels les banques peuvent accorder des prêts tout en se refinançant auprès de la BCE à des taux négatifs pour une durée allant jusqu’à 3 ans.

La plupart des grandes entreprises françaises ont pu négocier des prêts avec leurs banques pour financer ce passage difficile. Pour certaines, comme Air France, Renault, Fnac-Darty, Europcar ou encore Conforama, moins bien notées par les agences de rating, la garantie de l’Etat est nécessaire. Un mécanisme de prêt garanti par l’Etat (PGE) a été mis en place, destiné à toutes les entreprises françaises en besoin de financement lié à la crise sanitaire.

Mais favoriser la reprise ne suffit pas

Saurons-nous profiter de cette remise en cause pour remettre sur pied un modèle économique recentré sur l’Europe qui permette de développer les économies des pays composant notre « grand marché unique » ?

En effet, une stratégie de relocalisation doit s’imposer aux entreprises qui veulent pouvoir accéder au grand marché européen. Selon Patrick Artus, économiste chez Natixis, « il y aura un retour à des chaînes de valeur régionales, avec l’avantage d’une fragilité moindre et d’une diversification des risques »

( Voir aussi sur ce blog l’article : Les impacts du coronavirus sur les entreprises françaises )

Mais pour cela la puissance publique doit jouer un rôle incitatif et facilitateur.

Selon Dominique Méda, professeure de Sociologie à Paris-Dauphine, il faut aller plus loin encore et « reprendre la main et sur la finance et sur la production, revenir sur la liberté de circulation des capitaux et sur l’actuelle division internationale du travail. » (3)

Cela signifierait concrètement doter l’Europe d’un système de contrôle des flux monétaires et financiers  entre l’Europe et l’extérieur.

Cela signifierait également construire une politique industrielle, budgétaire et fiscale européenne qui oriente les entreprises vers des logiques nouvelles : privilégiant les implantations intra-européennes, économisant l’énergie et les ressources naturelles, orientées vers une autonomie et une indépendance européenne en matière sanitaire mais aussi alimentaire, énergétique, industrielle en respectant les équilibres écologiques. (4)

La soutenabilité et la réduction des inégalités doivent devenir des priorités pour reconstruire une activité économique prospère. Un renouveau et un regain, pour tourner la page et repartir d’un bon pied. On voit qu’il y a fort à faire et qu’il faudra beaucoup d’efforts de nos politiciens pour que tout cela ne se perde pas dans une « tour de Babel » européenne.

En effet, si aucun changement n’est impulsé par les pouvoirs publics nationaux et européens, alors qu’ils ont aujourd’hui la main, le risque est que la reprise lorsqu’elle aura lieu soit un redémarrage de l’économie « comme avant », comme si rien ne s’était passé pour compenser la baisse de production et de revenus.

Relocaliser les activités qui peuvent être réalisées sur place en Europe dans une recherche d’économie et de recyclage de nos ressources et de limitation des pollutions générées doit être désormais une priorité des pays européens. Il y a là un champ d’innovations, d’investissements et de recours aux nouvelles technologies de la biologie, de l’énergie, du recyclage  et de l’intelligence artificielle qui doit permettre à l’économie de redémarrer autrement.

C’est cette ambition qu’il faut populariser et défendre afin que nous ne n’ayons plus à subir la mécanique aberrante d’un libéralisme économique sans contrôle qui nous mènerait sans vergogne jusqu’à la prochaine crise sanitaire ou écologique.

(1) Voir aussi l’article de ce blog : « Les impacts du coronavirus sur les entreprises françaises »

(2) Voir l’interview de Laurent Bataille « Le capitalisme à l’européenne à l’heure du grand test » La Quotidienne des entreprises En action de l’Institut de l’entreprise (Club du MEDEF), 25 mars 2020

(3) Interview de Dominique Méda par D. Lafay « Nous devons tout repenser » dans La Tribune, 21/03/2020

(4) Voir également l’article de ce blog : « Pour une mondialisation maîtrisée »

Le secteur automobile français à la croisée des chemins

L’effondrement du marché lié à la crise sanitaire

Avec la crise sanitaire on a assisté à un effondrement du marché automobile européen (-55,1% en mars 2020), notamment en France (-72%) et en Italie, mais également en Espagne et en Allemagne. Cet effondrement est lié au confinement et à la fermeture des points de vente, même si la plupart des constructeurs ont cherché à développer la vente en ligne.

Les groupes français Renault et PSA ont subi fortement cette baisse sur la totalité de leurs marques.

Ce secteur industriel qui représente 400 000 salariés dans la fabrication et 500 000 dans les services associés, joue sa survie. L’aide des pouvoirs publics avec le chômage partiel et les prêts garantis a permis de préserver la capacité de production mais la perte de chiffre d’affaires sur l’année sera de l’ordre de 25%.

La réouverture des concessions  va se faire progressivement avec le déconfinement tandis que la reprise dans les usines a déjà commencé.

Selon Luc Chatel, président de la Plateforme automobile, un plan de relance est nécessaire (1) en coordination avec les autres pays européens afin de redresser la demande en s’appuyant notamment sur la prime à la conversion et en utilisant la transition écologique comme levier (majoration du bonus pour l’achat d’un véhicule électrique ) et en maintenant les objectifs de baisse d’émission de CO2 qui déboucheront sur un facteur de différenciation avantageux pour les constructeurs.

Mais l’industrie auto française était déjà descendue au 5ième rang en Europe en 2016 (contre le 2ième en 2011) (2)

Le déclassement est net depuis la crise de 2008. L’industrie française ne réalise plus que 6,7% de la production européenne (contre 44,5% pour l’Allemagne en 2016) et la balance commerciale est déficitaire (- 9,6 milliards en 2016) du fait d’importations importantes notamment d’Allemagne mais aussi d’importations de produits fabriqués dans des filiales ou des partenaires des groupes français qui ont délocalisé certaines productions. Le secteur automobile français existe surtout à travers 418 groupes industriels qui réalisent 92% de la production nationale et emploient 218 000 personnes (en ETP). Parmi ceux-ci les constructeurs (Renault, PSA, Volvo et Toyota) réalisent 80% du chiffre d’affaires du secteur. La production de ces groupes est très peu sous-traitée (l’équipementier Faurecia est intégré au groupe PSA). La sous-traitance concerne principalement les équipements électriques et les ceintures et airbags. Parmi les groupes industriels français (dont le centre de décision est situé en France) de l’automobile, 56 ont un caractère multinational avec plus de 800 filiales qui réalisent un chiffre d’affaires de 135 Mrds€ en 2016 plus important que celui réalisé en France par ces groupes (107 Mrds €). Ces groupes multinationaux français commercent de façon importante avec les pays d’Europe de l’Est de l’UE et l’Espagne dans une logique de réimportation de véhicules partiellement produits et assemblés à l’étranger. Tandis que sur d’autres continents les activités des filiales sont orientées vers les marchés locaux.

La conséquence est qu’une relance de la demande française par les pouvoirs publics risque de profiter autant ou davantage à l’activité économique des pays dans lesquels les constructeurs français ont installé leurs usines. Seulement un véhicule sur deux des 2 grands constructeurs français est assemblé en France.

Concernant les véhicules électriques, Renault produit en France tandis que PSA produit dans d’autres pays européens puis importe en France. Certains préconisent de conditionner les aides publiques à des engagements de maintenir l’emploi et l’investissement en France, car les crises de surproduction se traduisent généralement par des fermetures d’usines et des plans sociaux (plans de « sauvegarde de l’emploi ») de réduction d’effectif.

Les ventes tactiques de 2019

A la fin 2019 de nombreux véhicules ont été immatriculés par les constructeurs comme véhicules de courtoisie ou de démonstration ce qui leur a permis de déstocker des véhicules obsolètes qui nuisaient à l’atteinte des objectifs de réduction des émissions de Co2. Ces véhicules sont écoulés en occasion zéro km. Cette pratique a été appliquée également par les marques allemandes et italiennes.

Elle montre que le secteur automobile européen est en crise structurelle (surproduction et inadaptation de l’appareil productif), face à la contrainte environnementale, au-delà de la grave crise conjoncturelle liée au coronavirus.

Le virage du véhicule électrique

Les normes d’émission des voitures neuves en Europe ont été durcies à partir de 2020 (seuil de 95g de CO2 par km) et devraient se durcir chaque année encore jusqu’en 2030. De plus, la fin des véhicules thermiques est programmée. En France en 2040.

Selon les prévisions actuelles pour la période 2017-2025, le marché mondial des véhicules électrifiés (100% électrique ou hybride essence rechargeable) serait multiplié par 10 en moins de 10 ans. Cela représenterait 1,2 millions de véhicules en 2025 en Amérique du nord,  3,5 millions en Europe et 4,7 millions en Chine. Ce basculement est un point d’inflexion stratégique qui amène les constructeurs à développer des unités de production flexibles et des partenariat industriels.(3)

Chez PSA   le développement des différents modèles se fait sur  des plateformes adaptées à l’ensemble des motorisations thermiques, électriques ou hybrides. Il s’agit donc de plateformes modulaires, multi-énergies  qui assurent une flexibilité de la fabrication permettant de répondre  à la demande de la clientèle. Une coopération industrielle avec Nidec Leroy-Somer a permis de développer une co-entreprise qui a pour objectif de produire de nouveaux moteurs électriques en grande série dès 2022.  Une autre co-entreprise avec Punch Powertrain doit déboucher également en 2022 sur  la production en série de nouvelles   transmissions électrifiées.

Chez Renault group (Renault, Dacia, Renault Samsung Motors, Alpine et LADA) un plan de restructuration et de relance est prévu pour la mi-mai avec des fermetures d’usines en Europe et en Chine et avec le développement de la mise en commun des pièces entre les différentes marques du groupe et de l’alliance. Il s’agit notamment de redresser Nissan qui est en grande difficulté au sein de l’alliance Renault Nissan Mitsubishi.

Le marché chinois reste prioritaire pour développer le véhicule électrique car Renault  y dispose   d’un   avantage concurrentiel  avec  le lancement de la City K-ZE. Ce VE est issu d’une coentreprise réussie avec JMCG dans la filiale JMEV. Le groupe prévoit de renforcer dans ce domaine ses partenariats avec Nissan et Dongfeng  afin de faire de K-ZE une voiture mondiale.  JMEV prévoit de couvrir 45 % du marché chinois des VE en 2022 avec quatre modèles principaux.

