Externaliser, jusqu’où ?

Externaliser peut paraître tentant pour réduire ses coûts. En effet, externaliser certaines fonctions peut être judicieux, à certaines conditions, pour se focaliser sur son cœur de métier. Au contraire externaliser pour et seulement pour réduire ses charges s’avère risqué.

Un directeur d’un organisme de formation se ventait récemment d’avoir préservé sa rentabilité en externalisant la plupart des prestations de formateurs. Un grand bof !

Externaliser jusqu’où ?

Externaliser, un choix difficile ….

L’externalisation, une solution ? (1)

Externaliser consiste à confier tout ou partie de ses activités à un partenaire extérieur qui va facturer ce service.

L’externalisation donne de la flexibilité

En effet, produire soi même (internaliser une production) peut être risqué lorsque la conjoncture est incertaine et que l’on ne sait pas sur quels débouchés on peut compter pour couvrir ses charges fixes.

Produire soi même n’est rentable que si le volume d’activité est suffisant pour couvrir les charges fixes. Celles-ci peuvent consister en des équipements productifs (notamment dans l’industrie) ou une masse salariale (salaires chargés) de personnel permanent de l’entreprise (notamment dans les services).

Or l’externalisation permet de substituer des charges variables à ces charges fixes.

On ne passe commande au prestataire (ou sous traitant) que lorsqu’on en a besoin pour satisfaire la demande de notre clientèle. C’est la flexibilité quantitative. Et on ne supporte donc que les coûts de ces prestations sur commande en réglant la facture correspondante du sous-traitant.

Grâce à cette solution on peut donc adapter exactement notre production vendue à la demande reçue de notre clientèle. L’idéal pour ne pas perdre d’argent !

L’externalisation suppose que certaines conditions soient réunies

Il faut être sûr que le sous-traitant ne peut pas se substituer à nous sur le marché. Pour cela il faut disposer d’un label, ou d’une marque qui convainc et fidélise la clientèle. On peut aussi compter sur le monopole d’exploitation d’un brevet, à condition de pouvoir défendre ce droit sur la zone géographique de notre clientèle.

Ainsi, on a pu voir par le passé des sous-traitants chinois de Nike subir un échec cuisant en voulant lancer leur propre marque, forts de leur apprentissage en tant que sous-traitants de la célèbre marque de chaussures de sport. La qualité était là, similaire, mais les consommateurs ont boudé les marques nouvelles qui ne leur inspiraient pas confiance.

Certaines fonctions peuvent être facilement externalisées (2)

Ce sont celles qui sont en dehors du cœur de métier. On pense à des fonctions comptables ou de paie, ou de travail de secrétariat ou encore d’entretien et nettoyage, de services informationnels.

Pourtant certaines entreprise vont jusqu’à sous-traiter des activités plus centrales qui constituent parfois leur activité principale. Il peut s’agir d’une partie de leur fabrication (Ex : les équipementiers dans le secteur automobile) . Ou parfois de la fabrication toute entière (Ex : les marques de l’habillement). Comment le comprendre ?

L’externalisation peut aussi se traduire par une délocalisation

Lorsque l’activité est externalisée en dehors du territoire national de l’entreprise, on parle de délocalisation. On va alors chercher dans cette délocalisation de nouveaux marchés ou de nouveaux avantages productifs.

La délocalisation des activités de production a été largement facilitée par le développement du libéralisme économique dans le cadre des accords du GATT puis de l’OMC. Ce développement s’est lui-même appuyé sur des théories assez simplistes du commerce international (de Adam Smith et David Ricardo notamment). On aboutit rapidement à une fragmentation internationale de la production des entreprises qui deviennent transnationales. Tout cela comme si les flux de marchandises et d’information n’avaient pas un coût économique et un coût environnemental. Sans évoquer la très pertinente question de la dépendance des économies vis à vis des flux de produits finis ou semi-finis en provenance d’autres continents. Ce qui peut devenir dramatique en cas de crise, pandémie ou conflit.

Externaliser jusqu’où ? (3)

Dans certains cas, l’entreprise fait évoluer son cœur de métier vers des fonctions de recherche ou de commercialisation en externalisant la fabrication qui n’entre donc plus dans son métier. Celui-ci s’enrichit alors d’un nouveau savoir-faire en pilotage d’un réseau de fabrication ou d’une chaîne logistique. On va jusqu’à parler d’entreprise-réseau (3) (4) pour désigner cette forme d’organisation.

Dans certains cas néanmoins la sous-traitance ne s’explique que par le souci de réduire les charges et l’entreprise ne dispose plus en interne de la capacité de produire les services de qualité qu’elle prétend pourtant offrir à sa clientèle.

Elle se fragilise alors puisqu’elle ne réalise plus son chiffre d’affaires que grâce à la confiance supposée des clients dans sa marque.

Fragilités liées à la sous-traitance de l’activité principale

Cette externalisation de l’activité de production principale n’est possible que par un contrôle étroit de la qualité des prestations des sous-traitants. Encore faut-il pouvoir disposer abondamment de ces sous-traitants à un tarif modéré tandis qu’ils offrent une qualité de fabrication ou de service suffisante. Divers cas de figure sont possibles.

Le recours à des autoentrepreneurs (ou microentrepreneurs)

Il peut s’agir d’auto-entrepreneurs qui ont une autre activité principale (souvent salariée) et qui arrondissent leur revenu en produisant des prestations en dehors de leur temps de travail habituel. L’important est alors d’entretenir avec eux une relation de confiance afin de les fidéliser malgré tout.

Néanmoins, on voit bien la fragilité d’un tel système basé finalement sur le bon vouloir de ces prestataires. C’est notamment le cas lorsque le marché du travail s’oriente vers le plein emploi et que les salaires sont à la hausse, réduisant d’autant le besoin de revenus complémentaires.

Il peut s’agir d’auto-entrepreneurs qui trouvent dans cette prestation l’essentiel de leur revenu, leur activité principale indépendante étant encore aléatoire (professions libérales en cours d’installation par exemple). La fragilité tient alors au contrat de travail dissimulé derrière la sous-traitance. Les prestataires pourront aisément se retourner contre leur donneur d’ordres dès que la relation contractuelle tournera à l’orage. Les conseils de prud’hommes savent très bien requalifier les relations contractuelles en contrat de travail en CDI à temps plein. Gare au coût d’une telle requalification.

Le recours à d’autres entreprises « sous-traitantes »

Certaines PME, sociétés ou entreprises individuelles, se développent dans la sous-traitance de produits de grandes marques ou dans la production de pièces et de produits semi-finis nécessaires à d’autres entreprises (donneurs d’ordres). Elles dépendent alors de la prospérité de leurs donneurs d’ordres et subissent les fluctuations de chiffre d’affaires de ceux-ci.

Une dépendance réciproque s’installe car le donneur d’ordre dépend quant à lui de la capacité de production et de la qualité de ses sous-traitants.

Les entreprises sous-traitantes sont, elles, déchargées de certaines fonctions, comme la recherche et le développement ou le marketing de la clientèle finale des produits.

Les inconvénients et les risques

Dans tous ces cas, l’entreprise qui sous traite son activité se prive d’une base de personnel qualifié suffisante pour constituer une communauté de travail motivée et prête à se former et à s’adapter pour faire évoluer l’offre de l’entreprise en fonction des besoins de la clientèle actuelle ou de nouveaux marchés. L’entreprise a perdu sa substance et n’est plus que centrée sur la gestion et l’administration de savoir-faire qui lui sont extérieurs.

A trop vouloir externaliser l’entreprise peut donc s’affaiblir progressivement. Elle peut perdre ses atouts productifs en cherchant à outrance la flexibilité. On peut évoquer ici l’exemple des industriels européens qui se sont retrouvés bientôt en concurrence avec d’anciens sous-traitants asiatiques.

L’entreprise « donneuse d’ordre » (qui pilote son réseau) doit par ailleurs organiser et coordonner son réseau de partenaires industriels et de prestataires de services. Cela suppose un ensemble de contrats et de cahiers des charges qui encadrent les activités. Cela suppose un réseau efficace d’information et de contrôle de gestion, de délais et de qualité. On parle de chaine logistique intégrée (supply chain).(3)

(1) Voir aussi Management et économie des entreprises G. Bressy & C. Konkuyt Aide mémoire Sirey 12ième édition, 2018 / Chapitre 16 La production de biens

(2) Voir aussi l’article de ce blog « Comment manager l’entreprise en archipel et/ou en réseau ?

(3) Voir aussi Management et économie des entreprises G. Bressy & C. Konkuyt Aide mémoire Sirey 12ième édition, 2018 /CH 10 : Diagnostic et choix stratégique au niveau global

(4) Voir aussi à ce sujet la thèse en ligne de Kais MTAR L’entreprise réseau comme un nouveau mode organisationnel > https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01127377/document

Les fonds propres associatifs jouent un rôle important

Un manager de la tribu Yakafokon affirmait récemment, bravache, que si on savait gérer sa trésorerie on n’avait pas besoin de se compliquer la vie avec une règle de maintien des fonds propres associatifs à un niveau correspondant à 4 mois de charges de fonctionnement.

C’est à mon avis un erreur grossière car c’est un manque de prudence qui peut conduire facilement et sans qu’on y prenne garde à la cessation de paiements. En effet, aucune association n’est à l’abri d’un mauvais payeur.

Je me rappelle ce délégué régional de l’Agefiph qui par fantaisie, ne versait le financement annuel d’une association (spécialisée dans l’accompagnement des personnes handicapées vers l’emploi) qu’au 1er juillet de l’année en cours, compliquant singulièrement la gestion de la trésorerie puisqu’il fallait alors aller négocier avec le banquier et supporter des frais bancaires pour pouvoir payer les salaires. Heureusement pour cette association, ce délégué régional fut bientôt envoyé dans les oubliettes et remplacé par quelqu’un de plus avisé.

Tel autre super manager missionné pour redresser la barre d’une association en difficulté et qui n’hésitait pas à donner des leçons de trésorerie aux uns et aux autres, se contenta finalement d’en déposer le bilan après l’épuisement des fonds propres de la dite association.

Les fonds propres :

Ils sont composés des fonds dont dispose l’association sans les devoir à aucune autre entité. (1)

Ils lui permettent donc une marge de liberté d’action stratégique,

Cela, soit pour autofinancer des expérimentations d’actions nouvelles, soit pour investir sans emprunter dans des équipements nouveaux ou supplémentaires, soit pour convaincre le banquier que la situation financière est saine et que l’on pourra rembourser un éventuel emprunt que l’on entend lui demander.

Les PME et TPE françaises sont connues pour leur faiblesse en fonds propres. A croire qu’en France on aime bien prendre des risques et emprunter.

Mais pour les associations c’est encore pire. En effet si une société peut espérer disposer dès sa naissance d’un capital social qui constituera ses fonds propres Puis espérer que ceux ci s’accroissent au rythme des bénéfices non distribués, ce n’est pas le cas d’une association .

A sa naissance l’association ne dispose que des maigres cotisations des adhérents comme fonds propres.

Ce n’est que progressivement, si elle est bien gérée qu’elle pourra espérer réaliser des bénéfices et/ou obtenir des subventions. Cela lui permettra, au-delà du financement des activités, d’augmenter son actif net et d’accroître le montant de ses fonds propres (que certaines associations appellent pompeusement « fonds associatifs »)

Qu’apportent exactement les fonds propres associatifs ?

La sécurité apportée par les fonds propres

On conseille généralement de disposer dès que possible pour une association, de 4 à 6 mois de fonctionnement en fonds propres. Cela revient à dire que quoiqu’il arrive l’association pourra tenir 4 ou 6 mois sans recevoir de financement extérieur. Quel est l’avantage d’une telle marge d’autonomie ?

> Un confort de trésorerie

L’association peut ainsi faire face à des aléas liés à l’encaissement des recettes qui peuvent survenir à n’importe quelle occasion (outre l’exemple cité en introduction on peut évoquer les fameux fonds européens qui sont réputés pour leur versement tardif en France, chaque région étant chargée de leur versement après de multiple contrôles au caractère parfois capricieux. Faute de cela l’association devrait emprunter à sa banque à un taux pas toujours amical.

> Une capacité d’emprunt

Les banquiers préfèrent toujours être rassurés par l’existence de fonds propres pour accorder un prêt à un taux intéressant. Encore une manifestation de l’adage « on ne prête qu’aux riches ».

> Une capacité d’autofinancement d’investissement (1)

Une association a tout intérêt à être réactive et à proposer de nouvelles solutions à ses adhérents. Ce sont de nouveaux services ou de nouvelles formations. Ces nouvelles formules d’activité nécessitent d’être conçues et rodées avant d’être vendues et de rapporter du chiffre d’affaires. Elles sont donc risquées. L’association doit pour cela disposer de fonds de façon complètement autonome : les fonds propres.

Les fonds propres encore et toujours. On voit bien que ceux-ci loin d’être une source de gaspillage sont une condition sine qua non du bon fonctionnement d’une association dynamique.

A bon entendeur, salut !

(1) Voir aussi Management et économie des entreprises G. Bressy & C. Konkuyt Aide mémoire Sirey 12ième édition, 2018 / Ch 21. La fonction financière p477 et suivantes.

Contrôle, pilotage et coopération

Contrôler,piloter et coopérer
Contrôler et coopérer

Contrôler n’est pas surveiller

Le pilotage de l’entreprise suppose d’exercer un contrôle mais celui-ci ne doit pas compromettre la coopération.

Le contrôle des activités est nécessaire au pilotage d’une organisation. Il est là pour permettre de vérifier que celles-ci se déroulent conformément aux consignes données et/ou aux objectifs fixés. Et aussi qu’elles s’exercent sans conséquence négative sur l’environnement de l’entreprise ni sur son patrimoine.

Ce contrôle permet, par comparaison avec les objectifs fixés, un ajustement des processus mis en place pour réaliser l’activité. Une démarche d’amélioration continue se met ainsi en place.

Le risque d’un pilotage devenu exclusivement « surveillant »

Or ce contrôle ne doit jamais être confondu avec la surveillance qui est vite ressentie comme un « flicage » des personnes au travail. Ce sentiment a pu se développer récemment dans les entreprises avec la pratique du télétravail. Celle-ci s’est parfois accompagnée du recours à des logiciels dits de suivi qui mesurent de façon automatique l’activité sur écran ( pointage en ligne , mesure du temps de présence, décompte des demi-journées, vérification d’activité). Le caractère automatique de ce contrôle peut être mal ressenti. Surtout s’il n’est pas accompagné par le manager qui doit expliquer la nécessité d’un tel contrôle.

Il convient surtout d’ éviter qu’il ne se combine avec un surcroît de bureaucratie. En effet, ces mesures automatiques peuvent susciter le besoin de donner un sens à l’activité mesurée en heures de travail en fixant des objectifs. Or la mise en place d’objectifs doit être pratiquée avec légèreté et mesure.

Le risque d’un fonctionnement devenu bureaucratique

Néanmoins ce contrôle par les objectifs ne doit pas alimenter le développement d’un biais bureaucratique dans le fonctionnement général de l’entreprise. Si la fixation d’objectifs peut être justement le moyen d’éviter une surveillance tatillonne des temps de travail, leur multiplication peut être génératrice d’une bureaucratisation du contrôle et bientôt de l’entreprise toute entière.

> Car la gestion par objectifs appelle l’interprétation des résultats et celle ci suppose un temps de travail spécifique des managers ou pire un travail spécialisé de contrôle de gestion appliqué aux objectifs de travail.

> Dans le cas d’objectifs trop nombreux (qui doivent selon leurs promoteurs permettre un pilotage plus fin de l’activité) le temps passé à « renseigner » ou à rendre compte de leur réalisation devient parasite. Cela transforme la fonction des opérationnels, parfois au point de les décourager.

> Le caractère administratif qui envahit alors le travail opérationnel a un impact direct sur les activités en « volant du temps  opérationnel» ce qui réduit la productivité elle même.

> De plus le « carcan » des objectifs peut priver les opérationnels de toute réactivité et encore plus de créativité face aux besoins des clients, réduisant ainsi la qualité des processus que l’on voulait soit-disant garantir à force d’objectifs.