En Europe, il est prévu de produire la « Dacia Spring » qui est un dérivé de ce véhicule électrique et qui sera commercialisé à partir de 2021 pour un prix de 15000€ environ, dans la logique du low cost de la marque Dacia.

Les dispositifs – TPE pour faire face à la crise du covid 19

Quels sont les dispositifs visant à permettre aux TPE de faire face aux difficultés liées à la crise du coronavirus ? Ils sont nombreux mais consistent surtout en des reports, ce qui ne sera pas forcément suffisant pour préserver la pérennité des entreprises. Mais il y a également des aides directes comme celle du fonds de solidarité.

Voir aussi le tableau synthétique de BPi France (1)

1) L’aide du fonds de solidarité

Un grand nombre de petites entreprises ne sont pas concernées par les premiers dispositifs mis en place par le gouvernement pour aider les entreprises et les salariés pendant la crise du coronavirus (mise en chômage partiel, arrêt maladie pour garde d’enfant, etc.). Pour compenser les pertes des petites entités, une aide spécifique de 1 500 € va être financée par le fonds de solidarité financé par l’État et les Régions.

Pour y avoir droit, ce n’est pas le statut juridique qui compte, mais la petite taille de l’entreprise :

Les critères sont :

  • – moins d’1 million d’euros de chiffre d’affaires (il s’agit du CA facturé (donc les dates de factures), sauf si vous êtes soumis au BNC,
  • – moins de 60 000€ de bénéfices imposables annuels, augmentés des rémunérations que vous vous êtes versées;
  • – un maximum de 10 salariés.

Cette aide est mensuelle, et a été définie pour le mois de mars. Mais elle pourrait donc être reconduite sur le mois d’avril. C’est le site des impôts (https://impots.gouv.fr) qui accueille et traite les demandes d’aide dans l’espace personnel de chaque entrepreneur (et non pas professionnel). Dans le motif du contact, il suffit de choisir l’ « aide aux entreprises fragilisées par l’épidémie Covid-19 ».

Le dossier de demande consiste en :

  • – une estimation de la perte de chiffre d’affaires,
  • – une déclaration sur l’honneur

L’aide sera déterminée en fonction de chaque dossier et ne pourra pas dépasser le maximum de 1 500 €. Une fois déterminée, elle sera versée automatiquement sur la base de la déclaration effectuée.
Elle est faite pour compenser les pertes liées au coronavirus des petites entités qui voient :

  • leur activité fermée pour raison sanitaire car une interdiction d’accueil du public est intervenue entre le 1er mars 2020 et le 31 mars 2020 (par exemple : les restaurants, entreprises de tourisme, commerces non alimentaires, spectacles, etc.)
  • leur chiffre d’affaires (CA) baisser de plus de 50 % (1)

NB1 : cette aide de 1 500 € vous prive de l’accès à l’aide exceptionnelle Urssaf versée par le régime de sécurité sociale des indépendants. (aide variable selon les cas pouvant correspondre à la prise en charge de vos cotisations sociales).

NB2 : Vous ne pouvez pas bénéficier de l’aide du fonds de solidarité si :

  • vous avez bénéficié d’une indemnisation pour arrêt maladie d’au moins 2 semaines sur le mois de mars,
  • vous avez un contrat salarié en plus de votre activité entrepreneuriale,
  • vous êtes à la retraite et exercez votre activité à titre complémentaire
  • votre société est contrôlée par une autre société commerciale,
  • vous avez créé votre entreprise après le 1er février 2020.

NB3 : Si votre entreprise a la forme juridique d’une holding, les critères d’éligibilité s’appliquent à l’ensemble des sociétés contrôlées par la holding et non pas société par société.

(1) Pour constater la baisse de CA de 50 % on compare le CA du mois de mars 2020 avec celui de mars 2019. Pour les entreprises créées après mars 2019, on prend en considération le CA annuel moyen depuis la création de l’entreprise.

2) Le dispositif exceptionnel de l’activité partielle des salariés dans le cadre de l’épidémie du coronavirus (utilisable par toutes les entreprises ayant du personnel)

Le dispositif permet de suspendre le contrat de travail pendant la (ou les) période(s) d’inactivité ou d’activité partielle. Il peut s’agir d’une réduction de la durée du travail en dessous de la durée habituelle des salariés ou d’une fermeture temporaire de l’établissement de travail.

Jusqu’au 31 décembre 2020, une absence de réponse de l’administration dans un délai de deux jours suite au dépôt de la demande d’autorisation préalable correspond à une acceptation implicite de la mise en place de l’activité partielle de l’entreprise. Un formulaire de demande est disponible en ligne : https://www.service-public.fr

Le temps indemnisé est celui pendant lequel les salariés ne sont ni à la disposition de l’employeur (pour un télétravail par exemple) ni en congés payés ou de RTT.

Pendant la période d’activité partielle, l’entreprise reçoit de l’Agence de services et de paiement (ASP) une allocation par salarié représentant 70 % de la rémunération antérieure brute du salarié (84% du net), dans la limite d’une rémunération plafond de 4,5 SMIC (soit 31,98€), avec un minimum de 8,03 € par heure, quel que soit l’effectif de l’entreprise (sauf pour les apprentis et contrats de professionnalisation).

De son coté, l’employeur devra verser à chaque salarié une indemnité équivalente à 70% de son salaire antérieur brut (84% du net), qui sera néanmoins assujettie à la CSG et à la CRDS (6,7 %) Si l’employeur souhaite dépasser le taux de 70%, il en supporte la charge. La procédure de demande d’activité partielle est assouplie et peut intervenir après coup jusqu’à 30 jours après la survenance de l’activité partielle.

Le temps qui est effectivement travaillé sur la période (en télétravail, en formation ou en travail sécurisé sur site) est payé normalement.

3) L’aide aux entreprises en grande difficulté accordée par les régions

Une aide peut également être sollicitée auprès de chaque Conseil régional qui sera accordée sur dossier au cas par cas.

Les régions ont en effet mis en place des aides sous diverses formes :

-Subventions et/ou prêts en trésorerie : lorsque les décaissements l’emportent sur les encaissements , le déficit de trésorerie peut conduire si la banque ne suit pas, à la situation de cessation des paiements (« faillite ») et l’ouverture d’une procédure de règlement judiciaire des difficultés de l’entreprise. La subvention ou le prêt de trésorerie a pour but de combler le déficit de trésorerie lié à la baisse d’activité liée au coronavirus.

-Prêt « rebond » à taux zéro de 10 000 à 200 000€ qui sera distribué en coopération avec BPI France sans exiger une garantie sur des actifs de l’entreprise qui doit permettre de financer l’adaptation de l’entreprise aux nouvelles conditions de son marché et de ses approvisionnements, perturbés par le coronavirus.

-Garanties de la Région, de prêts accordés par la banque à l’entrepreneur

-Suspension du remboursement des avances remboursables, pour les entreprises en ayant bénéficié.

4) Le report des cotisations sociales

Le régime de sécurité sociale des indépendants (SSI qui a remplacé le RSI) a annoncé que :

Les échéances mensuelle de cotisation sociale des 20 mars et 5 avril n’ont pas été prélevées. L’échéance mensuelle du 20 avril ne sera pas prélevée. Le montant de ces échéances sera lissé sur les échéances à venir en 2020

Les indépendants sont donc invités à effectuer, à partir du 9 avril et avant le 12 juin, leur déclaration sociale des indépendants  (DSI) en ligne sur net-entreprises.fr afin de bénéficier de la régularisation des cotisations 2019 et du lissage des cotisations 2020

Ils peuvent sur le même site demander un ajustement de l’échéancier de cotisations pour tenir compte d’une baisse de revenu en faisant une nouvelles estimation du revenu 2020 sans attendre la déclaration annuelle en 2021.

Au delà de ce report, le Conseil de la protection sociale des travailleurs indépendants (CPSTI) peut attribuer une aide sociale sur demande (formulaire accessible sur le site du SSI) une aide financière exceptionnelle pour la prise en charge partielle ou totale des cotisations de ceux qui ne bénéficient pas de l’aide exceptionnelle dite de 1500€.

De plus, le service en ligne declare.ameli.fr de l’Assurance Maladie permet aux travailleurs indépendants de déclarer un maintien à domicile pour eux-mêmes et/ou pour leurs salariés durant le confinement. La déclaration prend la forme d’un arrêt de travail simplifié pour les parents d’enfants de moins de 16 ans au jour du début de l’arrêt ainsi que les parents d’enfants en situation de handicap sans limite d’âge.

5) Les facilités concernant le paiement des impôts:

En dehors de la TVA et du prélèvement à la source (PAS) qui est versé en tant que collecteur, il est possible de demander un étalement ou un report des principales échéances fiscales d’impôts (IS,TS..) auprès de son service des impôts des entreprises (SIE).

Un formulaire spécifique est accessible en ligne (sur https://impots.gouv.fr) pour préciser la demande et les montants des reports. Les reports sont accordés pour trois mois sans pénalité et sans aucun justificatif.

Pour les situations difficiles, il est possible de demander une remise sur le versement des impôts. Le dossier est accessible en ligne sur le site des impôts (https://impots.gouv.fr)

En cas de contrat de mensualisation, pour le paiement de la contribution foncière des entreprises (CFE) ou de la taxe foncière (TF), il est possible de suspendre les paiements sur impots.gouv.fr. L’impôt sera alors prélevé pour le solde en fin de période, sans pénalité.

NB: Le report ne concerne pas le paiement de la TVA (et autres impôts indirects) Le versement de celle-ci est donc bien dû pour les entreprises dont les activités sont soumises à la TVA, aux échéances prévues, sans décalage.
6) Report des loyers et des factures d’énergie

– Le ministre de l’économie a demandé aux bailleurs ayant la possibilité de le faire, d’accepter les reports de loyers des petites et moyennes entreprises. En cas de refus, il pourra être fait appel au médiateur des entreprises.

– Les paiements des factures d’eau et d’énergie pourront être reportés sur simple demande.

7) Le rééchelonnement des prêts bancaires en cours de remboursement

Les crédits bancaires pourront être rééchelonnés de gré à gré (à négocier avec le conseiller clientèle) par les banques sans pénalités de retard. Si besoin, le médiateur du crédit pourra être saisi par l’entreprise. La plupart des banques s’y sont engagées.