> Plus encore, la contrainte des séances de reporting (ou « dialogues de gestion ») organisées par les superviseurs à échéances régulières aboutit à orienter progressivement l’activité des opérateurs vers la réalisation des objectifs planifiés. Et cela indépendamment de la prise en compte réelle des besoins des clients et utilisateurs. C’est le fameux biais bureaucratique dénoncé par Michel CROZIER dès les années 60. (1)

Développer la coopération

Coopérer pour piloter
Coopérer

Or la pratique de la coopération est indispensable au bon déroulement des processus de l’entreprise. Son développement peut venir corriger les effets négatifs du contrôle. A condition que les objectifs de chacun restent assez synthétiques pour être à la fois compréhensibles et supportables.

> Cette coopération peut s’appuyer sur des outils traditionnels comme les réunions mensuelles d’équipe ou les points quotidiens effectués avant la prise de poste. Ou encore, les boites à idée ou les cercles de progrès et commissions ad hoc.

> Elle peut être aussi facilitée par les nouveaux outils en ligne : plate-forme collaborative, planning d’équipe, programme de réalisation de projet, visio conférence,…

> L’organisation de l’entreprise peut la favoriser par la mise en place de fonctions et d’équipes transverses.

> La coopération peut être également stimulée par la pratique des fonctions tournantes. Cela consiste à faire tourner les opérationnels sur certaines fonctions, de sorte que si on ne coopère pas suffisamment avec d’autres opérateurs lorsqu’ils en ont besoin, on risque de subir à son tour leur réticence lorsque l’on aura besoin de leur coopération active.

En conclusion: La coopération est un liant indispensable de l’esprit d’équipe et de la culture d’entreprise. Or sans eux le fonctionnement de l’entreprise devient celui d’une mécanique sans âme (La « boite » ou la « taule » dans laquelle on vient travailler à reculons). La coopération permet aussi à chaque membre de l’entreprise d’accepter un contrôle des activités et des résultats qui reste indispensable au pilotage de toute organisation. (2)

Notes:

(1) Voir aussi CH 13 Les théories des organisations in Management et économie des entreprises, 12ième édition, Sirey, 2018

(2) Voir aussi https://www.cegos.fr/ressources/mag/management/management-transversal-2/coordination-cooperation

Fixer son prix

Comment fixer son prix de façon pertinente ?

Le choix du prix est essentiel pour l’entrepreneur. C’est le prix qui rapporte des revenus et, on peut l’espérer, de la rentabilité alors que les autres outils commerciaux (pub, réseaux, distribution, site, boutique) ont un coût et représentent donc des charges. Mais comment fixer son prix et comment faire du prix un atout commercial ? (1)

Il faut d’abord prendre en compte certaines contraintes :
a)-La première des contraintes est le coût de revient unitaire du produit qu’il faut compenser.

Et attention, le coût unitaire d’un produit varie en fonction des quantités produites puisque toutes les charges fixes (comme le loyer et le contrat d’assurance) sont divisées par le nombre de produits ou de services réalisés. Le coût fixe unitaire diminue donc quand la quantité produite augmente (Ce que les économistes appellent les économies d’échelle).

Il diminue aussi du fait de l’effet d’apprentissage de l’entreprise qui maîtrise de mieux en mieux sa fabrication quand la production se développe.

Le prix dépend aussi des prévisions de vente de l’entrepreneur car c’est en fonction d’elles qu’il va choisir son système productif (et le coût fixe qui va avec) et l’effectif employé qui détermine la masse salariale (le montant des salaires bruts) qui est à court terme également une charge fixe.

b)- La deuxième contrainte est la concurrence

Car on ne peut pas fixer son prix sans en tenir compte !

La concurrence peut jouer un grand rôle par le niveau de prix des concurrents et la qualité de leurs produits. D’autant plus que ces concurrents sont connus et que les consommateurs ont accès à l’information, comme c’est aujourd’hui souvent le cas par internet et par les sites comparateurs de prix et plateformes de vente en ligne.

c)- Il faut aussi tenir compte de la demande de la clientèle

L’attitude de la clientèle se traduit par une fonction de demande qui correspond à la quantité vendue pour chaque niveau de prix proposé.

Elle peut également être mesurée dans sa réponse à une variation de prix. On calcule ainsi le pourcentage de variation de la quantité vendue en réaction à une variation de 1% du prix (C’est l’élasticité de la demande par rapport au prix)

La réponse de la clientèle au niveau de prix se mesure aussi par le prix psychologique (voir plus bas)

Quelles sont les différentes façons de fixer son prix ?

a)- En partant du coût de revient unitaire :  

Le prix de vente correspond à l’addition du coût de revient et de la marge. La rentabilité est alors recherchée par une maîtrise ou une réduction de ce coût unitaire. Cela suppose une bonne connaissance des coûts, et donc de tous les éléments qui le composent. Cela conduit à une recherche permanente de gains de productivité (qui peut devenir un biais et finir par fausser le modèle économique mis en place) (2)

b)- En s’alignant sur le prix des concurrents de référence.

Cela suppose d’étudier les prix de la concurrence et en particulier ceux du concurrent« leader » du marché, puis à s’aligner sur ceux-ci. Une stratégie d’écrémage (marges élevées sur de petites quantités) aboutit à un prix supérieur au prix du marché (= la moyenne des prix des concurrents) et une stratégie de conquête (faibles marges sur des quantités importantes), conduit à un prix inférieur.

c)- En se basant sur le prix psychologique

C’est celui que les consommateurs sont prêts à payer pour le produit offert. Ce prix psychologique peut être influencé par le degré d’innovation ou de différenciation du produit ou du service ou encore par le niveau technologique supposé du produit dans l’esprit du client.

Quelle que soit la méthode retenue, il faut s’assurer que pour la quantité produite et vendue, le prix unitaire est supérieur au coût unitaire afin de dégager une certaine marge bénéficiaire, sans laquelle l’activité ne sera pas rentable.

Le seuil de rentabilité d’une production

Finalement, comment fixer son prix ?

Deux démarches peuvent être suivies pour fixer son prix

1) La démarche classique de fixation du prix:
a)- On doit couvrir le coût unitaire du bien vendu

1- On évalue le marché potentiel de l’entreprise avec prudence en se basant sur une analyse du marché du produit ou du service.

2- On détermine le montant total des charges fixes prévisibles

3- On détermine le coût variable unitaire prévisible

4- On calcule le total des charges pour le volume des ventes « n » que l’on estime comme étant minimum sur le semestre à venir.

5- On fixe alors le seuil de rentabilité pour ce volume de ventes ce qui permet de calculer le prix unitaire de vente du produit pour le prochain semestre.

p= v + F/n (où tout dépend de la justesse de la prévision de n)

6- En fonction des chiffres réels constatés on peut réajuster le prix de vente

SCHÉMA DE LA DÉTERMINATION DU PRIX

Détermination du prix
Détermination du prix
b)-On doit vérifier la pertinence concurrentielle de ce prix

Le prix ainsi obtenu n’est pas forcément adapté au marché. (1)

> Il doit en effet être compétitif au regard des concurrents. S’il est supérieur à la moyenne des prix du marché cela doit être justifié par une incontestable qualité supérieure et une action publicitaire de différenciation du produit de la marque.

> Il doit également correspondre au prix attendu par la clientèle. Si on en a les moyens et le temps, on peut étudier l’attitude de la clientèle par rapport à différents niveaux de prix et déterminer celui qui est le mieux accepté (le prix psychologique) (1). On vérifie alors que l’on est pas trop loin de celui-ci. En règle générale, ce prix psychologique varie au cours du temps avec le cycle de vie du produit.

2) Une démarche marketing de fixation du prix: (méthode dite « des coûts cibles »)

> On part d’une évaluation du prix psychologique puisque c’est celui pour lequel on a le maximum de clients prêts à acheter le produit.

> On vérifie que pour ce niveau de prix on est rentable, c’est à dire que l’on réalise un bénéfice suffisant.

Pour cela il faut que l’on soit capable de produire et vendre à un coût unitaire (coût cible) tel qu’il permette de gagner de l’argent (marge unitaire)

On multiplie la marge unitaire par la quantité de ventes prévue pour obtenir le bénéfice attendu. Ce bénéfice doit apporter un revenu à l’entrepreneur. Il doit aussi lui donner une capacité d’autofinancement pour couvrir au moins partiellement les investissements à venir.

> Si ces conditions sont remplies, on décide de produire et vendre la marchandise. Sinon on renonce en attendant que les conditions du marché (coté prix psychologique) et/ou de de production (coté méthodes de fabrication et de commercialisation) aient évolué favorablement.

(1) Voir aussi Management et économie des entreprises G. Bressy & C. Konkuyt Aide mémoire Sirey 12ième édition, 2018 / Ch 15. Le marchéage et la vente.

(2) Voir aussi l’article de ce blog La recherche de productivité, une obsession salutaire.

Le secteur automobile français à la croisée des chemins

Le secteur automobile français, confronté à une crise structurelle, saura -t-il prendre le virage du véhicule électrique ?

L’effondrement du marché lié à la crise sanitaire mais pas seulement….

> Avec la crise sanitaire on a assisté à un effondrement du marché automobile européen (-55,1% en mars 2020). Notamment en France (-72%) et en Italie, mais également en Espagne et en Allemagne. Cet effondrement est lié au confinement et à la fermeture des points de vente. Même si la plupart des constructeurs ont cherché à développer la vente en ligne.

> Un changement du comportement des consommateurs est apparu avec une forte baisse des achats de véhicules neufs, à l’exception du segment des véhicules électriques et hybrides. Cette baisse s’accompagne d’un accroissement de la pratique de la location de véhicules. Une forte augmentation des achats d’occasion est apparue. Le segment est alimenté par les véhicules déclassés des loueurs de véhicules.

> La fabrication elle-même est freinée par la pénurie de semi-conducteurs fabriqués pour l’essentiel en Asie (Exemple du producteur taïwanais TMSC et de son usine Fab 18)

Les constructeurs français à la peine

Les groupes français Renault Group et Stellantis (PSA) ont subi fortement cette baisse sur la totalité de leurs marques.

En octobre 2021, le marché automobile continue de s’effondrer (-30,7% sur un an), alerte le Comité des constructeurs français d’automobiles (CCFA) dans un rapport publié en  novembre 2021. C’est le résultat du ralentissement des commandes (du fait de l’attentisme des clients) et des retards de livraison liés à la pénurie de semi-conducteurs.

En Janvier 2022, avec 102 901 immatriculations, le marché français des voitures particulières neuves est en baisse de 18,58% en données brutes par rapport à Janvier 2021(1)

Le secteur automobile qui représente 400 000 salariés dans la fabrication et 500 000 dans les services associés, joue sa survie. Il est à la croisée des chemins…

Depuis la fin 2019 de nombreux véhicules ont été immatriculés par les constructeurs comme véhicules de courtoisie ou de démonstration. Cela leur a permis de déstocker des véhicules obsolètes. Ces véhicules sont écoulés en occasion zéro km. Cette pratique montre que le secteur automobile européen est en crise structurelle (surproduction et inadaptation de l’appareil productif).

L’industrie auto française était déjà descendue au 5ième rang en Europe en 2016 (contre le 2ième en 2011) (2) Le déclassement est net depuis la crise de 2008. L’industrie française ne réalise plus que 6,7% de la production européenne (contre 44,5% pour l’Allemagne en 2016). La balance commerciale du secteur est déficitaire (- 9,6 milliards en 2016). Cela s’explique par des importations importantes notamment d’Allemagne mais aussi des importations de produits fabriqués dans des filiales ou des partenaires des groupes français qui ont délocalisé certaines productions.

Le déclassement de l’industrie automobile française

Un secteur industriel en crise
La bienveillante d’Amédée Bollée 1899

Le secteur automobile français existe surtout à travers 418 groupes industriels qui réalisent 92% de la production nationale et emploient 218 000 personnes (en ETP). Parmi ceux-ci les constructeurs (Renault, PSA, Volvo et Toyota) réalisent 80% du chiffre d’affaires du secteur. La production de ces groupes est très peu sous-traitée (l’équipementier Faurecia devenu Forvia est intégré au groupe PSA).

La sous-traitance concerne principalement les équipements électriques et les ceintures et airbags. Parmi les groupes industriels français (dont le centre de décision est situé en France) de l’automobile, 56 ont un caractère multinational. On compte plus de 800 filiales qui réalisaient un chiffre d’affaires de 135 Mrds€ en 2016 plus important que celui réalisé en France par ces groupes (107 Mrds €).

Dans l’ensemble, les équipementiers français sont fragilisés par l’évolution du marché et se tournent vers la diversification de leurs activités.

La relance de la demande française soutenue par les pouvoirs publics pourrait profiter autant ou davantage à l’activité économique des pays dans lesquels les constructeurs et sous traitants français ont installé leurs usines. En effet, seulement un véhicule sur deux des 2 grands constructeurs français est assemblé en France.

Le virage du véhicule électrique

Seul élément positif dans le marché automobile, le segment des véhicules électriques et hybrides essence connaît un regain sensible. Cela est facilité par la politique incitative de l’Etat. Ainsi, les véhicules électriques représentaient en 2020 6,7% des immatriculations, contre 1,9% en 2019. Les véhicules hybrides ont de leur coté représentés en 2020 près de 15% de parts de marché, contre moins de 6% en 2019.

Renault Group produit ses véhicules électriques en France tandis que Stellantis (PSA) produit dans d’autres pays européens puis importe en France. Certains préconisent de conditionner les aides publiques à des engagements de maintenir l’emploi et l’investissement en France. En effet les crises de surproduction se traduisent généralement par des fermetures d’usines françaises et des plans sociaux (plans de « sauvegarde de l’emploi »). (3)

Les normes d’émission des voitures neuves en Europe ont été durcies à partir de 2020 (seuil de 95g de CO2 par km) et devraient se durcir chaque année encore jusqu’en 2030. De plus, la fin des véhicules thermiques est programmée. En France en 2040.

>Les prévisions de croissance du segment

Selon les prévisions actuelles pour la période 2017-2025, le marché mondial des véhicules électrifiés (100% électrique ou hybride essence rechargeable) serait multiplié par 10 en moins de 10 ans. Cela représenterait 1,2 millions de véhicules en 2025 en Amérique du nord,  3,5 millions en Europe et 4,7 millions en Chine. Ce basculement est un point d’inflexion stratégique(4) qui amène les constructeurs à développer des unités de production flexibles et des partenariats industriels.(4)

>Chez Stellantis (PSA)

Chez Stellantis (PSA)   le développement des différents modèles se fait sur  des plateformes adaptées à l’ensemble des motorisations thermiques, électriques ou hybrides. Il s’agit donc de plateformes modulaires, multi-énergies  qui assurent une flexibilité de la fabrication permettant de répondre  à la demande de la clientèle. Une coopération industrielle avec Nidec Leroy-Somer a permis de développer une co-entreprise qui a pour objectif de produire de nouveaux moteurs électriques en grande série.  Une autre co-entreprise avec Punch Powertrain doit déboucher également en 2022 sur  la production en série de nouvelles transmissions électrifiées.

>Chez Renault group

Chez Renault group (Renault, Dacia, Renault Samsung Motors, Alpine et LADA) un plan de restructuration et de relance est prévu avec des fermetures d’usines en Europe et en Chine. Il vise le développement de la mise en commun des pièces entre les différentes marques du groupe et de l’alliance. Il s’agit notamment de redresser Nissan qui est en grande difficulté au sein de l’alliance Renault Nissan Mitsubishi. Un « partenariat stratégique » est développé avec Valéo pour concevoir et produire un moteur de nouvelle génération et sans terres rares. Chez Renault la production doit démarrer en 2027 à Cléon.

Le marché chinois qui est le plus grand du monde, reste prioritaire pour Renault. Afin de développer le véhicule électrique l’entreprise qui avait mis fin en 2020 à sa coentreprise avec Dongfeng, cherche désormais à conquérir le marché des hybrides. Elle le fait en coopération avec le numéro un chinois Geely.

En Europe, Renault Group commercialise la  « Dacia Spring » dans la logique du low cost de la marque Dacia en s’appuyant sur le modèle électrique City K-ZE . Celui-ci a été mis au point par une coentreprise réussie en Chine avec JMCG dans la filiale commune JMEV.

Surmonter notre dépendance sanitaire

Nos médicaments sont de plus en plus importés ou produits à base de substances actives produites en Inde ou en Chine.

Comment surmonter la dépendance sanitaire en France et en Europe est une question que nous nous posons tous en nous demandant également comment notre recherche et notre production de médicaments et vaccins ont pu tomber aussi bas !