(1) Voir aussi le tableau synthétique de Bpi France >>>>>

voir également dans ce blog, l’article Vers une reprise de la production des entreprises ?

Un nécessaire recentrage régional des activités des entreprises

Relocalisation devient aujourd’hui le maître mot. Il est regrettable qu’une crise sanitaire grave soit nécessaire pour qu’une conception plus raisonnable et rationnelle de l’économie des entreprises s’impose. La mondialisation qui est un phénomène essentiellement culturel n’est pas en cause mais la libéralisation à tous crins de l’économie mondiale nous a conduit à une impasse. Nous pouvons construire un autre mode de développement en Europe en respectant l’environnement et en tenant compte des aspirations sociales des citoyen(ne)s européen(ne)s.

Petit rappel historique:

La libéralisation des échanges de marchandises s’est développée après la seconde guerre mondiale dans le cadre du GATT puis de l’OMC. Mais c’est surtout la libéralisation des échanges financiers de la fin des années 80 (1) qui a ouvert la voie des stratégies de segmentation internationale des activités de production, en s’appuyant sur l’avènement en France de ce que l’on a appelé la « pensée unique ». Il s’agit d’une confiance totale dans la libéralisation des marchés qui s’est installée sous l’influence de l’ère reaganienne aux USA et de l’ère thatchérienne au RU mais aussi de la gauche française avec des partisans comme J. Delors (alors président de la Commission européenne 1985-1994), et la caution théorique de l’école des économistes dite « de Chicago ».

Les échanges de biens et de monnaie étant libérés, la logique d’optimisation allait conduire les entreprises à produire chaque élément de la composition d’un produit là où c’était le moins coûteux, quitte à externaliser cette fabrication à un partenaire lointain qui respectait moins de contraintes réglementaires. On était entré dans une « globalisation » de l’économie.(2)

Cela a conduit les grandes entreprises du monde dans deux logiques absurdes :

-La première est celle du court-terme. La recherche de rentabilité s’est souvent orientée vers une recherche de profit immédiat, impulsée par les variations de cours sur les marchés financiers. Celle-ci a été relayée vers le management des grandes entreprises par les représentants des fonds de pension (3) dans les conseils d’administration. Elle s’est accompagnée d’un discours libéral soutenu qui s’est propagé dans les arcanes des pouvoirs nationaux et de l’Union Européenne. Elle s’est traduite par un affaiblissement des démarches de planification économique et de politique industrielle. On l’a vu par exemple en France, avec la fermeture du commissariat au plan. Fini l’anticipation et la prospective à long terme, suivons les seules impulsions du marché ! Cela a conduit notamment à différentes crises : crise agricole, crise médicale, crise de notre modèle énergétique, crise du transport ferroviaire, crise financière de 2007-2008…

La deuxième est celle du gaspillage. La segmentation des activités a engendré d’importants besoins de transport et de logistique qui ont consommé énormément d’énergie et de travail et ont produit une grande quantité de gaz à effet de serre. Elle a fait disparaître un grand nombre d’emplois, de savoir-faire, de compétences et de qualifications professionnelles dans les pays européens.

La crise du coronavirus remet en question les dépendances générées par les stratégies de segmentation internationale de la production.

A l’heure du confinement, viennent les regrets de ne plus disposer chez soi des capacités de production nécessaires pour faire face à quelques besoins essentiels, comme produire des masques de protection ou du gel hydroalcoolique en quantité suffisantes, alors qu’il s’agit de production sans grande complexité ! Plus encore, on découvre que la filière de la production pharmaceutique a été tellement segmentée que l’on ne produit plus en Europe les composants de base nécessaires à de nombreux médicaments (80% des principes actifs sont aujourd’hui importés de Chine et d’Inde contre 20% en 1990), y compris les réactifs indispensables à la production de tests du covid-19. Un comble !

La recherche du coût minimum par les entreprises peut nous éloigner de l’intérêt général. La démonstration en est faite avec cette crise sanitaire qui aboutit à une illustration magistrale de ce que les économistes appellent « la myopie du marché ».

Mais ce qui est vrai dans la pharmacie se retrouve dans la téléphonie, l’électronique, l’informatique et dans bien d’autres filières de production.

Saurons-nous faire face ?

Saurons-nous profiter de cette remise en cause pour remettre sur pied un modèle économique recentré sur l’Europe qui permette de développer les économies des pays composant notre « grand marché unique » ? Une stratégie de relocalisation s’impose aux entreprises qui veulent pouvoir accéder au grand marché européen. Selon Patrick Artus, économiste chez Natixis, « il y aura un retour à des chaînes de valeur régionales, avec l’avantage d’une fragilité moindre et d’une diversification des risques » ( Voir aussi sur ce blog l’article : Les impacts du coronavirus sur les entreprises françaises )

On voit aujourd’hui que les dirigeants politiques européens ont pris la mesure de la crise économique, sanitaire et sociale avec des politiques économiques volontaristes, en France, en Allemagne (plan de secours de 822 milliards d’euros) et au niveau européen (plan de rachat de dettes de la BCE). Des nationalisations de grandes entreprises sont même envisagées en Italie, France, Allemagne, Espagne, etc..

Le fait que les pouvoirs publics des différents pays européens s’affranchissent par nécessité des règles de discipline budgétaire européenne, montre que des changements importants seront possibles. Ils seront d’ailleurs indispensables car les modèles économiques de nos sociétés sont mis à mal par cette crise. Celle-ci pourrait même, si on la laissait se dérouler librement, mettre fin à l’existence même d’un grand nombre de nos entreprises.

Pour L. Bataille, président de Poclain, c’est sur la solidarité entre les parties prenantes de l’entreprise (clients, fournisseurs, salariés, dirigeants, actionnaires) et sur l’innovation qu’il faut compter. Cette solidarité est selon lui une condition indispensable de la survie des entreprises. Mais il faut également anticiper le redémarrage de l’activité afin de ne pas perdre des places dans la compétition mondiale. (4)

Selon Dominique Méda il faut « reprendre la main et sur la finance et sur la production, revenir sur la liberté de circulation des capitaux et sur l’actuelle division internationale du travail. » (5)

Cela signifierait doter l’Europe d’un système de contrôle des flux capitaux entre l’Europe et l’extérieur. Cela signifierait également construire une politique industrielle, budgétaire et fiscale européenne qui oriente les entreprises vers des logiques nouvelles : privilégiant les implantations intra-européennes, économisant l’énergie et les ressources naturelles, orientées vers une autonomie et une indépendance européenne en matière sanitaire mais aussi alimentaire, énergétique, industrielle en respectant les équilibres écologiques.

La soutenabilité et la réduction des inégalités doivent devenir des priorités pour reconstruire une activité économique prospère. Un renouveau et un regain, pour tourner la page et repartir d’un bon pied. On voit qu’il y a fort à faire et qu’il faudra beaucoup d’efforts de nos politiciens pour que tout cela ne se perde pas dans une « tour de Babel » européenne.

Et aux USA ?

On peut néanmoins s’inquiéter de l’évolution de l’économie aux USA où la panique semble gagner les marchés financiers avec un effondrement du Dow Jones. Les pouvoirs publics semblent désemparés pour gérer une crise économique et sociale aggravée par l’absence de couverture sociale de nombreux citoyens. Une grave récession et une envolée du chômage sont prévisibles. L’effondrement boursier pourrait quant à lui remettre rapidement en question le niveau des pensions de retraite (conçues selon le système de la capitalisation). Le manque d’assurance-maladie de nombreux américains sera inévitablement un facteur aggravant, sauf à mettre en place un dispositif exceptionnel de couverture généralisée.

Les économistes se tournent aujourd’hui vers le Trésor américain et les gouvernements de Etats pour qu’ils engagent des actions budgétaires contra-cycliques et de renflouement des entreprises et assurent des revenus aux personnes sans emplois. Cela suffira-t-il ? Donald pourrait payer les pots cassés lors de la prochaine élection présidentielle le 3 novembre prochain ….

D’une façon générale

D’après Daniel Cohen (6), économiste, professeur à l’Ecole d’économie de Paris, cette crise serait même un point d’inflexion dans l’évolution du capitalisme puisqu’elle marquerait un recul du capitalisme mondialisé pour donner place à un capitalisme numérique. En effet, selon lui la numérisation serait le nouveau moyen pour les entreprises d’obtenir des baisses de coût et la pratique du confinement accélérerait et généraliserait le recours à de nouvelles techniques de télétravail et de formation à distance.

Voir aussi l’article : Les impacts du coronavirus sur les entreprises françaises

  1. « Le consensus de Paris: la France et les règles de la finance mondiale» par Rawi Abdelal dans Critique internationale 2005/3 (n°28)
  2. Cf l’Aide-mémoire Management et économie des entreprises, L’internationalisation (in chap 10), SIREY, 12ième édition, 2018.
  3. Les fonds de pension ont été d’abord mis en place aux USA avec la loi ERISA de 1974. Ceux-ci ont pris des participations dans les grandes entreprises cotées pour capitaliser les droits des adhérents.
  4. Voir l’interview de Laurent Bataille « Le capitalisme à l’européenne à l’heure du grand test » La Quotidienne des entreprises En action de l’Institut de l’entreprise (Club du MEDEF), 25 mars 2020
  5. Cf l’interview de Dominique Méda  : « Nous devons tout repenser » Denis Lafay, La Tribune, 21/03/2020
  6. Voir l’interview de Daniel Cohen par A. Reverchon dans le Monde du 2/04/2020 : « La crise du coronavirus signale l’accélération d’un nouveau capitalisme, le capitalisme numérique »

Les impacts du coronavirus sur les entreprises françaises

Les impacts sur l’économie sont  nombreux:

Selon l’économiste Daniel Cohen, professeur à l’Ecole d’économie de Paris, chaque mois de confinement pourrait coûter à l’économie française 3 points de croissance annuelle (1).

A la mi-mars 2020, l’effondrement des places boursières européennes permettait déjà d’anticiper un ralentissement généralisé de l’activité économique et la Commission européenne prévoyait une récession en Europe (baisse du PIB pendant 2 trimestres consécutifs au moins) tandis qu’aux USA les prévisionnistes annonçaient une baisse probable d’un quart du PIB au second trimestre.