La dépendance sanitaire européenne est apparue nettement depuis une dizaine d’années

La crise sanitaire a mis en évidence de façon brutale notre dépendance en matière de matériel médical, de médicaments et de vaccins. Les pénuries de médicaments ne sont d’ailleurs pas une chose nouvelle ! (1)

Extrait du Rapport Pénuries de médicaments du Département des études et du lobby de UFC Que Choisir du 9/11/2020.
NB : C’est depuis 2012 que le signalement des ruptures de stock des médicaments d’intérêt thérapeutique majeur est obligatoire pour les laboratoires pharmaceutiques.

La mise en œuvre d’une production sous forme de concession publique ou de régie intéressée des médicaments les plus anciens et pourtant indispensables aux traitements médicaux, semble donc une solution nécessaire. Ils sont en effet négligés par les industriels de la pharmacie car ils sont moins rentables !

La France qui a été au premier rang de l’industrie pharmaceutique en Europe est passée au 4ième rang . Mais la dépendance concerne tous  les pays européens. La tour de Babel européenne  a, depuis 20 ans, laissé filer les entreprises et les savoir-faire vers l’Asie. L’Europe n’a pas investi comme elle aurait du le faire dans un domaine aussi stratégique. Ce qui est vrai de l’Europe est vrai de chacun de ses États. D’une part le marché s’est mondialisé avec une libéralisation accrue des échanges internationaux et d’autre part les industriels européens ont délocalisé leurs productions pour réduire leurs coûts de main d’œuvre et pour échapper aux normes environnementales et aussi pour avoir un accès aux nouveaux marchés de Chine et d’Inde. La doctrine néo-libérale dominante en Europe a fait le jeu des concurrents Américains et Chinois notamment. Les uns et les autres développant, pendant ce temps, des politiques volontaristes fondées sur des investissements publics massifs en R&D.

La dépendance sanitaire est le reflet de la désindustrialisation européenne et surtout française

La France avait su développer une industrie de pointe dans certains secteurs grâce à une politique volontariste initiée par le général De Gaulle : aéronautique, atome, recherche médicale, TGV, armement, etc. 

En matière sanitaire, elle s’est progressivement limitée à  rembourser « au meilleur prix » par le biais de notre système de Sécurité sociale des médicaments produits de moins en moins en France ou en Europe.

De façon générale, l’Europe toute entière s’est progressivement transformée en un grand marché qui ne produit plus grand-chose industriellement et qui a prétendu néanmoins encore se développer, souvent en s’appuyant sur la production de services !

La désindustrialisation a débuté avec la crise économique des années 70 et a été particulièrement rapide et profonde en France. Un rapport de France Stratégie publié en novembre 2020, montre que l’industrie française a été particulièrement impactée. (2)

Le nombre d’emplois industriels et la part de la valeur ajoutée industrielle dans le PIB ont été divisés par deux  en moins d’un demi siècle. L’industrie autrefois pourvoyeuse d’emplois ne représente plus que 10,3 % du total des emplois. La part de la valeur ajoutée industrielle dans la valeur ajoutée totale est tombée à 13,4 % (contre 25,5 % en Allemagne)

Extrait de France Stratégie, Les politiques industrielles en France

Ce recul  de l’industrie française dont les conséquences économiques et sociales ont été si profondes, a été  le résultat d’une logique  néo-libérale du « laisser-faire / laisser-passer ».  La France est devenue rapidement dépendante des marchés mondiaux et des importations de produits manufacturés. Plus encore, le niveau de dépendance  de la production industrielle elle-même est passé en vingt ans en France de 20 % à plus de 30 %. (3) Notre déficit du commerce extérieur en a été fortement aggravé.

Comment nos élus ont-ils pu être aussi naïfs  et oublier que notre vie quotidienne repose sur la consommation  de biens matériels, à commencer par les biens alimentaires basés sur l’agriculture. De Dominique de Villepin à Jean Marc Ayrault les réformes visant à supprimer le commissariat général au Plan se sont succédées.

Notre capacité d’oubli est énorme. Déjà en 2008, le président Sarkozy déclarait : « Je vous le dis : cette crise marquera sans doute pour l’histoire le commencement véritable du XXIe siècle, le moment où tout le monde aura compris qu’il était temps de changer, temps de donner un nouveau visage à la mondialisation, temps de construire un nouvel ordre mondial, politique, économique, social, assis sur de nouveaux principes et de nouvelles règles. »

Et plus loin « Il faut que l’Europe se prépare. Il ne faut pas qu’elle soit la variable d’ajustement du nouvel ordre mondial. Il ne faut pas qu’elle soit naïve, il ne faut pas qu’elle laisse ses entreprises à la merci de tous les prédateurs, il ne faut pas qu’elle soit la seule au monde à ne pas défendre ses intérêts, à ne pas protéger ses citoyens. Il faut que l’Europe tire les leçons de ce qui s’est passé. » (Discours du 23 octobre 2008 à Argonay – Haute Savoie)

Las, il oublia lui-même très rapidement ses propres propos pour retourner à un conformisme économique néo-libéral confortable à court terme et catastrophique à long terme.

D’une façon récurrente, il apparait de plus en plus clairement que dans notre économie de marché, la notion de rationalité limitée (4) des décideurs d’entreprise qui est un concept ancien (défini par Herbert SIMON, dès 1947), doit être étendue et généralisée pour tenir compte de toutes les externalités. Les paramètres écologiques en particulier, mais également l’intérêt général d’une nation au sens large sont ignorés par le marché et les décideurs d’entreprise. Les évolutions souhaitables à long terme dans de nombreux domaines qui ne sont pas intégrés dans la sphère économique du marché et en particulier dans le système des prix ne sont pas pris en compte dans les décisions qui sont prises. Cela pose de plus en plus problème car:

  • Nous subissons une crise environnementale grave
  • Les décideurs privés ont parfois un pouvoir considérable qui détermine durablement les évolutions sociétales. Les plus grandes entreprises ont désormais un poids économique comparable à celui de certains États.
  • Les États se sont engagés par le passé dans des accords internationaux (OMC et traités bilatéraux), juridiquement contraignants sans percevoir toutes les conséquences que cela pourrait avoir sur les équilibres économiques, sociaux et environnementaux des pays concernés.Les grandes entreprises exercent des actions de lobbying, à la limite de la légalité, qui viennent fausser les décisions au niveau national ou au niveau européen.
  • Les grandes entreprises exercent des actions de lobbying, à la limite de la légalité, qui viennent fausser les décisions au niveau national ou au niveau européen.
  • Voir aussi l’article https://xn--management-actualits-t2b.fr/pour-une-mondialisation-maitrisee/

    ainsi que l’article : https://management-actualités.fr/relocalisation-calcul-doptimisation-et-planification-incitative/

    Aujourd’hui l’idée de planifier à nouveau notre développement économique, social et environnemental a retrouvé du crédit auprès de nos décideurs.

    François Bayrou a été nommé Haut commissaire au Plan en 2020. Il s’appuiera sur France Stratégie pour remplir une mission d’éclairage et d’orientation de notre développement national, en coopération avec les autres pays de l’Union européenne.

    Il déclarait en septembre 2020 dans un discours devant le CESE (conseil économique, social et environnemental) :

    « Tous ces médicaments, d’usage vital ou primordial, que pour beaucoup d’entre eux la France et nos pays européens voisins ont inventés, nous avons découvert que leur fabrication avait été systématiquement délocalisée en Asie, en Inde par exemple, ou en Chine et pour un grand pays comme le nôtre,avec une telle tradition médicale,accepter que soit rompue la chaîne d’approvisionnement en produits aussi indispensables est proprement scandaleux.»

    Et plus loin : « Il est des domaines vitaux pour la nation, des domaines vitaux pour la société française, des domaines vitaux pour l’Union européenne, (car je ne fais pas de différence fondamentale entre les intérêts vitaux de la France et ceux de ces voisins et partenaires. Il est des domaines vitaux qui nécessitent une intervention de l’État, en tout cas une orientation et une incitation de l’État, pour que la vie économique n’en compromette pas l’existence et l’efficacité. (…) Il s’agit pour moi, dans un temps ou la dictature de l’immédiat, de l’urgence montée en épingle, des réseaux sociaux qui prennent feu, de l’actualité à tout instant brûlante, il s’agit pour moi de ré-enraciner les sujets de long terme dans le débat public, pour qu’ils soient pris en compte par les décideurs au moment de la décision et par les citoyens dans le débat démocratique.»

    Le Haut commissaire au Plan  évoque ainsi de nombreuses questions auxquelles il se donne pour mission de proposer des éléments de réponses. Notamment des questions relatives à l’indépendance de la France et/ou de l’Europe, en matière sanitaire, bien sûr mais aussi électronique et alimentaire. Autant de « productions vitales » selon lui. Et il y en a d’autres, comme l’eau potable et l’énergie qui ne doivent pas être non plus oubliées.

    L’important est aussi que les réponses que nous saurons peut-être donner soient respectueuses des équilibres écologiques. (5)

    La dépendance sanitaire se trouve renforcée par la concentration du secteur pharmaceutique

    Les grands groupes sont spécialisés dans certaines molécules et il arrive que seuls deux ou trois d’entre eux réalisent la production d’un médicament donné. Cela génère une fragilité d’approvisionnement  d’autant plus forte qu’ils spécialisent eux-mêmes leurs unités de production et que celles-ci sont souvent situées dans des pays lointains pour des raisons d’opportunités productive.  Le moindre accident de production devient source de pénurie.

    Ainsi  les plus grandes entreprises pharmaceutiques réalisent 23,1% du marché mondial et les 10 premières 41,2%.  Mais ces Big Pharma sont des machines à produire du dividende pour leurs actionnaires et elles n’ont pas l’agilité et la créativité nécessaires à la mise au point de produits nouveaux. C’est l’affaire des Start-up en biotechnologie qui sont des PMI ou au mieux des entreprises de taille intermédiaire et avec lesquelles les Grands groupes vont coopérer en prenant au besoin des participations au capital. Une façon de limiter les risques pris tout en s’assurant de rester dans la course à l’innovation pour les Big Pharma, quitte à racheter ultérieurement les start-up qui ont développé des brevets devenus prometteurs. (6)

    Mais comme toutes les start-up ne réussissent pas elles représentent un coût pour les grands groupes, coût que ceux-ci mettent en avant pour justifier des prix jugés parfois exorbitants par les médecins, usagers et organismes de Sécurité sociale. Il y a fort à parier que le lobbying de ces grands groupes auprès des médecins spécialistes qui conseillent les organismes publics  n’y est pas pour rien. 

    Or les start-up sont pour la plupart créées par des chercheurs de laboratoires de recherche financés au moins en partie par des fonds publics. De sorte que ce sont des financements publics qui permettent les innovations qui sont ensuite rachetées sous formes de brevets en même temps que la start-up qui les a mises au point (et les apporte en actifs immatériels au groupe pharmaceutique qui la rachète) et qui sont ensuite rentabilisées par une commercialisation « à prix d’or » sur le marché, au grand désavantage des organismes d’assurance maladie européens.

    A ce compte là les laboratoires risquent peu et gagnent beaucoup, même s’ils n’atteignent pas toujours le graal d’un blockbuster, tant recherché. Les exemples sont nombreux comme le montre le reportage-enquête de l’émission Théma de la chaine de télévision Arte diffusée le 26/10/2021 (intitulé Big Pharma, les labos tout puissants)

    Comment  remédier au problème de dépendance sanitaire ?

    > On évoque ici et là une relocalisation nécessaire de nombreux médicaments d’intérêt thérapeutique majeur dont les brevets  sont tombés dans le domaine public et  qui ne rapporteraient pas assez de rentabilité aux industriels, soucieux de servir des dividendes à leurs actionnaires.

    Les pouvoirs publics nationaux européens peuvent s’appuyer, pour négocier, sur leurs systèmes  de Sécurité sociale qui représentent  autant de garanties d’achats massifs pour les laboratoires.

    >Pour les médicaments anciens (dont les brevets sont tombés ou sont banalisés), la solution pourrait  être de mettre en place des productions par contrat de concession  (ou de régie intéressée) de production d’intérêt général  passés entre l’Etat ou des Régions et des entreprises industrielles non cotées.  La puissance publique participant aux investissements d’infrastructure initiaux contre un engagement  de quantité et de qualité  à un prix préalablement négocié.

    La non cotation des sociétés concessionnaires semble une garantie nécessaire afin que celles-ci ne perdent jamais de vue leur objectif de production d’intérêt général.

    >Pour les nouveaux produits de traitement pharmaceutique, un droit de préemption, créé par la loi, peut être mis en place lors de l’achat d’une start-up dont le potentiel d’innovation est prometteur. Cette préemption pourrait être exercée au prix du marché par un établissement public de santé doté du financement nécessaire (par une banque publique d’investissement comme la BPI en France). C’est ensuite cet établissement public qui serait chargé de développer l’industrialisation de l’innovation pharmaceutique en la sous traitant à une ou plusieurs sociétés pharmaceutiques. Ainsi le nouveau traitement pourra-t-il être commercialisé à un prix raisonnable, l’établissement public n’ayant pas d’actionnaires à rémunérer ni de cours de bourse à valoriser.

    > Lorsqu’un besoin particulier de santé publique apparaît comme lors d’une épidémie, la puissance publique nationale ou européenne peut investir massivement dans la recherche publique et privée contre des engagements de production géographiquement localisée, afin de sécuriser les approvisionnements à venir.

    >D’une façon générale, une planification indicative et incitative, au niveau national et/ou au niveau européen semble nécessaire afin d’anticiper les évolutions et les besoins qui en résulteront tant au niveau démographique qu’au niveau des évolutions des pathologies liées aux activités économiques, aux pollutions subies à long terme. Cette planification aurait pour but d’orienter les industriels vers certains investissements en R&D et en industrialisation ainsi que d’orienter les secteurs de la formation et de la recherche dans la bonne voie.

    Comment surmonter le coût du vaccin dans les pays en voie de développement ?

    Le monde des médicaments est complexe et discriminatoire

    Les pays en développement (PED) n’ont souvent pas les ressources nécessaires pour acheter aux laboratoires les médicaments nécessaires pour assurer la santé ou simplement la survie de leur population devant certains virus et maladies.

    Or une disposition des accords signés dans le cadre de l’OMC permet aux pays en développement (PED), en cas de  risque important de santé publique, de ne pas respecter, au moins temporairement, la propriété industrielle afin de produire les médicaments nécessaires à leur population. Il s’agit alors d’un droit d’utiliser un brevet sans demander l’autorisation du propriétaire (Laboratoire pharmaceutique) pour cause de santé publique.

    Les articles 6 et 8.1 et 8.2 des accords ADPIC (aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce) de l’OMC autorisent ainsi un pays à effectuer des importations parallèles (pour ceux qui sont trop petits pour produire eux mêmes) ou bien à faire produire sur place, sous « licence obligatoire » (c’est à dire sans accord du propriétaire) afin d’obtenir au nom de la santé publique, un médicament essentiel pour la population à un prix réduit.  Cela correspond bien au cas d’une pandémie et on peut penser que l’OMS dans le cadre de ses négociations avec les laboratoires  s’appuie sur ces disposition des accords  ADPIC afin d’obtenir des vaccins à prix réduits pour les habitants des pays non industrialisés, les laboratoires préférant toujours produire eux-mêmes à prix réduits plutôt que de voir se multiplier les génériques avant même l’écoulement des 20 ans d’exploitation de leur brevet. (7)

    Notes bibliographiques:

    Voir aussi « L’intérêt de l’entreprise est-il compatible avec l’interêt général ? » dans le chapitre 24 – L’entreprise dans la société de l’Aide mémoire Management et économie des entreprises de Gilles Bressy et Christian Konkuyt 12ième ed. SIREY

    (1) – UFC-Que Choisir, Pénuries de médicaments. Devant la responsabilité criante des laboratoires, les pouvoirs publics doivent sortir de leur complaisance, 9 novembre 2020. https://www.quechoisir.org/action-ufc-que-choisir-penuries-de-medicaments-devant-la-responsabilite-criante-des-laboratoires-les-pouvoirs-publics-doivent-sortir-de-leur-complaisance-n84943/?dl=64667

    (2) – France Stratégie, Les politiques industrielles en France, 19 novembre 2020 in https://www.strategie.gouv.fr/publications/politiques-industrielles-france-evolutions-comparaisons-internationales

    (3) – Sébastien Jean, Ariell Reshef, Gianluca Santoni, « Les chaînes de valeur mondiales à l’épreuve de la crise sanitaire », in L’économie mondiale 2021, La Découverte, 2020

    (4) – Gilles Bressy & Christian Konkuyt, Management et économie des entreprises, Aide-mémoire SIREY 12ième édition, 2018 – Chap 6 Entreprendre et diriger / Le processus de décision.