L’OCDE invite les Etats à agir à la fois pour renforcer leurs dispositifs sanitaires et pour dynamiser leur activité économique en soutenant la demande par une politique budgétaire et fiscale volontariste. (2)

Le 18 mars, la Banque Centrale Européenne (BCE) a lancé un plan de sauvetage massif de 750 milliards d’euros, (ce qui porte la capacité d’achat de titres pour les 10 mois à venir à 1050 milliards d’euros compte tenu des programmes précédemment annoncés). Cela signifie qu’elle peut à chaque fois que nécessaire racheter des titres au cours de l’année 2020, obligations d’Etats ou titres d’entreprises afin de mettre un terme à toute spéculation qui mettrait en danger le financement d’un Etat européen ou l’équilibre financier et l’indépendance d’une entreprise européenne. Les taux d’emprunt devraient ainsi rester supportables pour les Etats et les entreprises européens.

En France, le ministre de l’économie, Bruno Lemaire, a déclaré qu’il allait aider les entreprises afin de leur permettre de supporter les conséquences du ralentissement de leurs ventes. Les entreprises pourront ainsi, sans justification et sans subir de pénalités, reporter le paiement des cotisations et impôts dus au mois de mars. Par ailleurs un élargissement des conditions de recours au chômage partiel par les entreprises est décidé et un système similaire au chômage partiel est mis en place pour les personnes employées à domicile (ménage, aide à la personne, etc..). Un fonds de soutien aux TPE, entrepreneurs, indépendants et artisans qui subissent une baisse de 70% de leur chiffre d’affaires depuis un an, doit permettre le versement d’une aide forfaitaire de 1500€.

Par toutes ces mesures, il s’agit de maintenir les emplois et les compétences dans l’attente de la reprise. Cela permet également un maintien de la demande de consommation afin de satisfaire les besoins essentiels de la population.

On peut aujourd’hui distinguer différents aspects de l’impact de cette épidémie sur les entreprises françaises :

Du coté de l’offre de produits :

– D’une façon générale, les mesures de confinement décidées en France à la mi-mars (et dans de nombreux pays européens) vont ralentir voire stopper les activités de production dans de nombreuses entreprises françaises, avec les risques que cela fait peser sur l’emploi et les savoir-faire des entreprises concernées.

Sur les entreprises industrielles produisant en Chine ou achetant des produits semi-finis et des modules intégrables dans leurs produit principal, la perturbation est d’autant plus forte qu’elles n’ont pas toujours de solution de rechange.
On cite notamment les secteurs des composants électroniques, machines, bases de médicaments (principes actifs), fibres optiques.…L’atelier du monde ne fonctionne plus ou fonctionne au ralenti. Il faut rappeler que Wuhan est le plus important nœud ferroviaire chinois. C’est aussi un pôle de développement de l’électronique mondiale et celui du secteur auto en Chine. C’est également la « vallée optique » où est produit le quart des fibres optiques du monde.  

Les entreprises françaises de la pharmacie, ont, quant à elles, à s’attendre à des difficultés d’approvisionnement en principes actifs dans la mesure où la segmentation internationale de la production a abouti à ce que 60 à 80% des principes actifs (qui sont à la base de la fabrication) soient produits en Chine ou en Inde. Les problèmes de pénurie de certains médicaments pourraient donc s’aggraver, notamment dans le contexte de la pandémie.
Par ailleurs, des perspectives de besoins nouveaux en vaccination et de traitements contre le coronavirus apparaissent, d’où des investissements importants liés à la mise au point de vaccins et de médicaments, à développer en France,  en coopération avec l’institut Pasteur.

– Sur les importateurs de produits finis, fabriqués en Chine, la perturbation est forte lorsque l’essentiel de l’activité est lié à ces importations. C’est le cas dans de nombreux secteurs: Jouets, matériel électronique, informatique, téléphonie, pharmacie, etc..

Dans l’automobile, la production locale de pièces et de modules produits par les constructeurs et leurs sous-traitants est soit arrêtée soit ralentie en Chine, ce qui perturbe les chaines logistiques des différents producteurs du monde entier. De nombreuses usines de fabrication du secteur automobile pourraient donc voir leur activité ralentie dans l’ensemble du monde.

Du coté de la demande de produits:

De façon générale, les mesures de confinement décidées en France (comme dans de nombreux pays européens) vont ralentir fortement la consommation, à l’exception des consommations alimentaires et pharmaceutiques. Seul le commerce en ligne pourra tirer son épingle du jeu à condition que les approvisionnements puissent suivre.

–  Pour les entreprises du secteur automobile installées en Chine, le ralentissement important du marché chinois, qui est aujourd’hui le 1er marché automobile mondial, entraîne une baisse de ventes. Mais le ralentissement de l’activité concerne progressivement l’ensemble du marché mondial automobile du fait des mesures de confinement décidées dans de nombreux pays et de la réduction généralisée des déplacements privés ainsi que des activités de production elles-mêmes.

Dans le transport, la baisse se fait sentir de plus en plus. Dans le transport aérien d’abord, la baisse d’activité est importante et va s’aggraver avec la diffusion du virus à l’échelle internationale. Les vols vers les pays contaminés sont progressivement suspendus de février à avril 2020. Les transports de marchandises et de passagers sont concernés. Au début d’avril 2020 Air France, par exemple, ne maintenait que 5% des vols qui avaient été initialement programmés. Les compagnies aériennes vont donc subir une baisse de chiffre d’affaires très importante. Cette baisse va vraisemblablement se répercuter sur la demande d’avions elle-même ce qui impactera toute la filière aéronautique. On va assister également à une baisse de la demande de transport ferroviaire. Dans l’automobile, les déplacements étant très réduits, la demande de véhicules est au point mort.

Dans le tourisme l’impact est important également avec une baisse notable des ventes de croisières (en réservations ou par annulations). Les voyages et séjours touristiques à travers le monde sont suspendus. Cela impacte notamment le secteur de l’hôtellerie (Accor indique que 200 de ses hôtels installés en Chine sont inactifs à la fin février). Mais le confinement impacte également très fortement le secteur de la restauration.

Les entreprises de vins et spiritueux doivent fortement réduire leurs prévisions de vente dans la mesure ou les boites de nuit, les bars et les restaurants sont fermés ou fonctionnent au ralenti dans un grand nombre de pays infectés.

– Pour les entreprises du luxe on constate une forte baisse de la consommation de produits exportés, destinés à la nouvelle classe moyenne chinoise qui constitue aujourd’hui un marché important de ces entreprises; Les boutiques de luxe installées en Chine doivent fermer ou ne fonctionnent qu’en horaires restreints.

-La baisse d’activité observée dans un grand nombre de secteurs a elle-même pour conséquence une réduction de la demande de matières premières et produits de base : pétrole, gaz et métaux industriels, dont les cours sont orientés à la baisse.

Le ministère de l’économie décide à la mi-mars le report de la réforme de l’indemnisation du chômage et l’élargissement des conditions de recours au chômage partiel. Un système similaire au chômage partiel est mis en place pour les personnes employées à domicile (ménage, aide à la personne, etc..). Les Etats français et néerlandais ont accordé à Air France KLM des garanties de prêts et des éventuels apports en capital sont envisagés à moyen terme.

On constate ainsi que la diffusion du coronavirus aura des conséquences au niveau de l’économie mondiale toute entière. Au-delà de ces conséquences en termes de chiffre d’affaires et de taux de croissance, elle fait prendre conscience aux dirigeants des entreprises du monde entier de la fragilité des chaines logistiques globales (3), conçues à l’échelle mondiale et basées sur un principe de segmentation internationale.
Cette prise de conscience devrait faire préférer désormais des chaines de production construites à l’échelle régionale, plus près des marchés auxquels elles sont destinées.
L’exemple de l’ETI Axyntis qui se développe avec succès dans la chimie fine avec la production de principes actifs de pharmacie montre qu’une relocalisation des éléments clés de nos filières industrielles est possible.

Comment les entreprises peuvent-elles réagir ?

Selon Daniel Cohen la politique actuelle devrait être de maintenir l’économie en « état d’hibernation »(1). Cette conception semble relativement théorique car il est difficile de demander aux entreprises de suspendre leur activité très longtemps. Tourner au ralenti pendant quelques semaines reste possible à condition qu’un accompagnement financier et administratif soit mis en place, comme c’est le cas actuellement. Mais mettre toute activité durablement entre parenthèse est irréaliste car il faut préserver les réseaux de clientèle et de partenaires économiques en les pratiquant à travers la continuation d’échanges et de projets, quitte à en modifier la nature pour préparer le rebond qui ne manquera pas avec la sortie du confinement.

Le président du MEDEF, G. Roux de Bézieux, recommande d’ailleurs aux chefs d’entreprise d’assurer la continuité des activités (4) dans tous les domaines où cela est possible, pendant la période de confinement. C’est en effet la condition sine qua non d’un approvisionnement possible des différents marchés des produits de consommation indispensables. Aussi recommande-t-il à tous ceux qui ne sont pas concernés par la fermeture des lieux d’accueil du public et qui ne peuvent pas exercer leur activité en télétravaillant, d’organiser leur activité de production sur les lieux de travail tout en assurant la sécurité sanitaire de chacun, par le respect des gestes barrières et des mesures de distanciation en étroite collaboration avec les CSE (voir aussi l’article de ce blog: Vers une reprise de l’activité des entreprises ?).

Il recommande également dans les relations inter-entreprises un assouplissement des délais de paiement et une suspension des intérêts de retard afin de préserver les savoir-faire, les outils industriels et les emplois des différents partenaires.

Voir aussi l’article : Un nécessaire recentrage régional de l’activité des entreprises

(1) Interview de Daniel Cohen, in Le Monde du 2/04/2020

(2)Perspectives intermédiaires de l’OCDE du 2 mars 2020.

(3) La notion de chaine logistique globale (supply chain) est présentée p 417 et 418 in Management et économie des entreprises, G. BRESSY et C. KONKUYT , 12ième édition, SIREY 2018.

(4) Institut de l’entreprise.fr « A nous, entreprises de faire preuve d’un esprit collectif », La quotidienne des entreprises en action. 24/03/2020

Manager pour motiver….

Une préoccupation récurrente des managers d’entreprise

La  motivation est la mise en œuvre des forces qui conduisent une personne (un salarié) à adopter un comportement donné. Pour une entreprise, la question de la motivation est celle des forces à mettre en oeuvre pour obtenir des salariés un travail efficace.

Pour la plupart des entreprises la question de la motivation est cruciale puisqu’il apparaît que le travail qualifié ne peut être accompli de façon satisfaisante sans un niveau de motivation élevé.

Depuis les débuts de l’industrie, les dirigeants, puis les théoriciens se sont penchés sur cette question. Des auteurs aussi différents que ceux de l’école classique, du courant des relations humaines, de l’école néo-classique ou encore de l’école « socio-technique »  ont apporté leur contribution (1).

Aucune réponse universelle ne semble s’être imposée comme le montre les contre-exemples des entreprises dans lesquelles un management trop pressant a conduit des salariés au suicide (France Télécom, La Poste, Renault, etc..). 

Quand la compétition économique devient intense, la question de  la motivation du personnel reste posée. Plusieurs  pistes peuvent être suivies sans s’exclurent.

Quels moyens pour motiver ?

Il existe un grand nombre de recettes pour motiver individuellement les salariés.

> Par la rémunération d’abord avec le niveau de salaire, les primes et les avantages en nature  (analyse théorique du salaire d’efficience d’Akerlof et Yellen ; salaire au rendement de Taylor ; prime de résultat de P. Drucker) (2)

> Par le mode de management adopté ensuite, avec des systèmes orientés vers la réalisation d’objectifs (Direction par objectifs de P. Drucker) et/ou un style de management bienveillant  (Différents styles de R. Lickert).

> Par la prise en compte de facteurs psychologiques de la motivation mis en évidence par  plusieurs théoriciens bien connus  ( Maslow, Herzberg, Alderfer ;  Vroom , Adams)(3) qui débouchent notamment sur la responsabilisation des salariés et la définition des plans de carrière.

Mais les dispositifs collectifs sont eux aussi efficaces et viennent souvent se combiner aux précédents.

> Les systèmes de rémunération collective liée au résultat d’exploitation sont un moyen d’encourager une coopération au sein de l’entreprise afin d’obtenir une efficacité globale sans générer un effet de cliquet lié à une augmentation de salaire. Ce sont les accords de participation et/ou d’intéressement qui le permettent (Cf la théorie de M. Weitzman (4)). On peut aussi définir des primes d’équipe à lier à des indicateurs d’activité de chaque groupe de travail.

> Cela vient compléter une démarche organisationnelle de développement du travail en équipes et en réseau  qui permet à l’entreprise de bénéficier d’une dynamique de groupe (mise en évidence par H. Dubreuil et K. Lewin)

> Il ne faut pas oublier les facteurs psychologiques et culturels que sont les stages de motivation et d’intégration, les réunions d’information mais aussi les célébrations des événements de la vie sociale de l’entreprise (Arbres de Noël, promotions, départs en retraite, lancement de produits et de service nouveaux). Il faut aussi compter avec la communication interne (intranet, journal d’entreprise, forum d’échanges techniques)  et la mise en place d’un projet d’entreprise.

Que peut-on attendre d’une forte motivation ?

> Les grincheux et les timorés mettront en avant les charges que ces dispositifs vont générer : le coût des primes et celui de la réserve de participation, les frais organisationnels et de communication liés à un marketing interne.

> Les optimistes verront au contraire, l’amélioration de l’image de l’entreprise et un recrutement plus facile d’un personnel de qualité mais aussi une plus grande efficacité individuelle et une meilleure coopération qui donneront à l’entreprise la réactivité et la productivité dont elle a besoin.

Il est en fait difficile de raisonner dans ce domaine de façon générale. C’est à chaque entreprise de trouver la recette qui fonctionne le mieux, en accord avec ses moyens, ses contraintes, la nature de l’activité et les attentes de son personnel. Vous avez dit recette ? Bien sûr cela ne suffira pas. Il faut encore de la sincérité afin d’obtenir durablement la confiance du personnel, sans laquelle la compétitivité d’une entreprise reste précaire.

(1) Voir CH 13 Les théories des organisations dans l’aide-mémoire Management et économie des entreprises, 12ième ed. SIREY 2018

(2) Voir CH 20 La mobilisation du personnel dans l’aide-mémoire Management et économie des entreprises, 12ième ed. SIREY 2018

(3) Voir Ch 19 La gestion des ressources humaines, dans l’aide-mémoire Management et économie des entreprises, 12ième ed. SIREY, 2018

(4) Martin Weitzman Professeur au MIT, auteur de L’économie de partage, Ed. Latès, 1986.

Une entreprise peut-elle apprendre ?

A l’heure où le coronavirus bouleverse l’économie et remet en question le déroulement des activités des entreprises, on prend conscience de l’importance de la capacité de celles-ci de s’adapter au changement. Il faut apprendre pour faire face, pour s’adapter et en tirer des avantages pour l’avenir.

Une entreprise peut-elle apprendre et comment ? Et quelles sont les conditions de cet apprentissage organisationnel ?

De façon générale, les entreprises comme les humains sont confrontées en permanence au changement. Changement des réglementations, changement technologique, changement des comportements, changement des prix et des marchés, changements des alliances et des partenariats, etc..

Qu’est-ce qu’une organisation apprenante ?

L’apprentissage qui se conçoit bien à l’échelle d’une personne n’est pas si évident au niveau d’une organisation comme l’entreprise. Comment celle-ci peut-elle devenir apprenante ? Pour changer elle-même l’entreprise doit apprendre de nouvelles façons d’exercer son activité mais elle doit aussi apprendre à changer puisque le changement devient lui-même une contrainte permanente.

Les changements de son environnement peuvent être lents, progressifs et prévisibles et dans ce cas, elle pourra s’adapter dans la durée. Mais ils peuvent aussi être soudains et imprévisibles et dans ce cas, l’entreprise ne pourra compter que sur sa faculté d’adaptation rapide, ce qui s’improvise rarement.

Une « organisation apprenante » (learning organization) est capable d’apprentissage. Elle sait   inventer ou s’approprier des connaissances et des savoir-faire. Elle facilite pour cela l’apprentissage de ses collaborateurs. Cette pratique de l’apprentissage l’amène immanquablement à évoluer. Habituellement, le changement sera impulsé par la hiérarchie et l’encadrement, sans que cela soit une règle. Quoi qu’il en soit,  pour qu’il soit couronné de succès, il faut que toutes ses parties prenantes (services, personnel, partenaires) soient convaincues de son intérêt et disposent des moyens de le mettre en œuvre.

Comment une entreprise peut-elle apprendre ?

Comment  l’apprentissage des nouvelles méthodes et procédures de travail, des nouveaux services et produits peut-il se faire ? Les organisations décentralisées et dont la culture et les procédures sont tournées vers l’émergence et la réalisation de projets et la mise en place de groupes de travail transversaux facilitent un apprentissage collectif (ou « organisationnel »). La communication accompagne et complète les évolutions organisationnelles pour que les nouvelles solutions soient partagées ou mises à la disposition de tous les services. Le recrutement des salariés puis la culture de l’entreprise vont eux-mêmes valoriser l’aptitude à apprendre et à changer  chez chacun de ses membres.

D. Garvin (1) (1993) considère qu’il existe cinq moyens pour une organisation de pratiquer l’apprentissage organisationnel :

  1. -la résolution de problèmes en groupes de travail;
  2. -l’expérimentation de solutions nouvelles par des groupes  ou des services « pilotes»;
  3. -la coopération avec les partenaires (clients, fournisseurs, sous-traitants
    notamment) ;
  4. -le fait savoir capitaliser  les leçons de
    son expérience  et de celle des autres (benchmarking) ;
  5. – le fait  d’assurer un  transfert de connaissances.
Quelles sont les conditions pour que l’entreprise puisse apprendre ?

Finalement on voit que l’ « entreprise apprenante » doit disposer d’une forme d’organisation adaptée à l’apprentissage et même tournée vers l’apprentissage. Des difficultés peuvent survenir dans la mesure où l’organisation est le résultat de son histoire, de son passé et des procédures qui ont progressivement été mises en place. D’ailleurs, il arrive fréquemment que l’on empile les procédures faute de temps pour réorganiser entièrement les processus. On pourrait dire que parfois les expériences et apprentissages organisationnels passés viennent contrarier l’apprentissage et l’adaptation actuellement nécessaires. Certains auteurs parlent même de « routines organisationnelles défensives » qui viennent s’opposer aux changements nécessaires à l’adaptation aux changements de l’environnement (Chris Argyris) est la fameuse « résistance au changement » qui existe dans la plupart des communauté humaines.

C. Argyris et D. Schon (2) sont les auteurs qui ont montré que l’apprentissage organisationnel est une démarche itérative. C’est-à-dire qui se déroule de façon répétitive, selon une succession d’approximations, qui de correction en correction, devient de plus en plus proche de la solution recherchée.   Ils distinguent les ajustements qui se font par une simple modification dans les moyens engagés (dits en « simple boucle ») des ajustements qui vont porter également sur le processus lui-même (modélisation du problème, objectifs, dispositif mis en place).

Selon les auteurs de la thèse évolutionniste de la firme, même si les procédures de travail (routines) sont héritées du passé de l’entreprise, c’est le marché qui sélectionne progressivement les procédures pertinentes et invalide les autres qui sont alors abandonnées.

Ces procédures de travail sont mises en œuvre par un ensemble de collaborateurs qui les partagent et les font évoluer au fil du temps. Il peut s’agir  de « communautés de pratique » (E. Wenger, 1998) (3) souvent auto-organisées et qui échangent sur un réseau télématique (internet, intranet ou extranet), au sein desquelles existe une dynamique qui peut favoriser l’apprentissage.

L’entreprise qui souhaite favoriser l’apprentissage pour faire face à un environnement changeant va donc mettre en place un réseau de communication efficace, des groupes de travail spécialisés ou transversaux (qui peuvent intégrer des coopérations externes), des expérimentations au sein d’équipes pilotes (ou commissions « ad hoc ») mais aussi un management des connaissances qui assure la capitalisation des nouvelles procédures par leur formalisation et leur  partage (stages de formation, mise à disposition en ligne, actions de communication internes, etc..). Voir aussi à ce propos le modèle du dégel de K. Lewin. (4)

Tout cela implique une organisation souple à organigramme relativement plat (ligne hiérarchique restreinte) mais aussi une capacité financière d’investir dans la recherche de ces nouvelles formes d’organisation du travail sans  lesquelles l’entreprise ne pourra pas s’adapter pour rester compétitive. En effet cette recherche nécessite un temps de travail important de la part des salariés impliqués et ce temps de travail constitue un investissement immatériel (5) indispensable.