    (5) – François Bayrou, Discours de présentation de la méthode et de l’agenda de travail du Haut-commissariat au Plan au Conseil économique, social et environnemental le 22 septembre 2020

    (6) – Justin Delépine, Big Pharma ne connaît pas la crise, Alternatives économiques, 24 septembre 2020

    (7) – Claude Mfuka, Accords ADPIC et brevets pharmaceutiques : le difficile accès des pays en développement aux médicaments antisida,  Revue d’économie industrielle, n°99, 2002  https://www.persee.fr/doc/rei_0154-3229_2002_num_99_1_3023

    Quelques raisons de la défiance dans nos institutions

    Les raisons de la défiance dans nos institutions sont de plus en plus nombreuses. Elles aboutissent à un sentiment général que les promesses de nos élites n’ont pas été tenues, ou pire ne sont jamais tenues. (Le fameux « Elles n’engagent que ceux qui les croient »). On peut sans doute trouver là une explication du taux d’abstention croissant lors des diverses élections prévues par notre constitution.

    Comment améliorer la confiance en nos institutions ?

    Une confiance réciproque est nécessaire à un management efficace. Cela est vrai dans l’entreprise comme dans toute organisation, y compris au niveau d’une collectivité. C’est également vrai en ce qui concerne la gouvernance d’un Etat et l’administration d’un pays.

    Autant la confiance vient faciliter toutes les relations de coopération entre les humains autant la défiance agit au contraire comme un frein, un facteur perturbateur qui engendre une déperdition d’énergie conduisant à la sous productivité et l’inefficacité.

    Une défiance envers nos institutions est observable en France (1)

    A force de prendre les citoyens pour des gnous, nos élites ont récolté la défiance (2). On peut constater aujourd’hui une crise de confiance envers nos institutions politiques.

    Les risques qui en résultent:

    Cette défiance favorise une certaine « désobéissance généralisée » des citoyens.

    Elle fait surtout le lit des extrémismes et ouvre la voie à tous les bateleurs de foire qui se présentent comme des êtres providentiels.

    Hitler, Mussolini, Franco, Staline, Mao Zedong, la liste est longue des profiteurs de la détresse populaire qui est souvent née d’une crise de confiance.

    On voit tout le mal qui peut en résulter et il est utile de se demander comment nos institutions ont pu perdre progressivement leur crédit vis à vis des citoyens.

    Le jeu des bonimenteurs

    Les raisons de la défiance actuelle liées au comportement de nos représentants,

    Un comportement élitiste et antidémocratique de nos représentants élus et désignés a joué un grand rôle.

    Celui-ci s’est manifesté clairement avec le fameux nuage radioactif de Tchernobyl où l’on a vu les pouvoirs publics nier l’évidence en prenant les citoyens pour des niais, faute d’être capable de proposer un protocole sanitaire adapté. Certains scandales comme celui du sang contaminé, puis d’autres comme la fraude fiscale clownesque du ministre du budget de François Hollande Jérôme Cahusac, ont contribué à décrédibiliser nos élus et gouvernants.

    Au-delà de comportements individuels inacceptables, sous la présidence Sarkozy (mai 2007/mai2012), un nouvel événement est venu se graver dans la mémoire collective avec la grande manipulation anti-démocratique qui a suivi en 2005 la victoire du « non » au référendum sur le projet de constitution européenne défini par le traité de Lisbonne.(3) Pourtant nos dirigeants de l’époque, Jacques Chirac (mai 1995/ mai 2007) pour la présidence et Nicolas Sarkozy pour la direction de l’UMP, affirment que « l’Europe ne peut pas rester en panne ». Les citoyens des Pays Bas, à leur tour, voteront majoritairement « non » en juin 2005 par référendum.

    Un tel désaveux par deux peuples souverains aurait du mettre radicalement fin au projet et appeler une prise en compte de ce rejet et des évolutions nécessaires. La manipulation qui a suivi a été une grande leçon de cynisme et de manœuvre de contournement de la règle démocratique.

    Les grands perdants furent la crédibilité des institutions politiques françaises et de l’Union européenne, coupables aux yeux des citoyens de déni de démocratie. C’est ainsi qu’en février 2008, le gouvernement a présenté au Parlement réunissant les deux chambres à Versailles un projet de modification de quelques règles constitutionnelles puis a fait voter par l’assemblée Nationale un traité modificatif européen, très peu différent sur le fond du texte initial, refusé en 2005 par référendum.

    Les élites du pays et les représentants élus des citoyens ont sans doute perdu ce jour là une bonne partie de la confiance du peuple de France. D’autant que la qualité des services publics s’est progressivement dégradée.

    La crise de nos services publics

    Le conformisme néo-libéral très répandu dans les institutions européennes et françaises a entrepris dans les années 2000 de mettre fin aux monopoles et de privatiser les « opérateurs ». Il faut rationaliser le management des services publics pour dépenser moins. Mais attention ! On prétend ne pas produire moins ni moins bien, c’est « une modernisation et une optimisation ». Un nouvel état d’esprit est insufflé dans ce sens auprès des élèves de l’ENA. On va « diriger par objectifs » les administrations publiques afin de leur donner l’ »efficacité du secteur privé ». Les cadres de la fonction publique doivent exercer de nouvelles responsabilités car l’efficacité passe par une décentralisation des pouvoirs qui doit permettre une plus grande adaptation aux besoins et une réactivité. (4)

    De même des méthodes d’évaluation des politiques menées et des services publics produits ont été mises en place. Ces batteries d’indicateurs et ces dialogues de performance ont accaparé les cadres publics jusqu’à développer un nouveau « biais bureaucratique » en amenant les organisations publiques et parapubliques à chercher à atteindre des objectifs chiffrés toujours plus détaillés, avant de se préoccuper des besoins réels des usagers, de leur évolution et des nouvelles solutions à développer.

    Arrêtons de couvrir un trop grand nombre des restrictions de moyens budgétaire par le concept de rationalisation !
    Un personnel et un arsenal d’outils bureaucratiques de « contrôle de gestion » se sont développés dans les ministères et les administrations publiques, au détriment des activités et des personnels opérationnels (ceux qui produisent et qui sont en contact avec les usagers et la réalité du terrain).

    Le résultat a été en France un cortège de réformes comme dans l’éducation et dans la santé où l’on a vu la quantité et la qualité des services se dégrader jusqu’à aboutir à des pénuries. Chaque réforme est présentée comme une rationalisation et une modernisation dans l’intérêt des usagers quand le but inavouable et permanent sous-jacent est la fameuse « maîtrise des dépenses » car il ne faut pas que notre taux de prélèvements obligatoires soit trop élevé.

    La crise de notre secteur sanitaire et médical

    > La crise de notre secteur sanitaire et médical est apparue au grand jour avec la crise de la covid19. Le manque de moyens de nos hôpitaux publics est devenu une évidence partagée par tous et qui fait bien sûr douter de la capacité de nos élus à gérer un service public aussi essentiel que la santé.

    Peseshet, Femme médecin, superviseuse des docteures en -2700 en Egypte antique

    Sans évoquer la question invraisemblable de l’absence de stock de sécurité de masques et gel hydro alcoolique, la pénurie de personnel et la surcharge horaire des soignants qui en résulte est hallucinante tant et si bien que la crise du covid se traduit par des dépressions et burn-out, des suicides et par des défections massives vers le secteur privé. La revalorisation qui a finalement eu lieu n’est toujours pas à la hauteur des enjeux, surtout pour le personnel infirmier spécialisé.

    Chacun est concerné par la pénurie de soins quand il s’agit de prendre un rendez-vous chez un chirurgien-dentiste, un ophtalmologue ou un cardiologue.

    De nombreux patients ont subi des reports d’examens et d’interventions du fait de la surcharge de notre système liée au Covid.

    La non-vaccination d’un pourcentage élevé de soignants en Ephad et dans les structures de soin a également été un facteur de doute et de perte de confiance dans notre système de santé.

    De même le risque de pénurie soudaine de médicaments essentiels (MITM, médicaments d’intérêt thérapeutique majeur) à certains traitements médicaux est un autre symptôme du relâchement des politiques publiques. Comme si nos élus oubliaient pourquoi ils sont en poste et se préoccupaient surtout de leur réélection. Ce sont en effet aujourd’hui les groupes pharmaceutiques qui décident de ce qu’ils vont assurer comme approvisionnements en médicaments, en fonction d’un critère de rentabilité. Des dispositifs ont certes été mis en place par la feuille de route 2019-2022 d’Agnès Buzin mais ils concernent principalement les moyens de faire face à court terme aux problèmes de pénuries. Or le problème est structurel et ne peut être réglé sans modifier la logique de fonctionnement du marché du secteur pharmaceutique, en France et en Europe.

    Un effort budgétaire conséquent s’impose donc en matière sanitaire ainsi qu’une politique industrielle d’encadrement du secteur pharmaceutique. Le vieillissement de la population l’appelle.
    Sur le sujet de la dépendance sanitaire voir aussi l’article « Surmonter notre dépendance sanitaire »
    La faiblesse de notre secteur de recherche et développement (R&D)

    La recherche et développement prépare l’avenir industriel, économique et écologique général d’un pays. Les citoyens mieux formés, en ont parfaitement conscience.

    En effet, la R&D a des conséquences essentielles sur le développement économique des pays, en permettant de faire évoluer les appareils productifs et de mettre en œuvre de nouvelles activités génératrices d’emplois et respectueuses de notre environnement.

    La recherche et développement rassemble toutes les activités qui partent des laboratoires de recherche pour aller jusqu’à la mise au point de produits nouveaux. Ses impacts sont très importants sur les entreprises qui vont innover grâce à elle à travers des applications économiques des inventions qui se concrétisent dans des produits ou des procédés de fabrication nouveaux.(5)

    >La faiblesse de notre secteur de recherche et développement est clairement apparue lors de la crise sanitaire lorsque l’on a constaté que nos instituts de recherche médicale n’étaient plus à la hauteur dans la mise au point rapide d’un vaccin. Les économies ne sont pourtant pas de mise lorsqu’il s’agit de préparer l’avenir avec des nouvelles technologies. Un budget européen de la Recherche digne de ce nom rétablirait sans doute un semblant de confiance lorsque l’on apprend les efforts des pouvoirs publics étasuniens et chinois dans ces domaines.

    > Il devient aberrant de former des scientifiques de bon niveau qui vont ensuite s’expatrier aux USA pour bénéficier de conditions de travail et de rémunération meilleures. La DIRD (dépense intérieure en recherche et développement) était de 2,25% en France en 2017, contre 3,02% en Allemagne, 3,28% au japon et 4, 22% en Corée du Sud. La France est à la limite de l’exclusion du top 10, ce qui correspond à un net décrochage depuis les 15 dernières années.

    Il faut dire que les salaires des chercheurs français sont ridiculement bas (comme ceux des enseignants) en comparaison de ceux de leurs collègues de l’OCDE et les chercheurs français ont trois fois moins de moyens que leurs collègues pour développer leurs projets de recherche et leurs équipements sont souvent obsolètes (exemple de la faible dotation en cryo-microscopes électroniques ou en sondes atomiques tomographiques) (6)

    Il ne faut pas attendre les budgets de l’Union européenne pour financer notre effort de recherche ! Ils ne doivent être considérés que comme du bonus.
    Quand la justice ne passe plus vraiment !

    Selon une enquête Harris Interactive réalisée en ligne en mai 2021, 80% des français déclare que la sécurité est un sujet qui les préoccupe et 73% font confiance à la police mais 49% seulement à la justice. Un projet de loi « pour la confiance dans l’institution judiciaire » a été débattu à l’Assemblée nationale et l’est actuellement au Sénat. Ses dispositions sont loin de suffire pour régler les problèmes rencontrés.

    Allégorie de la justice, huile sur toile
    Allégorie de la Justice par Gaetano Gondolfi, Musée du Louvre, Paris

    > L’évolution de la réglementation et la surcharge des tribunaux au sens large

    Des années d’abandon de la justice par les gouvernements successifs ont conduit à une situation calamiteuse qui a pour résultat que les sanctions sont prononcées avec un grand retard et sont peu exécutées, faute de places en établissements pénitentiaires!

    On peut relever dans les évolutions en cours des facteurs aggravants :

    – L’évolution de la réglementation pose plusieurs problèmes :

    1. Les réformes permanentes de la loi génèrent une instabilité de celle-ci qui fait que l’on ne sait plus (hormis les spécialistes) quelles sont les règles qui s’appliquent ! En matière économique cela perturbe souvent le calcul économique des chefs d’entreprise et peut décourager l’activité (On va s’installer ou se développer hors de France pour éviter çà).
    2. Le manque de moyens de l’Agence Française Anticorruption (AFA) est en cours de résolution par….un démantèlement pur et simple de cette agence dont le rôle semble pourtant indispensable !
    3. La protection du secret professionnel des avocats serait étendue aux activités de conseil des avocats ce qui va rendre plus difficile la preuve des infractions fiscales et de blanchiment….

    – La surcharge de nos tribunaux (greffes, parquet, juridictions) engendre des délais tellement importants que les justiciables « n’y croient plus » et qu’ils finissent par penser que nous sommes entrés dans la loi de la jungle et qu’il est réaliste de ne compter que sur soi pour obtenir justice ou réparation.

    D’autant que tout un chacun connaît la saturation de notre système pénitentiaire. Les jugements ne sont souvent pas suivis des effets attendus. De là à descendre dans la rue et à prendre les armes il n’y a qu’un pas. Le mouvement des gilets jaunes s’est aussi nourri de cela : un sentiment d’injustice.

    D’autant que la criminalité en cols blancs se développe à bon train, faute de trouver en face d’elle des services de police spécialisés et des juges spécialistes des infractions financières et économiques (fraude aux prestations sociales, escroqueries à la TVA ou aux prêts immobiliers ou à l’installation de panneaux photovoltaïques, ou à la carte bancaire ou à la transaction en ligne, etc..). Une répression efficace permettrait pourtant de faire rentrer dans les caisses de l’État et de la Sécurité sociale des sommes importantes !

    Pour conclure, il est prioritaire d’augmenter sensiblement le budget de la justice. Cela a été commencé mais il faut poursuivre pendant des années pour rattraper l’énorme retard !
    Qui veut encore enseigner ? (7)

    Il y a souvent moins de candidats que de places aux concours de recrutement des professeurs et tous les postes ne sont pas forcément pourvus lorsque le niveau est trop bas !

    Selon un rapport annuel de l’OCDE publié le 16 septembre 2021, la France rémunère son corps enseignant 15% en dessous de la moyenne de l’ensemble des pays membres et cet écart monte à 20% pour les enseignants expérimentés.

    La pédagogie active
    Extrait de la toile Le maitre d’école de Egbert van Heemskerck 1687

    >Notre éducation nationale tourne aujourd’hui à la farce quand on apprend que l’on avoisine les 90% de réussites au baccalauréat. Chacun est devenu conscient que ce diplôme qui devrait ouvrir la porte de la poursuite d’études ne correspond plus qu’à un rituel social. Le développement du contrôle continu comme modalité d’examen va dans le sens d’une dégradation encore plus grande du niveau des élèves. Le nouveau nom de ce ministère devrait être celui de secteur occupationnel et éducatif tant on lui assigne de nombreuses missions d’éducation civique, sexuelle, anti-discriminatoire, environnementale, etc.. qui n’ont plus grand-chose à voir avec un enseignement de base dans les matières nécessaires à la poursuite d’études et la vie de citoyen averti : Français, Mathématiques, Langues étrangères, Histoire et géographie, Sciences, Economie, Sports…

    Il n’y a que le ministre qui soit satisfait des évolutions en cours et qui s’en félicite régulièrement dans un exercice d’auto-félicitation devant l’assemblée nationale.

    >Désormais chaque élève choisit son menu – à condition que l’établissement d’enseignement le permette tant les budgets sont contraints et les options clairsemées au niveau des départements-. Donc, une réforme « poudre aux yeux » qui génère confusion, hypocrisie et inégalité selon les territoires, tout en réduisant le nombre d’heures d’enseignement ou/et de correction d’examen. Gare à ceux qui ne se préoccupent pas des filières d’enseignement supérieur à choisir dès la fin de seconde.

    >« Le niveau n’est plus le même » constatent depuis des années les enseignants du supérieur qui reçoivent les élèves sortant de terminale. C’est normal, puisque les inspecteurs pédagogiques veillent à ce que le bac ne soit pas trop difficile pour ne pas garder les élèves en les faisant redoubler. Le redoublement est en effet depuis longtemps devenu très exceptionnel car il est coûteux. La logique économique l’emporte désormais sur la logique pédagogique ce qui devrait faire réfléchir… Et le « bac par contrôle continu » va aggraver le problème.

    Les enseignants « traînent » ainsi dans leurs classes des élèves qui n’ont pas le niveau (faute de motivation ou d’avoir eu le temps nécessaire à leurs apprentissages), et qui alourdissent les cours par un comportement inadapté faute de pouvoir suivre. Le niveau d’enseignement en est impacté ainsi que le climat des classes. Mais rien ne doit freiner la mécanique mise en place et dont les nouveaux chefs d’établissements (managers) ont la responsabilité. « Circulez, il n’y a rien à discuter ! » Sinon gare à la notation administrative. On ne sanctionne plus vraiment les élèves indisciplinés (on ne peut plus donner de retenues, ni mettre un élève à la porte de la classe) qui s’en donnent à cœur joie.

    Dans ces conditions la seule solution pour les enseignants serait souvent de ne pas respecter le règlement !

    >La nouvelle réforme est aussi de permettre aux chefs d’établissement (qui sont de moins en moins souvent d’anciens enseignants) de recruter eux mêmes leur « équipe éducative ». Sur quels critères ? On parle désormais de « culture du management » dans le ministère de l’éducation nationale. Un comble ! Car s’il est bien un domaine qu’il ne faut pas confondre avec celui de l’entreprise, c’est celui de l’enseignement et l’éducation des jeunes. Bientôt peut-être, la notation des enseignants par les élèves sera mise en place et la farce démagogique sera maximale.

    Le manque de candidats aux concours de recrutement des enseignants du second degré et du technique est la preuve criante que l’exercice du métier d’enseignant a perdu une grande partie de son sens et aussi que le niveau des rémunérations est très insuffisant. Il a décliné de façon régulière depuis trente ans en niveau de pouvoir d’achat. On parle de « prolétarisation des enseignants ».

    Pour faire face au problème, le « ministre autosatisfait » a surtout créé un observatoire de l’évolution du pouvoir d’achat des enseignants alors que chacun peut mesurer la dégringolade de ce pouvoir d’achat. Selon le SNES (syndicat national des enseignants du second degré, la profession subit depuis 2010 un gel du point d’indice et une augmentation de la retenue pour pension qui a généré de 2000 à 2015 une perte équivalente à 2 mois de salaire par an. De sorte que le salaire net mensuel moyen d’un professeur est inférieur de 32,7% à celui d’un cadre du secteur privé !

    Pour terminer sur ce sujet, on pourrait souffler aux ministres et inspecteurs de toutes disciplines et de tout poil « Vive la sélection ! » notamment à l’entrée dans les classes. Et chacun y trouvera sa place de façon réaliste. De même, « Vive l’apprentissage » et vive les différentes formules d’alternance (Mais cela est plus consensuel car beaucoup moins coûteux) et aussi « vive les  classes de transition » pour corriger les erreurs d’orientation éventuelles. Payer décemment les enseignants n’a rien d’irresponsable si on veut recruter, et a fortiori recruter des personnels de qualité ! Le respect du corps enseignant passe par une rémunération à hauteur de ce qui est alloué au même niveau de formation dans le reste de l’économie, à niveau de formation équivalent

    La connectique peut nous diminuer en nous divisant

    > Connectés de force, certains citoyens sont « largués »

    L’illectronisme n’est pas une fable et concernerait 16,5% des français. Il a été dans certains cas « révélé » par les confinements et la « mise en ligne » de nombreuses informations et formalités administratives. Ce sont surtout les personnes âgées et les personnes les moins formées.

    > La dématérialisation des services administratifs génère un sentiment d’exclusion chez certains

    Ainsi certains citoyens se sentent injustement marginalisés. Selon un rapport récent du Conseil d’orientation de l’édition publique et de l’information administrative (Coepia) au moins 20% de la population française se heurte à des difficultés « structurelles » face à la dématérialisation des services publics. (8)

    La dématérialisation ne doit jamais être totale et doit toujours laisser la possibilité d’un contact direct « au guichet ». Cela est vrai également dans les entreprises de service privées comme les banques ou les services de transport.
    >Nous sommes victimes des réseaux « web-sociaux» comme les autres pays connectés.

    Les réseaux web-sociaux se nourrissent souvent de racontars, bruits de couloir, rumeurs dont certaines plates-formes se sont fait une spécialité. Des trolls (dont certains sont téléguidés par nos amis russes et chinois) alimentent ces réseaux en fausses nouvelles qui se trouvent ainsi amplifiées et viennent déformer la réalité qui n’est parfois perçue qu’à travers ces réseaux, faute d’avoir su former des citoyens avertis et critiques dans notre système éducatif. Ce que l’on désigne souvent par «réseaux sociaux» sont des plates-formes « web-relationelles » qui enferment les adolescents dans des comportements aberrants en leur faisant subir une pression par l’image qui conduit à développer la vanité et la mythomanie. Les futurs citoyens se développent ainsi sans intégrer les dimensions essentielles à la vie en société : réflexion autonome, sens de l’effort, responsabilités liée à la citoyenneté, capacité d’expression directe en face à face, capacité d’initiative etc..

    On l’a vu notamment avec le mouvement antivax qui est en soi une aberration dans la mesure où chacun sait que notre population ne vit à l’abri de nombreuses maladies épidémiques que grâce aux vaccins (poliomyélite, tuberculose, variole, coqueluche, etc..).

    La diffusion de ces « fake news » entretient un climat de méfiance généralisée.

    Les obligations de surveillance des contenus par les différents plate-formes doivent être renforcées et la réglementation pénale concernant internet doit être appliquée.

    En conclusion : La confiance est un paramètre indispensable qui se mérite….

    Dans une entreprise, la nécessaire coopération entre les acteurs est largement facilitée par la confiance mutuelle et la confiance dans la direction. Plus la production est complexe et plus l’ajustement mutuel reposant sur la coopération joue un grand rôle. (9)

    Au niveau d’un pays comme la France, les relations de citoyenneté peuvent jouer un rôle facilitateur important de la vie sociale et économique. La confiance dans les institutions est un préalable indispensable à la vie démocratique comme à la vie économique et au respect de l’environnement et des équilibres écologiques.

    Un pays et ses entreprises peuvent donc redouter la montée de la défiance et il est urgent de remédier aux problèmes posés plus haut, tant au niveau national qu’au niveau européen.

    Quant à ceux qui se scandalisent de l’importance de notre taux de prélèvements obligatoires (44,5%) en 2020, il faut simplement leur rappeler que la moitié de ce taux est constitué des cotisations sociales qui sont en fait redistribuées (24,5%) sous forme de prestations, concrétisant sur le plan pécuniaire notre devise nationale de « Liberté, égalité et fraternité ».(10)

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    Notes:

    (1) On pourrait retrouver le même phénomène dans d’autres pays européens, ce qui donne également à réfléchir.

    (2) Le général De Gaulle disait « Il ne faut pas prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvages »

    (3) Celui-ci l’a emporté avec 55% de votes « non » et 70% de votants.

    (4) Ces évolutions sont contenues dans la fameuse loi LOLF qui a prétendu faire passer la gestion des administrations d’une logique de moyens à une logique de résultats

    (5) Concernant l’innovation et la recherche et développement, voir « Les variables d’action stratégique » in chapitre 9 La démarche stratégique p 185 à 192. de l’aide-mémoire Management et économie des entreprises, Ed. SIREY – 2018

    (6) Recherche : les raisons du déclin français, David Larousserie, in Le Monde, 29 septembre 2021

    (7) Voir aussi l’article sur le rôle des enseignants dans ce blog La caricature contre l’obscurantisme, un outil pour éduquer.

    (8) « Trente recommandations pour n’oublier personne dans la transformation numérique des services publics », Conseil d’Orientation de l’Édition publique et de l’Information administrative, janvier 2018

    (9) Voir le chapitre 13, Les théories des organisations dans Management et économie des entreprises , G. Bressy et C. Konkuyt Aide mémoire SIREY, 2018

    (10) INSEE, Comptes de la Nation, https://www.insee.fr/fr/statistiques /5412401?sommaire=5354786

    Les mirages de la grande dimension

    Parfois lorsque l’on a affaire à une entreprise, on a l’impression de s’adresser à un service de la sécurité sociale ou de l’administration préfectorale, ou aux services d’un rectorat, un vrai dédale administratif  de style kafkaïen.  On se pensait un client-roi et on se retrouve mouton qu’on a tondu ou pigeon qu’on va plumer ou pire, un numéro que l’on va ignorer, égarer de courrier en courrier ou perdre d’un accueil téléphonique à l’autre.

    Est-ce le résultat de la nouvelle approche de Vineet Nayar (1), célèbre homme d’affaires indien, qui privilégie les employés aux clients ?  Non, c’est simplement le résultat d’un dysfonctionnement catastrophique : on est alors en plein délire bureaucratique, une maladie des grandes organisations, souvent étatiques mais pas seulement. Car les grandes entreprises tombent souvent, elles aussi, dans ce travers.

    Le  travers bureaucratique

    Le grand sociologue Max Weber (2) préconisait que les organisations s’appuient sur une « légitimité rationnelle légale » qu’il qualifiait également de « bureaucratie » pour organiser leurs activités de façon rationnelle, selon un ensemble de règles pré-établies.  Il considérait que se référer à un tel règlement permettait de garantir la rationalité des décisions. On peut faire aujourd’hui le parallèle avec les logiciels d’aide à la décision.  Mais des sociologues comme Robert K. Merton (3), puis Michel Crozier (4) nous ont montré à partir de leurs observations en entreprise que les grandes organisations pouvaient subir un « biais bureaucratique » ou un « cercle vicieux bureaucratique », c’est-à-dire un fonctionnement consistant concrètement à surtout suivre « le règlement » de façon routinière plutôt qu’à chercher à satisfaire les clients !

    Ce biais bureaucratique  naît progressivement, insidieusement, lorsqu’une entreprise grandit et a besoin de trouver de nouvelles façons d’organiser les activités et de coordonner les employés du fait que l’ajustement mutuel et les moyens de communication interne ne suffisent plus. 

    Un encadrement opérationnel et des services fonctionnels de contrôle de gestion et de planification des activités se développent alors, multipliant parfois les règles, les objectifs, les procédures, les questionnaires, les comptes-rendus, les documents budgétaires, asphyxiant progressivement les opérationnels qui n’en peuvent mais et qui en oublient leur mission première et leurs clients ou bénéficiaires. 

    Le diagnostic n’est pas si facile à réaliser car les services fonctionnels développent une communication efficace sur le  travail, les résultats, comme si c’était eux qui produisaient, alors qu’ils ne font que recueillir et retranscrire et mettre en forme le travail des opérationnels. Au bout du compte c’est lorsque les opérationnels s’effondrent sous le poids cumulé de leurs opérations et des activités croissantes de reporting que l’on se rend compte que le mal est fait et qu’il est souvent trop tard. Trop tard, parce que de plus en plus de clients vont voir ailleurs et que les opérationnels les plus performants et autonomes sont partis !

    Le revers des économies d’échelle

    Tout dirigeant rêve de réaliser des économies d’échelle en augmentant le volume d’activité afin de répartir des coûts fixes sur de plus grandes quantités produites. Plus les coûts fixes sont élevés et plus cette recette miracle va jouer !

    Le coût unitaire global (fixe + variable) diminue comme par enchantement, améliorant la compétitivité (par la baisse de prix qu’il autorise) ou la rentabilité (par augmentation de la marge). Fabuleux !

    En plus, à plus long terme le développement de la quantité produite et vendue va permettre d’accéder à de nouveaux procédés et technologies jusque là inaccessibles en raison de leur coût total trop élevé.

    Ce n’est pas pour rien que la concentration industrielle est la plus forte dans le pétrole, la sidérurgie ou l’automobile et l’aéronautique. Le besoin en investissements en capital technique y est considérable et c’est ce capital technique qui explique la plus grande partie de la valeur ajoutée de ces entreprises géantes.

    Dans tous les secteurs on retrouve ce phénomène d’économies d’échelle mais on rencontre également un phénomène inverse, celui des déséconomies d’échelle qui vient parfois tout gâcher.

    A quoi sert de grandir si c’est pour subir le biais bureaucratique signalé plus haut avec une augmentation des fameux « frais généraux » ?  A quoi sert de voir s’accroître son pouvoir de négociation du fait de sa taille,  si on perd le contact avec la clientèle et avec les évolutions technologiques ?   Si on a pris l’habitude de faire reposer sa rentabilité sur une rente de situation en pressurant les fournisseurs et sous-traitants ? Si on a installé une rigidité de fonctionnement telle que l’on est toujours en retard sur les évolutions du secteur et de l’économie en général ?

    En Allemagne, il y a beaucoup d’entreprises de taille intermédiaire (ETI) qui ont une dimension suffisante pour réaliser des économies d’échelle sans trop subir les désagréments d’une trop grande dimension. En France, nous en manquons ce qui affaiblit nos secteurs industriels.  C’est sur cette dimension intermédiaire qu’il faudrait axer nos efforts de développement économique, planifié de façon souple et incitative par les pouvoirs publics.

    Dans le secteur administratif aussi

    La Sécurité sociale, Pôle Emploi   sont des exemples de grandes organisations bureaucratiques qui ont des états majors nationaux et régionaux conséquents capables de fournir des informations sur tout ce qu’il s’y passe ou qu’il devrait s’y passer ; de formuler des plans d’action et de réforme à tire larigot et de le faire savoir à qui de droit et à tous les partenaires publics, associatifs et mutualistes..

    On se retrouve ainsi avec des structures aux services centraux pesants sur les services opérationnels de façon permanente,  comme pour détourner les efforts de ces derniers de leur mission première : le service du public et des utilisateurs de leurs services.

    Ces mastodontes ont leur propre logique de croissance et prétendent souvent que grâce à elle, ils amélioreront leur efficacité grâce à une standardisation et des économies d’échelle. Or dans ces domaines d’activité essentiellement de service, les économies d’échelle sont modestes, sauf à vouloir standardiser à outrance une prestation qui perd alors de sa pertinence et de sa qualité.

    Ainsi le régime général a-t-il des prétentions d’intégration des différents régimes spéciaux de protection sociale, sous prétexte de simplification, de rationalisation et de guichet unique ! Il en va de même pour Pôle Emploi vis-à-vis des Missions locales et du réseau Cap emploi.

    Le risque est alors d’intégrer des structures agiles et efficaces (comme les associations labellisées Cap emploi) fonctionnant sur une logique de communication interne, de responsabilisation personnelle  et d’ajustement mutuel,  dans des grands ensembles bureaucratiques où elles vont se perdre et se diluer pour tomber à plus ou moins brève échéance dans les travers d’un contrôle de gestion chronophage et omniprésent. Cela déboucherait inévitablement sur le fameux biais bureaucratique évoqué plus haut : on cherche alors à suivre le règlement et à atteindre les objectifs fixés par le plan d’action au lieu de se vouer à la satisfaction des bénéficiaires. Un vrai gâchis.

    Comment surmonter ces problèmes

    Les grandes entreprises cherchent bien sûr à surmonter ces problèmes en décentralisant leur organisation et en responsabilisant les animateurs des unités opérationnelles sur la réalisation d’objectifs globaux de rentabilité et/ou de croissance.

    Antoine Riboud, Fondateur du groupe Danone affirmait volontiers qu’il  concevait l’organisation de sa grande entreprise comme une fédération de PME.

    Pour en savoir plus sur cette question, voir l’Aide mémoire Management et économie des entreprises,  chapitre 6 : Entreprendre et diriger. 12ième edition, SIREY, 2018

    (1) Vineet NAYAR , Les employés d’abord, les clients ensuite, Diateino Eds, 2019

    (2) Max Weber , « Economie et société » T1. Ed. Pocket

    (3)Robert K. Merton, Eléments de théorie et de méthode sociologique, Ed. Armand Colin, 1997

    (4) Michel Crozier, Le phénomène bureaucratique, Ed. Le Seuil, 1963

    La caricature contre l’obscurantisme. Un outil pour éduquer ?