Dans certains cas malheureusement le changement est brutal et prend la forme d’une crise à laquelle il faut s’adapter en urgence. Dans ce cas l’entreprise peut improviser et compter sur la chance pour faire face et rebondir, en s’appuyant le cas échéant sur un savoir-faire ou un actif secondaire (Exemple de l’entreprise Intel qui a su se reconvertir dans les microprocesseurs à partir d’une crise dans le secteur des mémoires informatiques sous la pression des constructeurs japonais, dans les années 1980). Néanmoins lorsque l’environnement sectoriel est chaotique la meilleure solution semble de se préparer aux crises en mettant en place et apprenant une méthodologie spécifique de la gestion de crise.   (Pettigrew, A.M. 1990)(6)

  • (1) D. A. Garvin, « Building a learning organization », Business Credit, Vol 96, n°1,1994
  • (2) Chris Argyris et Donald A. Schön, L’apprentissage organisationnel, théorie, méthode et pratique [« Organizational Learning: A Theory of Action Perspective »], 1978 
  • (3) E. Wenger, Communities of Practice: Learning, Meaning, and Identity, Cambridge University Press, 1998
  • (4) K. Lewin, Kurt Lewin, The mecanisms of change,  New York: Harper & Row, 1947
  • (5) Voir aussi la notion de capital immatériel de l’entreprise dans l’Aide-mémoire Management et économie des entreprises, SIREY 12ième édition, 2018
  • (6) Pettigrew, A.M. Longitudinal field research on change: Theory and practice in  Organization Science 1:267-292 · August 1990

Comment manager l’entreprise en archipel et/ou en réseau

Un archipel est un chapelet d’îles, c’est-à-dire un ensemble de surfaces distinctes mais voisines et partageant un climat et une mer environnante. Certains ont utilisé cette réalité géographique pour filer une métaphore en l’appliquant à l’entreprise.

En effet, les entreprises rassemblent souvent aujourd’hui une hétérogénéité de collaborations et d’unités géographiquement distantes, d’entités de métiers divers.

> Les collaborations sont d’abord le fait de personnes qui apportent leur travail et leur savoir-faire selon des statuts diversifiés 

Il peut s’agir de salariés, mandataires sociaux, associés, auto-entrepreneurs, travailleurs indépendants, etc.. Ces personnes peuvent avoir des finalités, des centres d’intérêt et des activités diverses entre lesquels elles partagent leur temps et leur engagement. Cette diversité enrichit leur personnalité et leurs compétences et impose au manager d’entreprise de les motiver et les ramener sans cesse sur les objectifs de celle-ci. Faute de cette démarche, les collaborateurs peuvent avoir un comportement de « mercenaire » qui mesure en permanence son temps et son engagement. Par ailleurs, on observe dans certaines entités l’évolution vers une logique de fonctionnement moins pyramidale (moins hiérarchique)  et plus transversale et coopérative, à base d’auto-organisation  et de responsabilisation. Le management va alors surtout consister en une démarche d’animation et de coordination de collaborateurs responsables et autonomes.

> Par ailleurs, au sein d’une organisation on assiste souvent à des regroupements informels de personnes partageant certains intérêts et/ou métiers.

Ces coalitions peuvent exercer des influences contraires à la dynamique du modèle économique que veut développer l’entreprise. Il existe donc un biais managérial dans la mesure où le management va   devoir s’écarter de la simple recherche d’optimisation pour s’efforcer en permanence de rendre compatibles les groupes d’intérêts divers et souvent conflictuels, par des négociations, arbitrages et concessions. Certains théoriciens des organisations (H. Simon, M. Cyert et J. March, M. Crozier) ont étudié soigneusement ces phénomènes. Ils ont conclu à la nécessité de consacrer un budget discrétionnaire à faire accepter aux différents collaborateurs les objectifs de l’entreprise.(1)   

> Les collaborations sont aussi le fait d’autres entités coopérant en amont et en aval de l’activité de l’entreprise 

Ce sont des fournisseurs, sous-traitants, prestataires, autres sociétés du même groupe, etc… Ces échanges  partenariaux sont évolutifs, dans une recherche d’efficacité. Ces échanges se déroulent entre des entités géographiquement distantes (et parfois très éloignées)

L’entreprise va ainsi développer ces collaborations à travers des réseaux d’échange d’informations et d’échanges logistiques qui vont lui permettre de communiquer et d’organiser les coopérations nécessaires à son activité en fonction de ses propres objectifs. Cette pratique est rendue possible par les moyens d’échange d’informations modernes, à base de télécommunication et de traitement informatique (intranet et extranet). Ce que l’on a appelé l’entreprise-réseau correspond à cette logique de coopérations en amont et en aval, orchestrées par l’entreprise-pivot (souvent une entreprise dominante qui est à l’initiative du réseau).

Néanmoins chaque entreprise proactive agit de la même façon pour s’efforcer  de construire et piloter son propre réseau. Dans ces conditions on peut aussi  recourir au vocable d’archipel pour désigner cette juxtaposition de logiques d’entreprises, suivant chacune leur propre stratégie mais qui échangent entre elles dans le cadre de leurs activités respectives  dans des rapports plus ou moins (in)égalitaires.(2) au sein d’un réseau spécifique.

C’est en construisant sa propre stratégie que chaque entreprise définit son propre périmètre en choisissant ce qu’elle veut faire elle-même (3) et ce qu’elle va confier à des collaborations extérieures d’individus ou d’autres entreprises mais on a vu ici que ces choix avaient des implications importantes en matière de management.

(1) Cyert (R.M.) et March (J.G.)  Processus de décision dans l’entreprise. Dunod, 1970.

(2) Voir la notion d’ « entreprise étendue » dans le chapitre 10  et la théorie des systèmes sociaux  dans le CH 13 de l’Aide-mémoire de management et économie des entreprises, SIREY, 2018
(3) Voir intégration ou externalisation ? in Chap 10 Diagnostic et choix stratégique de
l’Aide-mémoire de management et économie des entreprises, SIREY, 2018

Burn-out et management toxique

Le burn-out est souvent la conséquence d’un management toxique que celui-ci soit délibérément mis en oeuvre par l’entreprise ou qu’il soit le fait d’un cadre de celle-ci.

Ce qu’est le « burn-out »

La commission des Affaires sociales de l’Assemblée a présenté en février 2017 un rapport sur le syndrome d’épuisement professionnel, le fameux «burn-out» selon lequel, en France,  3,2 millions de Français seraient exposés à danger d’épuisement. Selon L’INVS (devenu l’agence nationale « Santé publique France »),  sur la période 2007-2012, on a dénombré  30 000 cas de burn-out  et 400 suicides.(1)

Selon une mission d’information de l’assemblée nationale, le burn out est « l’ensemble des troubles psychiques que subissent les travailleurs confrontés à un environnement professionnel délétère ». Le développement de ce type de pathologie explique que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) vienne d’ajouter en 2019 le « burn-out »  dans sa Classification internationale des maladies. Néanmoins jusqu’à aujourd’hui, en France, l’épuisement professionnel n’est pas reconnu comme maladie professionnelle. En février 2018, une proposition de loi en ce sens, a  été rejetée par l’Assemblée nationale. 

D’après le modèle élaboré en 1981 par les chercheuses en psychologie sociale, Christina Maslach  et Susan Jackson (le Maslach Burnout Inventory (MBI)),  le syndrome  du burn-out  inclut trois dimensions:  

  • La première dimension est un épuisement émotionnel, psychique mais aussi physique ;
  • La seconde dimension est une dépersonnalisation se traduisant par un détachement et une indifférence vis-à-vis du travail et des personnes avec qui on travaille ;
  •  La troisième dimension est une perte du sentiment d’accomplissement personnel  s’accompagnant d’une inefficacité au travail et une dévalorisation de soi.

Comme l‘épuisement professionnel ne figure pas aujourd’hui encore dans les « tableaux »  des maladies professionnelles de la Sécurité sociale, il  est nécessaire au salarié demandeur  de prouver que son burn-out entraîne un niveau de 25 % au moins d’incapacité permanente. C’est pourquoi  seules quelques dizaines de personnes voient leur syndrome reconnu comme maladie professionnelle. 

Le « burn-out » est le plus souvent le résultat d’un management toxique mis en place par l’entreprise

Certains dirigeants ont mis en place un management toxique pour le personnel en adoptant plus ou moins délibérément une organisation et une gestion déstabilisantes et éreintantes, frisant le harcèlement moral. Ce management parfois qualifié de déviant aboutit à une maltraitance des salariés. Celle-ci se traduit par des décisions arbitraires de leur hiérarchie, une instabilité délibérée de leurs conditions et poste de travail et même par la fixation d’objectifs complètement irréalistes.

L’objectif inavoué de la direction de telles entreprises peut être  de réduire l’effectif en poussant un grand nombre de salariés à la démission. Il peut être encore d’exercer sur les salariés une pression permanente liée à des objectifs toujours plus ambitieux sans tenir compte de la santé du personnel. Une jurisprudence a commencé à se construire en France en condamnant des entreprises comme France Télécom (devenue aujourd’hui Orange) pour « harcèment moral institutionnel »(2).

Le management toxique peut aussi être le fait d’ un cadre intermédiaire fautif

Néanmoins un management toxique peut également être développé par tel ou tel manager intermédiaire, cadre , responsable d’un service, qui exerce une perversion plus ou moins consciente, à travers son propre management au détriment de salariés qui le subissent.

Il peut même s’agir d’un comportement de harcèlement moral qui est défini de façon précise par le droit du travail comme des « agissements répétés .. qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d’altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel  » ( article L 1152-1 du code du travail ).

Le harcèlement sexuel quant à lui est défini en droit du travail comme «toute forme de pression grave, même non répétée, exercée dans le but réel ou apparent d’obtenir un acte de nature sexuelle, que celui-ci soit recherché au profit de l’auteur des faits ou au profit d’un tiers » (article L. 1153-1 du code du travail) ou encore comme « des propos ou comportements à connotation sexuelle répétés qui soit portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, soit créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante » (article L. 1153-1 du code du travail).

Parfois, le refus de demande sexuelles peut déclencher un harcèlement moral ou tout au moins un management toxique..

Dans toute entreprise employant au moins deux cent cinquante salariés est désigné un référent chargé d’orienter, d’informer et d’accompagner les salariés en matière de lutte contre le harcèlement sexuel et les agissements sexistes. » (article L. 1153-5-1 du code du travail).