    Samuel Paty professeur martyr d’Histoire et Géographie, assassiné par un lâche fanatique, qui n’avait rien compris de sa propre religion.

    Comment affronter les différentes formes de « peste idéologique » qu’elle soit d’inspiration religieuse, sectaire  ou politique, au sein de l’institution scolaire ?

    L’école dernier champ de bataille ? 

    > Les professeurs seraient-ils le dernier maillon ?
    Caricature du roi Philippe Le Bel – BNF

    Après avoir tant dénigré l’école et dévalorisé les professeurs jusque dans le langage (les « profs » /vous êtes prof ? / prof de quoi ? / il faut demander aux profs de…), on se rend aujourd’hui compte que  les professeurs  (pourtant souvent moins bien rémunérés que les administratifs des inspections académiques et des rectorats), sont le dernier maillon de la chaîne de défense de la laïcité et  de « l’esprit des lumières ».

    Le « prof-bashing » des médias a fait beaucoup pour discréditer l’effort des enseignants  mais il n’est  que l’un des éléments qui ont dévalorisé la place des enseignants dans notre société. La perte importante du pouvoir d’achat  des enseignants depuis une trentaine d’années y est pour beaucoup, étant entendu que c’est « un métier de vocation » (un peu comme celui de soignant ou d’agriculteur)  et de plus en plus féminin et que l’on peut donc sous payer facilement. 

    Il y a aussi la manie des réformes que chaque nouveau ministre, sans bien connaître son sujet et s’en remettant à de hauts fonctionnaires « hors sol »,  veut imposer au « mamouth » de l’institution éducative (Exemple du ministre Blanquer après tant d’autres). D’une réforme à l’autre les conditions se dégradent en terme de confort pédagogique et de nombre d’heures d’enseignement, dans l’indifférence générale (On n’aime pas trop l’indépendance d’esprit des enseignants ni leurs vacances).

    Résultat : de moins en moins de candidat(e)s pour exercer cette profession devenue difficile et dépréciée. Pourtant si ce maillon cassait lui aussi…

    > Les agressions et revendications des parents

    Les parents d’élève doivent signer en début d’année scolaire la charte de la laïcité.

    Les contestations de l’enseignement par des élèves ou des parents se sont multipliées depuis que de joyeux démagogues bien pensants et gouvernants ont décidé de « faire enter les parents dans l’école ».

    La revendication des menus halal, du droit de porter un voile à l’école ou dans l’accompagnement des sorties scolaires par les parents. Autant de petits combats qui, pied à pied, tentent de faire entrer une religion dans l’école de la République.

    On a pu relever ici et là l’autocensure de certains enseignants qui ne supportent plus la moindre critique à l’égard de l’islamisme radical, par peur réflexe de se retrouver confrontés à l’hostilité des élèves et des parents d’élèves vindicatifs qui pensent gagner le salut de leur âme dans ce combat. Cette auto-censure est déjà un recul des libertés publiques, même si elle reste minoritaire aujourd’hui.

    > Les enseignements des institutions « hors contrat »

    Ces établissements sont quant à eux hors contrôle de l’Éducation nationale. Parfois subventionnées par des pays étrangers, ils peuvent être dans certains cas le cheval de Troie du salafisme. Il convient donc de renforcer les contrôles des établissements d’enseignement « hors contrat » et de les fermer le cas échéant !

    La liberté d’expression

    > Point n’est besoin de caricaturer
    L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Caricature-anticléricale-19ième-siècle_cr.jpg.

    Point n’est besoin de caricaturer le dieu de certains pour défendre la liberté d’exprimer ses idées. Point n’est besoin de provoquer la colère des uns  ou de susciter la peine des autres. C’est vrai.

    Point n’est besoin de manquer de respect à l’égard des croyances des uns ou des autres. C’est encore vrai. Souvent, ce n’est pas indispensable. Et l’on peut se rendre désagréable et  offensant  si on le fait quand même. Cela peut même devenir contre-productif en générant une réaction de rejet et d’hostilité.

    Mais certains peuvent penser que c’est nécessaire et que de la provocation peut naitre la prise de conscience, en suivant la démarche d’ailleurs prônée par un grand nombre d’artistes.

    Et en aucun cas cela ne peut justifier, dans notre République, un déclenchement de haine qui conduise à l’agression y compris verbale, en face à face ou à travers des réseaux web-sociaux.

    Dans  un grand nombre de cas la caricature est  d’abord un moyen efficace pour résumer de façon humoristique une critique sévère. Elle est une arme de contestation « tout terrain » qui peut s’étaler sur un mur sous tout régime dictatorial qui voudrait museler les critiques.

    > Chacun a pourtant le droit de blasphémer ou de caricaturer

    Chaque citoyen doit lutter contre la lèpre de l’obscurantisme et de l’intégrisme religieux qui veut tout englober et refuse à autrui le droit d’interpréter le monde autrement que lui, le droit de ne pas croire en un dieu, le droit de  blasphémer, le droit de caricaturer, entre autre, dieu et les croyants de tout poil.

    C’est à chacun d’utiliser ce droit à bon escient. Cela doit permettre à tous de choisir librement ses croyances ou sa non-croyance. Lutter contre l’obscurantisme ne consiste pas pour autant à s’opposer à toute religion. Mais au fanatisme religieux, oui ! Tolérer les croyances d’autrui n’englobe pas le fanatisme.

    L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est L-abbé-Bnf.jpg.
    Caricature anticléricale

    La laïcité menacée ?

    La laïcité est un fondement de notre république et de notre culture française et même européenne. Elle repose sur trois principes complémentaires : liberté de conscience, séparation de la religion et des institutions publiques, égalité des droits.

    La République a fait émerger la laïcité pour échapper à  toute dictature morale imposée par la religion. Ce n’est pas l’islamisme qui va remettre en cause aujourd’hui cette valeur fondamentale de la laïcité. Chacun a le devoir de s’opposer aux pulsions séparatistes et communautaristes.

    La liberté de conscience, d’idées et de croyance permet à chacun d’exprimer librement ses convictions, sous réserve de ne pas remettre en question l’ordre public. La liberté d’expression, qui est la fille de la liberté de conscience est à la base de nos libertés publiques. Or l’extrémisme religieux  cherche en permanence à remettre en cause notre ordre public républicain  en souhaitant imposer un ordre religieux. L’histoire de France nous l’a montré avec les errements du catholicisme et les massacres qui les ont accompagnés.

    La séparation des institutions publiques d’une part et des organisations religieuses d’autre part se trouve elle aussi mise à mal lorsque des écoles « hors contrat » financées souvent par d’autres pays (Comme la Turquie ou le Quatar) se substituent à l’éducation nationale  et prétendent dispenser des horaires élevés d’enseignement religieux à la place des matières des programmes officiels. Elle est également mise à mal lorsque les  religieux prétendent contester  la décision d’un ministre ou d’un préfet (concernant le port du voile par exemple)

    L’égalité de tous devant la loi quel que soit ses convictions et croyances est une égalité de droits et de devoirs.  Ces droits et ces devoirs sont devenus pourtant l’objet d’un combat quotidien dans certains établissements scolaires. Certains élèves ou parents prétendant sous des prétextes divers imposer leurs propres valeurs à tous les autres : hauteur de la jupe des filles, voile, non mixité des cours de gymnastique, viande halal à la cantine, etc..

    Comment faire face ?

    Il a fallu l’horreur et la sidération après la décapitation du professeur d’histoire et géographie Samuel Paty, pour qu’une fois de plus la nation française se réveille de sa torpeur.

    Comment faire face au comportement de fermeture et d’opposition groupale aux libertés républicaines ?

    > Ne pas stigmatiser une religion

    Il est hors de question de stigmatiser les musulmans de France. Cela ne doit pas être trop difficile dans la mesure où nous avons vécu il y a quelques années l’obscurantisme des catholiques intégristes, souvent orientés politiquement à l’extrême droite, sans pour autant condamner tous les catholiques du pays.

    Mais sous prétexte de na pas stigmatiser les uns ou les autres, il ne faut pas baisser les bras devant les dérives sectaires qui se développent dans notre société. D’ailleurs, le salafisme n’est pas seul en cause. De nombreux illuminés prétendent ici et là imposer leur dogme à des disciples.

    Il est regrettable que la mission interministérielle Miniludes (mission interministérielle de lutte contre les dérives sectaires) ait été supprimée sous prétexte de simplifier le dispositif et de le recentrer sur la lutte contre la radicalisation. On déshabille Pierre pour habiller Omar.

    Populariser la laïcité comme clé de notre « vivre ensemble » et de notre citoyenneté

    Il ne faut pourtant jamais oublier que comme le disait Pierre Bourdieu : « Il n’y a pas de force intrinsèque de l’idée vraie »  

    Il faut donc convaincre par une mise en scène de cette idée de laïcité afin qu’elle soit reçue à travers l’émotion qu’elle véhicule ou qui l’accompagne.

    Il est important de convaincre que la laïcité n’est pas là pour faire la guerre aux religions mais pour permettre à chacun de choisir de croire ou non dans la religion de son choix ou de ne pas croire. Une telle idée doit être popularisée par tous les moyens culturels accessibles, à travers des émissions de radio et Tv et des articles de presse mais il faut surtout s’adresser aux jeunes  en utilisant  Snapshat, Tik tok, Pinterest et Instagram,

    BD, caricatures, vidéos, chansons, films, séries, tous les moyens sont bons pour que les professeurs de l’Education nationale se sentent moins seuls dans leur démarche de lutte contre l’obscurantisme.  

    La laïcité doit reprendre sa place de valeur partagée en retrouvant son « pouvoir d’affecter » de « passionner ensemble » les élèves et les jeunes en général.

    > Responsabiliser les familles

    La tragédie de Samuel Paty a montré comment la pression familiale et même communautaire peut être forte sur les individus et les institutitons.

    Un délit de pression communautaire ou familiale exercée sur un représentant d’un service public doit être réprimé par notre code pénal.

    Sur le schéma de la loi Ciotti relative à l’absentéisme scolaire (abrogée en 2013 par le gouvernement Hollande), la sanction financière consistant en une suspension des allocations familiales,  pourrait concerner, non seulement l’absentéisme scolaire mais également les manquements disciplinaires ou  les pressions familiales exercées à l’encontre de représentants d’un service public ou d’une institution publique ainsi que le coût des dégradations matérielles commises par un élève (ou un parent) dans le cadre scolaire. Afin de rétablir l’égalité devant la loi, une sanction pécuniaire identique serait infligeable dans le cas d’un enfant unique, sous la forme cette fois d’une amende administrative.

    En cas de récidive, une poursuite devant le tribunal correctionnel pourrait aboutir à une reconduite à la frontière dans le cas d’une famille étrangère et à une mise en centre éducatif fermé pour les jeunes français  ayant commis un délit à l’encontre de l’institution scolaire ou de l’un de ses agents.

    > Donner des moyens et de la crédibilité à une instance de régulation

    Le Conseil Français du Culte Musulman est né en avril 2003 sous l’impulsion de l’Etat français. Il est aujourd’hui critiqué pour accorder une place trop grande aux courants fondamentalistes, ne pas être véritablement représentatif de l’ensemble des musulmans français, et surtout, pour contredire par l’intervention active de l’État dans sa mise en place, le principe même de laïcité.

    Cette dernière critique est dénuée de toute pertinence par le fait que créer un organe de régulation n’est pas synonyme de s’immiscer dans les pratiques et le culte religieux mais constitue au contraire un effort pour donner à la première religion de France par le nombre de ses pratiquants  une représentation nationale équivalente à celle qui existe spontanément dans les autres religions d’importance sur le territoire national.

    Cette institution est aujourd’hui assez installée pour pouvoir prétendre à l’exclusivité de la formation des imams afin d’éviter de voir arriver sur le territoire des religieux qui importe un culte et des valeurs venus d’ailleurs et souvent hostiles à notre culture laïque.

    Il convient donc de légiférer en ce sens et de soutenir cette reconquête de la formation des imams.

    > Censurer les manifestations de l’extrémisme religieux

    Comme nous l’a montré Simone de Beauvoir, « Une liberté qui ne s’emploie qu’à nier la liberté doit être elle-même niée »

    Il convient clairement de fermer et interdire les lieux de culte, partis, associations  hostiles aux valeurs républicaines et aux libertés publiques de nos citoyens et de nos habitants.

    Il convient également de traquer sur les réseaux sociaux les divers modes d’expression et de popularisation de l’extrémisme religieux, qu’il apparaisse explicitement ou à travers des thèses complotistes ou à travers une posture d’accueil des personnes psychologiquement fragiles dans une stratégie souvent reconnue dans les pratiques sectaires.

    > Agir avec détermination dans les collèges et lycées
    • En mettant en place des équipes mobiles d’intervenants de la laïcité qui ont pour but de présenter la laïcité, son histoire et ses différentes facettes dans les classes, sur décision rectorale ou académique ou/et à la demande des enseignants ou des chefs d’établissement.

    Cette intervention extérieure facilitera le travail des enseignants eux-mêmes qui pourront ensuite approfondir ou élargir la discussion suscitée par le passage d’un intervenant de la laïcité.

    Cette intervention permettra également de révéler des réactions d’hostilité à la laïcité ou à la démocratie française qui peuvent le cas échéant faire l’objet d’un signalement.

    • En mettant en place dans chaque établissement une équipe vouée à traiter les problèmes éventuels de radicalisation. Afin que les enseignants qui peuvent être amenés à subir ses conséquences ne soient plus seuls pour y faire face.
    • En désignant au niveau du commissariat de la Police nationale le plus proche un correspondant « Radicalisation » de chaque établissement du second degré,  avec lequel des échanges d’informations réciproques pourront se faire.

    Caricature anglaise de Napoléon, tyran à l’appétit insatiable !

    Les difficultés du management de « l’après confinement »

    Le contre-coup du déconfinement.

    Chacun veut croire que tout va reprendre comme avant.  Un retour à la normale. Une sortie d’hibernation. Mais il n’en est rien et chacun peut s’en rendre compte rapidement. Avec le déconfinement survient donc une frustration.

    Il faut prendre conscience que le confinement s’est traduit

    • par un enfermement  et un isolement des personnes qui sur la durée ont un impact psychologique qui peut être important. Selon certains spécialistes (1) « l’impact psychologique négatif perdure plusieurs mois après la fin de l’enfermement subi. » Cet « isolement » a pu être contrebalancé partiellement par un effort de communication des managers par téléphone ou par visio, mais cela ne peut suffire à effacer le choc subi.
    • par un affaiblissement de l’entreprise elle-même dans un grand nombre de cas. Celui-ci est de nature à générer de l’inquiétude voire de l’angoisse quant à l’avenir de celle-ci et de ses emplois. Très souvent une réorganisation des procès et une évolution de l’activité elle-même sont à prévoir, toujours source d’une certaine inquiétude. Dans certains cas, des suppressions d’emploi seront même nécessaires.  Toutes ces interrogations diffuses doivent recevoir des réponses claires, faute de quoi elles deviendront sources de rumeurs et génératrices de mal être et de baisse de l’efficacité générale de l’entreprise.

    Pendant le confinement, les équipes ont maintenu tant bien que mal l’activité au prix d’efforts d’adaptation et de persévérance en adoptant de nouvelles pratiques de travail à distance et de communication en ligne. Le travail sur le lieu de vie de chaque salarié est pour nombre d’entre eux un apprentissage et les réunions à distance exigent une forte concentration pour compenser le manque de perception sensorielle. Ces efforts ne sont pas toujours mesurés ni récompensés à leur juste valeur lors du déconfinement car l’entreprise est elle-même affaiblie. Une reconnaissance de ces efforts doit être au moins explicitée.

    Dans l’après-confinement, de nouveaux efforts  sont nécessaires.

    Télétravail et chômage partiel peuvent être maintenus dans certains cas. Très souvent, pour que l’entreprise rebondisse, il faut travailler autrement, s’adapter, se former souvent sur le tas, sans prendre le temps de souffler.

    De plus, chacun doit s’adapter à un nouveau rapport physique vis-à-vis d’autrui.  Un éloignement lié à l’absence de contact physique et à la distanciation, renforcé par le port du masque dans les espaces partagés, génère une nouvelle frustration. Les êtres sociaux que nous sommes ne peuvent plus se retrouver et échanger librement à travers des gestes amicaux ou affectueux s’accompagnant de contacts (poignées de main, bises).

    Le maintien d’un sentiment d’appartenance à l’équipe et à l’entreprise doit être assuré par de nouveaux moyens lorsque le travail à distance est maintenu. Les réunions d’équipe plus nombreuses, même si elles ne sont pas très longues, même si elles ont parfois  lieu à distance, peuvent au moins « maintenir le fil ». Ces réunions doivent être l’occasion de donner la parole à chacun afin qu’il se libère des tensions liées aux problèmes rencontrés, en les formulant devant tous. De ces échanges peuvent émerger également de nouvelles façons de travailler, des simplifications, des idées pour faire évoluer le produit ou le service du client….

    Du coté des managers…

    Les managers peuvent être mis à rude épreuve car les équipes peuvent se retourner contre eux en les rendant responsables des difficultés rencontrées, leur reprochant à l’occasion un manque d’anticipation. Les managers pourraient ainsi se  voir transformés en bouc-émissaires alors qu’ils rencontrent les mêmes difficultés. Les réunions d’équipe doivent donc également permettre au management  d’informer sur la situation économique et financière de l’entreprise  et d’annoncer de façon précise les réorganisations qui en découlent.

    Les managers doivent aussi faire preuve de pragmatisme afin de maintenir l’activité  en préservant le lien avec la clientèle : nouveau service (comme les repas à emporter pour un restaurant)  ou nouvelle forme de commercialisation (comme la vente directe sur internet) ou nouvelle activité (reconditionnement et réparation pour compléter la vente de produits neufs), ou report de livraison (dans l’aéronautique par exemple), etc. L’essentiel est de pouvoir s’adapter aux besoins de la clientèle et à son changement de comportement éventuel.

    Le recours au chômage partiel est une solution en cas d’insuffisance de l’activité. Elle se fait après une demande d’autorisation en ligne à la Direccte accompagnée d’un avis du CSE de l’entreprise.

    Les managers peuvent également remplacer à chaque fois que cela est possible le chômage partiel par du temps de formation pour développer l’adaptabilité et l’employabilité du personnel. Chacun est gagnant à acquérir des compétences nouvelles qui vont améliorer sa polyvalence.

    Enfin lorsque le niveau d’activité se réduit trop brutalement, la réduction d’effectif  doit être expliquée et survenir de façon transparente. Elle doit autant que possible faire appel au volontariat et suivre une démarche d’outplacement.

    On voit ici que le management de l’entreprise ne s’improvise pas   et que l’on retrouve ici plusieurs des attitudes préconisées par M-P. FOLLET (2) dès le début du 20ième siècle pour le dirigeant d’une entreprise.

    N’écoutons plus le chant rituel des économistes conventionnels !

    Quoi de plus triste que de constater qu’en ces temps de déconfinement d’une grave crise sanitaire qui a mis en évidence la faiblesse structurelle de nos économies européennes, nos économistes s’empressent de retrouver leur discours traditionnel. Comme si la page était tournée, comme si l’on pouvait oublier, comme si l’économie du monde pouvait retrouver son … Continuer la lecture de « N’écoutons plus le chant rituel des économistes conventionnels ! »

    Quoi de plus triste que de constater qu’en ces temps de déconfinement d’une grave crise sanitaire qui a mis en évidence la faiblesse structurelle de nos économies européennes, nos économistes s’empressent de retrouver leur discours traditionnel. Comme si la page était tournée, comme si l’on pouvait oublier, comme si l’économie du monde pouvait retrouver son prétendu « cours normal ».

    Le chant du « Surtout ne changeons rien ! L’après doit revenir à ce qui existait avant ».

    La productivité, les économies d’échelle, la concurrence, comprenez-vous !  Les entreprises ne peuvent pas y échapper ! Et tel professeur d’économie qui nous assène son cours d’économie internationale qu’elle a rabâché à ses étudiants depuis des années… La spécialisation internationale qui améliore l’efficacité économique au bénéfice de tous. Quelle déception de constater que nos économistes s’empressent de retourner à leurs refrains néo-libéraux sans chercher à réfléchir pour inventer de nouvelles solutions, de nouvelles voies, de nouvelles stratégies.

    Ces formules nouvelles qu’il faut trouver pour que nos entreprises se développent de façon rentable tout en permettant à nos économies régionales, nationales et européenne de retrouver une certaine indépendance dans des domaines aussi cruciaux que l’alimentation, la pharmacie, l’énergie, l’informatique, l’armement  et j’en passe.. On veut nous expliquer que la segmentation internationale des chaines de production est devenue incontournable et qu’il ne faut pas rêver de revenir vers plus d’autonomie. On veut aussi mettre en avant le comportement des consommateurs que nous sommes qui n’acceptent pas de payer le prix d’une sécurité ou le prix du respect de l’environnement ou même du respect des principes de droit du travail de l’OIT.  Les vilains consommateurs que nous sommes entreraient ainsi en contradiction avec les salariés que nous pouvons être, soudainement privés d’emploi. Tout cela est présenté comme inévitable…..finalement.

    Tous les économistes ne raisonnent heureusement pas de cette façon !

    Ces économistes conventionnels ignorent tout simplement les coûts environnementaux et sociaux de la production, la question de sécurité des approvisionnements, l’aménagement des territoires. Tout cela est superbement  considéré comme hors de propos. Ils aiment particulièrement raisonner « toutes choses égales par ailleurs ».

    Il ne s’agit pas pour autant de prôner une planification impérative comme le font certains.  Ainsi, selon Henri Sterdyniak (1), membre du collectif des Economistes atterrés et chercheur affilié à l’OFCE, la planification écologique et sociale doit remplacer le libéralisme. Il met en garde contre une « exacerbation libérale » qui prendrait appui sur la crise sanitaire et propose de  poser  un certain nombre de règles écologiques qu’il faudrait imposer aux entreprises. Il suggère d’aller jusqu’à un contrôle de la production  sous la forme d’autorisations de mise sur le marché.  Il propose même une forme de planification impérative. De telles contraintes semblent incompatibles avec une régulation souple et efficace des activités. Ce serait là tomber de Charybde en Scylla.

    Raisonner au niveau du territoire de l’Union Européenne est quand même une base minimale si l’on veut  réfléchir aujourd’hui de façon à la fois responsable et réaliste, en tenant compte des interdépendances industrielles qui se sont constituées en Europe.  

    Réexaminer des outils comme la taxation des produits importés qui ne sont pas respectueux de nos normes européennes environnementales ou du droit du travail, ou de la propriété industrielle.

    Promouvoir les produits dont la valeur ajoutée a été majoritairement composée en Europe par des labels dont la publicité est prise en charge par les pouvoirs publics et par des avantages fiscaux qui se justifient aussi par le développement de l’emploi qui en découle.

    Encourager  les secteurs stratégiques sur la base des innovations induites et du développement à venir,  mais aussi sur la base de la souveraineté sanitaire et alimentaire ou aussi de défense des territoires et des équilibres écologiques de l’UE, car si l’on parle de globalisation il faut prendre en compte la globalité des problèmes.

    Planifier l’économie est une démarche logique dans un environnement instable  et/ou menaçant car le marché a montré tous ses avantages mais aussi toutes ses limites comme instrument de régulation de l’activité des entreprises. Le marché doit donc être complété de façon indispensable par un effort de planification qui pourrait se situer au niveau européen comme au niveau national. Mais compléter le marché ne signifie pas le remplacer. Une planification incitative et indicative est aujourd’hui incontournable pour orienter le développement économique de nos pays européens dans le bon sens, celui de la transition écologique et celui de l’indépendance dans la satisfaction de nos besoins fondamentaux. Mais cette planification doit indiquer aux entreprises quelles voies emprunter  pour servir l’intérêt général et doit inciter les entreprises dans ce sens, sans rien imposer. Il ne s’agit pas de remplacer la dictature du marché par celle d’une bureaucratie, car nous serions alors tous perdants.

    by Unknown photographer, bromide print, 1933

    John Maynard Keynes fut l’éminent économiste qui développa une théorie complètement nouvelle dans le contexte de la grande crise économique mondiale des années 30.

    Pour une mondialisation maîtrisée

    Certains ont pris l’habitude d’opposer les mondialistes et les nationalistes, tant la caricature est facile dans ce domaine souvent mal compris.

    Il faut rappeler que la mondialisation est un phénomène historique, un fait qui se traduit sur les plans économique, scientifique, artistique et culturel. Militaire aussi, avec toutes les alliances et coopérations qui se sont multipliées en la matière sur tous les continents.

    Etre « antimondialiste » n’a donc pas de sens, sauf de refuser la réalité par peur de celle-ci. Il est vrai que la mondialisation a des aspects dérangeants voire bouleversants en élargissant la compétition, en complexifiant les codes sociaux et culturels, en amenant une nouvelle division internationale de la production et en permettant des échanges financiers plus difficilement lisibles et donc souvent incontrôlables.

    Comment maîtriser la mondialisation, telle est donc la question.

    Un constat de faiblesse face à la crise actuelle

    Un affaiblissement du pouvoir régulateur des Etats

    Même si aucun gouvernement national ne le reconnaît aisément, la mondialisation a réduit fortement le pouvoir des Etats de maîtriser et coordonner le déroulement des évènements économiques et sociaux qui traversent le monde. Là où ces gouvernements disposaient encore il y a trente ans de leviers d’action, ils ne trouvent plus que des contraintes, en matière monétaire, financière et économique en particulier.  Tant les interdépendances ont grandi et tant le poids des échanges interentreprises et surtout financiers réduit leur pouvoir d’agir et d’influencer les évènements. Mais beaucoup d’entre eux, notamment en Europe ont renoncé à certains de leurs pouvoirs pour « libérer l’économie » et réduire le poids des prélèvements obligatoires.

    L’Europe en construction a pris un virage libéral, anti-keynésien sous la pression des économistes libéraux, influencés par les théoriciens de  l’école de Chicago qui ont remis au goût du jour de vieilles théories qu’ils ont modernisées pour les présenter comme porteuses d’une révolution libératrice. Il faut avouer que les administrations publiques avaient adopté un fonctionnement lourd et paralysant, souvent irrationnel faisant subir à la société un pouvoir bureaucratique de moins en moins supportable. Nous en vivons encore aujourd’hui ici et là quelques vestiges avec, par exemple, l’incurie des ARS dans la gestion de la crise sanitaire et en particulier avec le blocage incompréhensible des tests de dépistage disponibles dans les laboratoires vétérinaires et les labos de recherche.

    Les européens sont devenus plus libéraux que les américains eux-mêmes.  Ce libéralisme s’est traduit notamment par un abandon des contrôles exercés jusque là par les Etats sur les mouvements de capitaux et par des normes contraignantes en matière budgétaire comme la fameuse règle de l’UE des 3% de déficit. Cet affaiblissement des pouvoirs régulateurs est un premier problème.

    La dépendance grandissante liée à une recherche d’optimisation des entreprises

    Sans que cela soit perçu par les citoyens des pays développés, les grandes entreprises ont adopté progressivement une dimension économique et partant, une logique d’optimisation, mondiale. Elles ont implanté des unités de production là où les conditions de rentabilité étaient les meilleures, afin de réduire leurs coûts et d’optimiser leurs résultats. Les conditions le permettant, la concurrence le leur a imposé car celles qui l’auraient refusé auraient vite perdu leur compétitivité. Les délocalisations d’unités de production ont alors été présentées comme un mal nécessaire pour que les entreprises survivent et pour que les consommateurs puissent bénéficier de produits à des prix accessibles. La Chine et d’autres pays surtout en Asie sont devenus les « ateliers du monde ». (1)

    Dans les pays occidentaux les conséquences économiques et sociales que les gouvernements ont du gérer étaient de plus en plus lourdes et coûteuses et les systèmes de sécurité sociale  mis en place après la deuxième guerre mondiale ont commencé à être écornés et même remis en cause. Certains beaux esprits ont même revendiqué la privatisation de domaines jusque là réservés au service public, rêvant par exemple de dissoudre les régimes de protection sociale pour les remplacer par des systèmes d’assurance privée comparables à ceux des Etats-Unis, souvent donnés en modèle (un comble quand on connait les difficultés actuelles de nombreux américains pour se soigner !). De même pour la Santé et l’Education. La Recherche. Mais aussi les entreprises de production de services collectifs, comme l’énergie, les services postaux et les chemins de fer.

    Le résultat de ces évolutions est qu’aujourd’hui les citoyens européens constatent que ce qu’ils avaient accepté comme une évolution irréversible et inévitable a eu des conséquences catastrophiques en matière sanitaire, au sein même des différents pays de l’Union sans parler du reste du monde qui connaissent et vont connaître des crises sanitaires et économiques gravissimes. Mais ce qui est problématique sur le plan sanitaire existe également en matière alimentaire, gestion de l’eau, de l’énergie, des transports.

    Dépendre du reste du monde pour son approvisionnement en biens matériels est une grande faiblesse dès qu’une crise internationale se déroule. Il ne faut pas être grand clerc pour le concevoir. On sait que les biens manufacturés consommés par les Français sont importés pour 2/3, en valeur. La crise que nous vivons est sanitaire mais il pourrait aussi bien s’agir d’une guerre ou d’une crise environnementale ou des réseaux d’information. L’interdépendance et la spécialisation internationale des productions nous ont rendus très fragiles pour faire face à toute crise. Cette dépendance est un deuxième problème.

    Un défaut de résilience productive qui est mesurable

    Très concrètement, deux économistes, Arnaud Florentin et Elisabeth Laville, ont mesuré le niveau de résilience productive de différents pays et régions, c’est à dire « la capacité d’un territoire à couvrir un large espace productif qu’il peut mobiliser face à une perturbation exceptionnelle » c’est à dire la capacité d’un territoire de « maintenir la production de n’importe quel bien en situation de crise ». En d’autres termes « leur capacité à surmonter l’interruption des chaînes logistiques qui les relient à l’extérieur ».(2)

    Il apparaît, selon leur étude, qu’aucun pays du monde ne dépasse aujourd’hui un taux de 50% et que seuls 16% des pays du monde (dont la France avec un taux de 44,9%) ont un taux dépassant 30%. Ces économistes considèrent qu’un « système résilient est celui qui est capable de maintenir la production d’une part significative de biens, probablement au-dessus des deux tiers ».

    Une catastrophe écologique annoncée

    Les différents rapports et prévisions concernant l’avenir de notre climat montrent que le développement économique libéral conduit à négliger les équilibres naturels, en considérant que tout ce que fournit la planète sans être appropriable, est gratuit. L’air, l’eau des fleuves et des océans, la faune sauvage, l’espace extra-atmosphérique, etc.. Nous prenons conscience aujourd’hui que ces biens ne sont pas infinis et que notre activité technico-économique a conduit à leur dégradation, de sorte que nous allons laisser à nos descendants un univers dégradé. C’est du niveau de cette dégradation qu’il est question aujourd’hui dans les traités internationaux fixant des objectifs et des engagements, rarement respectés à ce jour, concernant l’émission de gaz à effet de serre, les pollutions et le réchauffement climatique.

    Notre incapacité à nous engager efficacement dans la transition écologique est un troisième problème.

    Quelles solutions envisager ?

    La question des solutions est celle de la maîtrise de la mondialisation. Il s’agit de trouver les moyens de tirer parti de la mondialisation. Le but est de profiter des avantages qu’elle apporte en termes d’accès à des ressources, des biens et des technologies venues d’autres parties du « village mondial », sans subir les jeux et les choix des entreprises sur les marchés mondialisés.

    Maîtriser la mondialisation ne signifie pas remettre en question l’économie de marché qui a prouvé historiquement son efficacité. Mais la myopie du marché a mainte fois été dénoncée, elle peut même devenir en temps de crise un aveuglement.  Il convient donc d’encadrer le marché et le guider, de préférence au plan européen puisque de nombreuses complémentarités existent aujourd’hui entre les économies européennes.

    La question des solutions impose également de tirer parti de cette crise pour engager notre économie et notre société dans la nécessaire transition écologique. 

    Développer la résilience de nos territoires par la mise en place progressive d’une économie circulaire

    C’est ce que proposent  les économistes Olivier Bargain et Jean-Marie Cardebat dans une tribune au Monde du 22 mai 2020, à travers une voie intermédiaire entre économie locale et économie mondialisée. Ils préconisent d’appliquer la notion de « stress tests » à l’ensemble des filières en fonction de la nature des risques qui pèsent sur elles. Ces professeurs d’économie animent le Laboratoire d’analyse et de recherche en économie et finances internationales (Larefi).