La direction est souvent la dernière informée de ce type de situation qu’il est toujours difficile d’appréhender et de corriger rapidement. L’entreprise peut néanmoins voir sa responsabilité engagée devant le conseil des prud’hommes si elle ne réagit pas rapidement à une alerte dans ce domaine. L’employeur peut s’appuyer sur le conseil social et économique ( CSE) et sur les cadres de l’entreprise pour caractériser une telle situation avant de prononcer des sanctions disciplinaires envers l’auteur du harcèlement moral ou sexuel.

Le risque de burn-out génère des activités d’accompagnement et de coaching

Enfin, on peut remarquer avec Sylvaine Perragin (3), psychopraticienne expérimentée, que la souffrance au travail génère, pour les « coachs », les cabinets spécialisés ou les assureurs, un chiffre d’affaires de 37,5 milliards d’euros par an, selon les statistiques de l’Insee. Selon elle, tous ces professionnels de l’accompagnement   vendent essentiellement du « bien-être pour que l’entreprise soit encore plus rentable ». Elle va jusqu’à dénoncer une pratique de la « thérapie version fast-food » qui est loin de remettre en question une  évaluation du travail par  les seules  performances chiffrées des salariés, alors qu’il faudrait selon elle, « un management comme soutien et non comme contrôle ».  

Management et volontariat

Il faut distinguer le Volontariat international en entreprise (V.I.E) et le volontariat territorial en entreprise (V.T.E) focalisé sur les PME et ETI.

Le volontariat international en entreprise (V.I.E.) (1)

Le programme de volontariat international en entreprise (V.I.E.)   permet aux jeunes étudiants, jeunes diplômés et jeunes professionnels de travailler à l’étranger. Il est administré par Business France (2) qui offre aux jeunes diplômés l’occasion d’enrichir leur expérience professionnelle dans un contexte international. Les postes proposés se trouvent notamment dans le domaine commercial, technique et scientifique.

On remarque que l’indemnité mensuelle versée par l’entreprise au volontaire varie selon le pays concerné. En pourcentages : 45% des missions sont réalisées en Europe, suivi par l’Asie (19%) et l’Amérique du Nord (13%).

Selon les statistiques,  70% des entreprises proposent un poste fixe à l’issue de la mission. Il s’agit donc d’une façon efficace de rechercher un emploi à l’international.

(1) https://www.demarches.interieur.gouv.fr/particuliers/volontariat-international-entreprise-vie

(2) Business France est chargée d’accompagner le développement international des entreprises françaises – https://www.businessfrance.fr/

Le volontariat territorial en entreprise (VTE) (3)

Dans une étude « Attirer les Talents«  de Bpifrance Le Lab (4)  datant de novembre 2017, il apparaissait que 57 % des PME-ETI des territoires affirmaient manquer de talents pour croître. 

Le volontariat territorial en entreprise a ainsi été lancé en novembre 2018 (pendant un Conseil national de l’industrie) pour répondre à cette problématique en créant des liens entre les PME et les ETI des territoires et les jeunes diplômés de grandes écoles  et de l’université (A partir de bac+2 et jusqu’à 2 ans en sortie d’études) .

Le volontariat territorial en entreprise (VTE) est un dispositif (un contrat en alternance de longue durée (Apprentissage ou professionnalisation) ou un contrat post-diplôme d’une année minimum (CDD ou CDI)) dont le but est d’inciter les étudiants à s’orienter vers les PME ou ETI à partir d’une expérience d’une année de volontariat à travers différentes missions qui leur sont confiées par des entrepreneurs. 

Ainsi les nouveaux diplômés sont rémunérés par leur employeur à un salaire de marché. Les étudiants en alternance, le sont selon la règlementation (indexée sur le SMIC en fonction de l’âge et du niveau de qualification).

Les PME peuvent de cette façon disposer de compétences supplémentaires pendant la durée des missions. Cela les ouvre à de nouvelles analyses et de nouveaux savoirs. Elles peuvent également espérer attirer certains étudiants en prolongement de leur volontariat. Le système vise globalement à encourager l’orientation professionnelle des jeunes diplômés vers les entreprises industrielles.

Pour les jeunes étudiants le VTE permet d’endosser des responsabilités opérationnelles dès l’entrée dans la vie active (expérience 360), en collaboration directe avec le dirigeant de l’entreprise, dans des missions pluridisciplinaires. Cette expérience est très valorisante pour les jeunes qui vont intégrer la vie active. Elle peut figurer en bonne place sur leur CV.

Les types de missions :

Bras droit du dirigeant  (Ex : – un poste de Chief  Digital Officer  , un poste de chargé de la transformation et des nouveaux modèles économiques

Projet de transformation / digitalisation / nouveau business model (Ex : chef de projet RFID à l’international)

Projets technologiques en ruptures / Nouveaux produits / Nouvelles méthodes de production (Ex : Ingénieur/chef de projet/ Efficacité énergétique)

International (depuis la France) (Ex : Responsable export / international)

Finance / M&A (Ex: Contrôleur de gestion

Marketing / Communication (Ex: Business coordinator; Ingénieur technico-commercial)

Marque employeur / RH / RSE (Ex : Gestionnaire de paie ; Ingénieur QHSE)

(3) https://www.entreprises.gouv.fr/politique-et-enjeux/volontariat-territorial-entreprise-nouveau-dispositif-pour-mettre-lien-jeunes

(4) BPI France Le lab a pour mission de développer la connaissance sur les entreprises françaises en créant un pont entre les mondes académique et entrepreneurial – https://www.bpifrance-lelab.fr/

La recherche de productivité : une obsession salutaire

La capacité de production de l’entreprise est importante pour répondre à la demande mais l’efficacité productive, la fameuse productivité,  joue un rôle au moins aussi important. Améliorer son efficacité productive, est le sésame de la plupart des entreprises. Cela va en effet apporter à l’entreprise de nombreux avantages, en lui laissant une marge de manœuvre qui lui permet de faire des choix stratégiques. Mais pour cela l’entreprise doit fournir des efforts car les gains de productivité ne tombent pas du ciel.

Image du film de Charlie Chaplin, Les temps modernes, 1936

Ce que sont les gains de productivité :

La notion de productivité (*) est souvent utilisée pour désigner implicitement la productivité du travail (valeur ajoutée / quantité de travail). En règle générale, il faut en fait  parler de productivité d’un facteur = mesure de l’efficacité de ce facteur, travail ou capital technique ou terre. On précise donc de quel facteur il s’agit  et on mesure le rapport de la valeur ajoutée à  la quantité de ce facteur utilisée (ou aussi  à son coût).

Mais on peut aussi s’intéresser à la productivité globale des facteurs c’est-à-dire à la mesure de l’efficacité productive générale de l’entreprise. Elle est égale à la valeur ajoutée totale rapportée au coût total des facteurs pour la période considérée. Elle indique la valeur ajoutée obtenue pour chaque euro  dépensé en facteur de production. Mais l’important est l’augmentation de cette productivité car c’est elle qui donne une marge de manœuvre à l’entreprise.

Comment obtenir ces gains de productivité ?

Le laminoir en fer, Adolph von Menzel, 1875

Cette augmentation peut être le résultat d’une diminution de la consommation de facteur de production : moins de travail par unité produite (grâce à une meilleure organisation du travail ou une automatisation) ou moins de consommation intermédiaire (grâce à une amélioration des processus)  ou moins de capital technique consommé par unité produite (grâce à un allongement de la durée d’utilisation des équipements productifs  ou grâce à une technologie plus efficace).

Elle peut aussi être obtenue par une amélioration de la valeur ajoutée obtenue pour la même consommation de facteurs productifs (grâce à une amélioration de la qualité du produit vendu ou l’ajout d’éléments de différenciation, d’ordre écologique par exemple qui permettent d’augmenter la valeur unitaire du produit).

Finalement, la valeur ajoutée obtenue par euro dépensé en facteurs de production augmente et cet accroissement de productivité apporte à l’entreprise une marge de liberté.

Qu’apporte  l’augmentation de la productivité ?

  • Elle permet d’abord à l’entreprise d’améliorer sa compétitivité :
  • La compétitivité-prix peut en effet être améliorée par une réduction du coût supporté (en approvisionnement, fabrication, commercialisation ou financement par exemple) pour chaque euro de valeur ajoutée produite par l’entreprise.
  • La compétitivité hors-prix s’améliore lorsque l’amélioration de productivité se traduit par une amélioration de la qualité des produits ou des délais de livraison ou encore lorsque l’entreprise investit le supplément de valeur créé dans l’amélioration de son image auprès de la clientèle.
  • Elle permet aussi à l’entreprise de disposer d’un revenu supplémentaire :
  • Pour ses propriétaires sous forme de dividende par exemple ;
  • Pour ses salariés sous forme d’augmentation de salaire ou de prime de participation ou d’intéressement de fin d’année. Mais cela peut aussi se traduire par le maintien dans l’emploi d’un effectif du personnel.
  • Pour l’entreprise elle-même, la valeur ajoutée supplémentaire peut se traduire par un supplément de résultat qui est réinvesti dans l’activité (autofinancement), sous forme d’investissements matériels ou immatériels, parfois financiers.
Affiche du film de Charlie Chaplin, Les temps modernes, 1936

On comprend ainsi que la recherche de gains de productivité puisse devenir une obsession pour les dirigeants puisqu’elle  leur permet d’agir sur un plan tactique ou stratégique au lieu de subir la pression concurrentielle sans pouvoir y répondre et sans espérer satisfaire les attentes des principales parties prenantes (*), lorsque la productivité stagne. Concernant  le calcul de la valeur ajoutée d’une part et la notion de parties prenantes, d’autre part

(*) voir CH1, Aide-mémoire de Management et économie des entreprise, 12ième Ed. SREY, 2018

Libérer l’entreprise ?

Faut-il libérer l’entreprise pour améliorer son efficacité ? C’est au cours des années 2000 que l’expression « entreprise libérée »  est apparue  en  management d’entreprise. 

  • Libérée de quoi ?

Certains pourraient penser qu’il s’agit de libérer les entreprises de la tutelle de l’Etat, ou des contrôles administratifs, ou de la pression fiscale et sociale ?

Pas du tout, il s’agit de libérer l’entreprise de la rigidité hiérarchique qui étouffe les entreprises à partir d’une certaines taille. D’ailleurs, il vient parfois à l’esprit que le fonctionnement de telle ou telle entreprise ressemble à s’y tromper à celui d’une administration comme la  sécurité sociale  ou une préfecture.  Pourtant les entreprises sont en règle générale soumises à la concurrence  dans leur secteur d’activité. Elles doivent donc être réactive ou même proactives et s’appuyer pour cela sur la créativité et la flexibilité de leurs  membres.

Comment le pourraient-elles si ceux-ci n’ont aucune marge de manœuvre ni aucune capacité d’initiative dans la résolution des problèmes et  pour surmonter les contraintes qui pèsent  sur l’exploitation ?

  • Libérée comment ?

Il faut donc   libérer les salariés de la camisole hiérarchique rigide  qui pèse sur les vieilles entreprises pyramidales avant que celles –ci ne périclitent, engluées dans leurs routines de travail devenues obsolètes  et inadaptées. (1)

On va donc développer l’autonomisation  (ou la « capacitation ») du personnel.

Isaac GETZ et Brian M. CARNEY se sont appliqués à illustrer cette libération par plusieurs exemples d’entreprises dynamiques  dans leur ouvrage célèbre « Liberté et Cie » (2) . Les entreprises libérées étant soudées par une vision et des objectifs communs à leurs membres et non plus par un contrôle hiérarchique  paralysant, voire un management toxique !

Certains considèrent que le manque d’audace entrepreneuriale  est une spécialité française. Néanmoins le problème de la sclérose organisationnelle semble tout à fait universel. Une organisation se construit avec succès à un moment donné en fonction des contraintes du secteur et d’une stratégie pertinente. Puis le temps passe et tout change autour de l’entreprise. Mais son organisation est restée la même et devient un frein puis un obstacle. Parfois l’entreprise dans un effort d’adaptation empile de nouvelles procédures de travail sur les anciennes pour compléter ou corriger le processus. Cet empilage  va déboucher au fil du temps sur  une  « usine à gaz »  au fonctionnement aussi coûteux qu’inefficace.

 Libérer les énergies des salariés passe par la confiance qui leur est faite plus que par l’abolition de toute procédure de travail. La magie de la « libération » d’une entreprise c’est la faculté qui est donnée à ses salariés d’améliorer eux-mêmes les procédures de travail. Grâce à cela l’organisation s’engage sur la voie de l’amélioration continue, c’est-à-dire de l’apprentissage organisationnel.

Dans la plupart des entreprises industrielles, les procédures sont inévitables pour parvenir à une régularité et une qualité de production respectant les normes ISO.  L’important est alors que les salariés participent activement à la définition et au perfectionnement de ces procédures.  Il faut également leur donner le pouvoir des décisions opérationnelles.

Dans des entreprises dont la production  se fait à l’unité ou dans des entreprises de services « sur mesure », il est toujours important de se baser sur l’expérience et le savoir-faire des salariés et leur capacité à s’adapter et à trouver des solutions. L’important est alors de fédérer les salariés autour d’une « vision commune ». Mais pour qu’elle soit commune, elle ne doit pas tomber d’en haut !  Elle doit être  débattue par tous et peut évoluer avant d’être finalement acceptée et adoptée par tous.

L’auto-organisation est assez facile tant que le groupe est restreint. Mais dès que l’effectif grandit (dépasse la douzaine), elle devient problématique  et on va  commencer à entendre l’expression « Ils ont décidé que… »  ou bien « Il a décidé que… ». Néanmoins  lorsque l’activité est  porteuse de règles de travail incontestables (comme c’est le cas dans la fabrication industrielle, la recherche et développement ou dans l’expertise comptable, ou dans la création animée assistée par ordinateur, etc..) l’auto-organisation peut être pratiquée avec un effectif plus important  (« en mode start-up »). Dans un tel contexte le patron et les cadres vont jouer un rôle d’animateur et de facilitateur, sans exercer de pression hiérarchique sur le fonctionnement.

La libération d’une entreprise est finalement plus difficile à réaliser qu’il y parait puisqu’il faut en adapter le principe à la nature de l’activité et qu’il s’agit souvent d’un changement complet de la culture de l’entreprise  et des mentalités.  Un nouveau pacte (au sens où les théoriciens définissent une convention d’entreprise-  cf D.K. LEWIS  ou  P.Y. GOMEZ) doit être adopté par tous. (3)

 Les entreprises libérées ne sont  pas si nombreuses, comme  FAVI, Patagonia, Gore,  MAIF,  SOL. Les entreprises  Décathlon. Michelin, Scania et  Toyota sont aussi des exemples   correspondant à des degrés divers à des entreprises libérées.

Dans ces entreprises, un grand nombre des emplois consacrés à la transmission hiérarchique et au contrôle sont redéployés sur des activités directement opérationnelles ou sont supprimés.   C’est le phénomène d’aplatissement de l’organigramme qui accompagne toute forme de décentralisation et de responsabilisation du personnel (« empowerment »). Cela apporte a l’entreprise libérée un résultat d’exploitation (EBE) accru par rapport à une entreprise classique du même secteur.

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(1) Voir « Comment s’exerce le pouvoir dans l’entreprise ? »  in CH 6 Entreprendre et diriger, Aide-mémoire Management et économie des entreprises – SIREY, 2018

(2) I. GETZ et B.  M. CARNEY, Liberté et Cie – Fayard, 2012

 (3) P.Y. GOMEZ, Le gouvernement de l’entreprise : modèles économiques et pratiques de gestion – Interéditions, 1996

Le management, de quoi parle-t-on ?

Définition du management d’entreprise (1)

Le management correspond à la gestion, c’est à dire à l’art d’organiser et d’administrer les ressources d’une entreprise, qu’elles soient humaines, matérielles, financières, informationnelles etc.. Bien sûr il y a de grandes différences entre manager une très petite entreprise, une PME, un service ou une équipe ou encore un groupe de sociétés.

Les conceptions de différents auteurs

De nombreux auteurs se sont exercés à définir le management au niveau de l’entreprise. L’un des premiers à l’avoir fait est le français Henri Fayol à travers sa définition de l’administration d’une entreprise. Selon lui, administrer une entreprise c’est à la fois: prévoir, organiser, commander, coordonner et contrôler. Ces activités constituent la fonction administrative qui est selon lui la principale fonction que l’on doit mettre en oeuvre, à coté des fonctions : technique (produire), commerciale (achats-ventes), financière (gestion des capitaux), de sécurité (gestion des risques), de comptabilité (comptes, prix de revient, statistiques,etc..). H. Fayol développe un certain nombre de principes (14), dont notamment la division du travail au sein de l’entreprise (spécialisation des services et des personnes) et l’unité de commandement (une même personne ne doit recevoir d’ordres que d’un seul chef afin d’éviter toute confusion). Il accorde une grande importance au rôle du chef de l’entreprise qui transmet ses directives par voie hiérarchique.
L’américain Frédérick Winslow Taylor va quant à lui appliquer à l’entreprise et surtout à la fonction de production, le principe de division du travail mis en lumière par le fameux économiste écossais Adam Smith dès 1776. Il aboutit ainsi à préconiser une stricte séparation entre l’activité de conception et celle d’exécution du travail (ce qui s’oppose à toute production artisanale). Cette exécution du travail doit s’appuyer selon lui sur une analyse très précise des gestes et temps de travail qui permet une véritable standardisation des tâches. Une rémunération au rendement va jouer un rôle de stimulant de la productivité. On parle couramment de taylorisme pour désigner cette forme d’organisation de la production très souvent combinée au fordisme, c’est à dire à une standardisation des produits eux-mêmes.
Des conceptions plus modernes du management prennent en compte la nécessité de sortir d’une spécialisation très poussée des tâches pour développer une réactivité et une adaptation permanente aux attentes de la clientèle et aux évolutions des technologies. Pour cela certains auteurs plus récents, comme Peter Drucker, vont prôner la direction par les objectifs au sein de l’entreprise. On s’écarte ainsi de la centralisation extrême prônée par H. Fayol en laissant chaque responsable de service ou de poste choisir les moyens et les méthodes qu’il va mettre en oeuvre pour atteindre des objectifs de production ou de vente qui ont été prédéfinis.
D’autres auteurs encore plus modernes, comme Isaac Getz et Brian M. Carney, préconisent de libérer complètement l’entreprise de la relation hierarchique en donnant en exemple des « entreprises libérées ». Certains ont parlé d’autonomisation du personnel. Ce sont les objectifs communs (la vision de l’entreprise) qui soudent les membres de l’entreprise ainsi auto-organisés.

La diversité des formes de management d’entreprise

En pratique on voit bien que chaque entreprise met au point son propre management en fonction d’un grand nombre de paramètres. Ainsi les entreprises familiales s’orientent-elles vers un management plutôt patrimonial qui s’interprète à long terme. Tandis que les grandes sociétés cotées sont managées de façon plus financière, souvent à plus court terme, avec des objectifs de rentabilité permettant de satisfaire les nombreux actionnaires-épargnants. D’une façon générale, les finalités mais aussi la taille, la personnalité et les valeurs portées par le dirigeant ainsi que les contraintes du secteur d’activité vont fortement déterminer le type de management mis en place.

Quand le management devient toxique

Certains dirigeants ont pu même mettre en place un management toxique pour le personnel en adoptant une organisation et une gestion déstabilisantes et éreintantes, frisant le harcèlement moral. Ce management parfois qualifié de déviant consiste en une maltraitance des salariés à base de décisions arbitraires de leur hiérarchie, d’une instabilité délibérée de leurs conditions et poste de travail et même de la fixation d’objectifs complètement irréalistes. L’objectif inavoué de la direction de telles entreprises est généralement de réduire l’effectif en poussant un grand nombre de salariés à la démission ou encore d’exercer sur les salariés une pression permanente liée à des objectifs toujours plus ambitieux sans tenir compte de la santé du personnel. Une jurisprudence a commencé à se construire en France en condamnant des entreprises comme France Télécom (devenue aujourd’hui Orange) pour « harcèlement moral institutionnel ».(2)

(1) Voir aussi Les chapitres: Qu’est-ce que l’entreprise ?, Entreprendre et diriger et Les théories de l’organisation in Management et économie des entreprises 12ieme édition, Ed. SIREY, 2018

(2) Cf l’article de ce blog Condamnation de France Télécom (devenue Orange en janvier 2013) pour « harcèlement moral organisé » par l’entreprise