    Suivre dans chaque filière une logique d’économie circulaire « capable de générer ses propres ressources et de produire des biens adaptés à la demande locale » serait à la fois selon eux, une nécessité environnementale et un impératif géostratégique.

    Faire face au besoin de pilotage à long terme par une planification incitative

    La mondialisation s’est donc imposée sans frein, encouragée dans son expansion par des organismes ad hoc comme le GATT puis l’OMC puis les grands traités internationaux en cours de négociation qui posent tous comme hypothèse de base que le commerce sans entrave (le libre-échange) est bienfaisant pour tous.

    Nos Etats ont abdiqué progressivement leur pouvoir et leur devoir d’orienter et de maîtriser les flux économiques essentiels de nos pays. Le problème principal est que personne ne semble plus se placer ni du point de vue de l’intérêt général, ni du long terme afin d’anticiper les évolutions. Nous subissons un déficit important de planification.

    Toute grande entreprise construit un plan pour organiser son développement. Ce plan est la traduction budgétaire d’une stratégie. Le comble est que ce concept est devenu tabou au niveau d’un pays, sous les coups de boutoir idéologiques des néo-libéraux. Le Commissariat au plan qui avait été mis en place par le Général de Gaulle   a été supprimé dans les années 80 par ceux qui ne voulaient pas voir plus loin que le bout du marché.

    Un plan indicatif et incitatif a orienté l’économie française pendant les trente glorieuses. Il n’a jamais ressemblé au Gosplan soviétique qui était lui impératif et contre productif.  La planification à la française  avait simplement pour objet de guider les entreprises en les orientant vers des investissements et des stratégies souhaitables pour le pays, et ce à coups d’aides et de subventions pour celles qui le suivraient.

    Agir au niveau européen par des « programmes à géométrie variable »
    Agir au niveau européen dans le cadre de l'UE

    Le besoin d’une telle démarche est devenu criant aujourd’hui. Bien sûr l’environnement économique a changé et l’Europe industrielle s’est mise en place. C’est donc au niveau européen qu’il faudrait suivre cette voie. Néanmoins si l’Union européenne continue d’être une tour de Babel  politique, il reste possible de bien faire au niveau national et surtout de développer des politiques industrielles volontaristes avec ceux des pays d’Europe qui le souhaitent. Dans le contexte actuel un renouveau de l’Europe industrielle et agricole se fera par des coopérations à géométrie variable, autour de la création  de programmes d’investissements financés  par ceux des Etats membres qui veulent s’engager ensemble dans un domaine de recherche ou de développement industriel.

    Thomas Piketty, Professeur à l’Ecole d’Economie de Paris, propose que pour sortir de la crise économique actuelle, la puissance publique relance l’économie en « investissant dans de nouveaux secteurs (santé, innovation, environnement), et en décidant une réduction graduelle et durable des activités les plus carbonées. »(3)

    Pour éviter les erreurs de la relance qui a suivi la crise de 2008, il invite à suivre la proposition espagnole d’un grand emprunt commun aux pays européens (entre 1000 et 1500 miliards €) perpétuel ou à très long terme, qui serait inscrit au bilan de la BCE pour financer cette relance à la fois « verte et sociale ». Il invite également à un prélèvement exceptionnel sur les plus hauts patrimoines financiers. Selon lui, « l’Europe court un danger mortel si elle ne montre pas à ses citoyens qu’elle est capable de se mobiliser face au Covid au moins autant qu’elle l’a fait pour ses banques. »

    Plus modestement, A. Merkel et E. Macron ont prôné un plan de redressement économique de l’Europe de 500 milliards € financé par une dette communautaire qui sera portée par le budget de l’Union Européenne. Pourtant cette proposition sera une révolution si elle est mise en oeuvre car il s’agit d’un début d’une véritable politique économique commune puisque c’est la commission qui va emprunter et ensuite dépenser ce montant pour aider les pays de l’Union à investir. Encore faut-il que les 27 pays s’entendent à ce sujet, sur le principe et sur une vraie stratégie industrielle.

    Limiter tout risque de « biais bureaucratique »

    Toutefois, l’expérience nous a enseigné que tout développement de l’initiative publique risque de s’accompagner d’un « biais bureaucratique » (4) à travers une administration qui devient vite tatillonne et paralysante en coupant les cheveux en huit et en prétendant réglementer jusqu’à la taille des fromages.

    C’est pourquoi les structures administratives non opérationnelles mises en place (comme des agences ou des commissions) doivent rester limitées au strict minimum (5% du budget mis en œuvre semble être un bon indicateur). De plus, afin de limiter toute tentative de développement d’un pouvoir bureaucratique, des  organes de médiation et/ou d’arbitrage doivent être aussitôt mis en place afin de permettre des recours simples et rapides aux personnes et entreprises concernées.

    C’est cela qui permettra aux citoyens de comprendre que l’action régulatrice de l’Etat ne se fait pas obligatoirement au prix d’un pouvoir administratif écrasant et absurde.

    Mettre l’environnement au cœur de la reprise

    > Un collectif de plus de 90 dirigeants d’entreprises de dimension nationale ou internationale demandent aujourd’hui (le 4 mai 2020) une mobilisation collective afin que la relance indispensable à notre économie devienne un accélérateur de la transition écologique.(5)

    Leur objectif est d’assurer la continuité des efforts déjà engagés dans la transition écologique en organisant la relance économique dans ce sens.

    A court et moyen terme, par un soutien aux secteurs de préservation de l’environnement créateurs d’emplois: Rénovation énergétique des bâtiments; développement des diverses formes de mobilités décarbonées; expansion de la production et du stockage des énergies renouvelables et décarbonées.

    Toujours à court terme, en favorisant une économie plus circulaire et une alimentation locale; en démultipliant également les efforts de recherche et d’innovation dans des solutions industrielles respectueuses de l’environnement.

    A plus long terme l’engagement nécessaire dans le prochain Pacte vert européen est rappelé.

    >De son coté, le Haut Conseil pour le climat (HCC), dans son rapport spécial « Climat, santé : mieux prévenir, mieux guérir »(6), publié mardi 21 avril 2020 a appelé le gouvernement à accélérer la transition pour renforcer notre résilience et nos capacités d’adaptation face aux risques sanitaires et climatiques. Il appelle notamment à la mise en place d’indicateurs d’exposition et de vulnérabilité et au développement d’investissements conformes aux priorités définies dans le cadre de SandaÏ 2015-2030.

    Le HCC recommande une « relance verte » qui intègre l’urgence climatique et la lutte renforcée contre les pollutions, contre la déforestation importée, qui intègre également l’amélioration nutritionnelle des régimes alimentaires et l’évolution des modes de transport. Il insiste pour cela sur l’importance de conditionner les mesures budgétaires et avantages fiscaux qui seront accordés aux entreprises au respect de ces orientations. Le HCC propose de profiter du faible prix du pétrole pour réduire les exemptions fiscales et autres subventions aux énergies fossiles. Il propose également de réformer le système européen d’échange de quotas carbone en le complétant par l’adoption d’un prix-plancher croissant.

    >La Convention Citoyenne pour le climat va dans le même sens en proposant une cinquantaine de mesures (7) afin que « la sortie de crise qui s’organise sous l’impulsion des pouvoirs publics ne soit pas réalisée au détriment du climat, de l’humain et de la biodiversité. » et que les financements de la relance soient fléchés vers des solutions vertes et des investissements « dans des secteurs d’avenir respectueux du climat ». Il s’agit de choisir une stratégie de sortie de crise qui porte « l’espoir d’un nouveau modèle de société ».

    Relocalisation, calcul d’optimisation et planification incitative

    Relocaliser les activités de production des entreprises, oui mais pourquoi et comment ?

    Les calculs d’optimisation des entreprises

    Les entreprises industrielles suivent un calcul économique plus ou moins explicité afin de parvenir à une optimisation de leur ressources, que celle-ci soit défensive sous la pression des concurrents, ou bien menée pour améliorer la rentabilité, que ce soit pour servir des dividendes aux actionnaires (fonds de pension par exemple) ou pour avoir les moyens de mener des investissements plus audacieux grâce à un autofinancement ou, encore mieux, les deux à la fois.

    La délocalisation (1) est un des moyens principaux que les grandes entreprises industrielles ont choisi pour cela dans la plupart des secteurs (automobile, pharmacie, habillement par exemple) depuis les années 80.

    Les conséquences désastreuses des stratégies de délocalisation

    – Sur l’emploi

    Cette stratégie a eu des conséquences désastreuses sur l’emploi des pays développés, principaux consommateurs des produits fabriqués. De sorte que l’on est parvenu à un grand écart entre une production réalisée dans des pays lointains au détriment de l’emploi d’une part et des transferts sociaux de plus en plus importants générant des déficits des systèmes de protection sociale et des records de taux de prélèvements obligatoires d’autre part.

    – Sur les régimes de protection sociale (Sécurité sociale et assurance chômage)

    Une partie croissante de l’activité sur laquelle étaient prélevées les cotisations sociales a disparu des pays consommateurs de produits et de ce fait la demande (alimentée par les transferts sociaux) a été de plus en plus rationnée par des politiques d’austérité et/ou partiellement soutenue par les déficits publics.

    En Europe, quelques pays ont pu échapper à cette difficulté, grâce soit au dumping fiscal (Pays Bas) , soit à des ressources naturelles (pétrole norvégien), soit à des stratégies industrielles spécifiques (machines outils allemandes).

    – Sur les politiques économiques qui ont été menées en Europe

    C’est en s’appuyant sur ces exemples de pays présentés comme « vertueux » sur le plan des prélèvements obligatoires que quelques économistes libéraux, notamment au niveau de la Commission européenne mais aussi en Allemagne (dont la dette d’après – guerre a été effacée dans les années 60) ont préconisé des politiques budgétaires de « stabilisation » pour les pays d’Europe du Sud, réputés dépensiers. On entend encore ce chant aujourd’hui et il vient d’être repris par la cour suprême allemande qui a outrepassé ses pouvoirs avec une morgue difficilement supportable pour les citoyens européens (notamment pour ceux qui ont subi dans leur famille la criminalité nazi).

    Sur l’environnement naturel

    La délocalisation des activités génère des flux de transport grandissants qui s’accompagnent d’un encombrement des voies de circulation maritimes, aériennes et routières et d’une pollution de l’air liée aux émissions de CO2, génératrice de réchauffement climatique.

    La pandémie a révélé à tous l’absurdité de la segmentation internationale de la production

    La recherche d’optimisation a conduit les entreprises des différents secteurs à segmenter leurs filières industrielles (chaînes de valeur) en répartissant géographiquement l’activité entre filiales et sous-traitants pour profiter des meilleurs coûts et conditions fiscales. Cette logique de la rentabilité immédiate a été favorisée par l’abandon des pouvoirs publics de toute velléité de planification des activités économiques, considérée comme une hérésie par les économistes libéraux, obsédés par le libre jeu des mécanismes du marché (oubliant au passage la « myopie » de celui-ci).

    Le manque de courage des représentants de la puissance publique a joué dans le même sens, sans doute favorisé par un fort « besoin de reconnaissance » par les « milieux économiques » (cf. les quinquennats Chirac, Sarkozy et Hollande)

    De sorte que les français ont pu constater au début du confinement que l’on ne produisait plus sur le territoire ni les masques, ni le gel hydroalcoolique nécessaire à leur sécurité sanitaire, ou alors en quantité nettement insuffisante. Et surtout que nos hôpitaux allaient manquer des médicaments que nous n’étions même plus capables de produire seuls. La logique d’optimisation des industriels avait écrasé le besoin d’indépendance de la Nation concernant la satisfaction de certains de ses besoins essentiels. Les français ont vite fait le rapprochement avec leur dépendance connue concernant l’électronique, l’informatique, la téléphonie, certains produits alimentaires, etc..

    Ils ont découverts stupéfaits que la Commission européenne avait continué sur sa lancée à négocier un nouveau traité de libre-échange avec le Mexique pendant le confinement pour, bien sûr, faciliter….l’optimisation des activités économiques. Ils ont également appris que certaines agences régionales de santé recommençaient à envisager des fermetures de lits d’hôpitaux dans la même logique de restriction budgétaire alors que la pandémie est toujours là et que tous les personnels de santé ont alerté sur les insuffisances criantes des moyens dont disposent nos établissements de soin.

    Des réflexes bureaucratiques ont été acquis qu’il est donc impératif de corriger aujourd’hui en imposant une nouvelle logique et de nouvelles priorités.

    La relocalisation des activités de production, stratégie des entreprises ? (2)

    On a assisté (depuis les années 1990 en France) à des relocalisation par les entreprises d’unités de production dans leur pays d’origine. Cela s’est fait sous l’influence de plusieurs facteurs.

    D’une part les groupes industriels ont investi dans l’automatisation de leurs usines afin de réduire le coût du travail, en en réduisant la quantité requise pour produire. D’autre part le développement économique des nouveaux pays industriels a entraîné une augmentation du coût de leur main d’œuvre (en Chine et en Inde), même si on constate que la recherche d’un différentiel de salaire est toujours possible en implantant la fabrication dans de nouveaux pays (Vietnam, Philippines, Éthiopie par exemple)

    Mais c’est surtout la hausse des coûts de transport (liée notamment au coût de l’énergie et au piratage) qui a fini par poser problème. D’autant que les normes de qualité et de sécurité environnementale se sont imposées aux transporteurs avec de plus en plus de force, afin de préserver notamment les océans. D’autant également que la volatilité de la demande s’est développée dans un certain nombre de secteurs (comme l’habillement, mais aussi l’électronique et la téléphonie), entraînant un raccourcissement du cycle de vie des produits, complexifié par la recherche de recyclage dans une logique croissante d’économie circulaire. Il fallait dans ce cas « coller au marché ».

    Finalement certaines entreprises (une minorité) ont rapproché leurs unités de fabrication de leurs marchés, dans une stratégie que l’on a qualifiée de relocalisation. Celle-ci s’est déployée au niveau continental et même régional. Néanmoins celle-ci est loin d’être suffisante pour retrouver une indépendance, au moins au niveau européen, dans de nombreux domaines, comme celui de la chimie fine, indispensable à la production pharmaceutique.

    La relocalisation industrielle doit être soutenue et encouragée par la puissance publique (3)

    En France, certains dispositifs d’incitation financière ont existé qu’il convient d’amplifier  (comme le crédit d’impôt relocalisation de 2005 ou les aides à la réindustrialisation depuis 2010 et les conventions de revitalisation de 2014). Il convient surtout de les concevoir de façon plus réaliste en éliminant les comportements opportunistes de certains industriels chasseurs de subvention qui se déplacent d’un territoire à l’autre en fonction des aides publiques. Des conventions contraignantes assorties de sanctions fiscales et pénales doivent être combinées aux primes distribuées.

    – Diverses organisations et syndicats professionnels du numérique ont proposé le lancement d’un Pacte pour le Numérique (4), rappelant qu’en France En France, le numérique représente 10 % du PIB et que les 152 grands comptes membres du Cigref dépensent en numérique chaque année 50 milliards d’euros. Il s’agirait de « construire , pour la décennie qui vient, un numérique durable, responsable et de confiance » indispensable selon ces organisations au « monde d’après ».

    L’Etat est lui même un gros acheteur de produits à travers les administrations publiques. Il peut donc privilégier les achats de produits « made in France » et/ou « made in Europe », au lieu de préférer systématiquement les produits les moins chers, fabriqués souvent en dépit des règles de l’OIT ou des normes environnementales. Une campagne de conscientisation des consommateurs peut également orienter leurs achats vers des produits labellisés « made in UE ».

    – Dans le secteur pharmaceutique, il est possible d’imposer au Comité économique des produits de santé (CEPS) de revaloriser les prix des médicaments anciens (mais toujours efficaces !). Fixer des prix minimums qui permettent un maintien de la production en France. Certains proposent de revaloriser les prix de façon différenciée, en tenant compte des investissements réalisés par les groupes pharmaceutiques sur le territoire national. (5)

    – De façon générale, il convient de déployer les aides publiques dans le cadre d’un plan d’ensemble de développement industriel cohérent et conforme au nouveau développement du pays dans une perspective de transition écologique et de respect de notre environnement naturel. Ce plan qui doit être indicatif et incitatif donne un cadre et un horizon temporel dans lequel les entreprises peuvent situer plus facilement leur propre stratégie. Il permet de réduire les incertitudes qui peuvent décourager leurs investissement dans leur propre transition écologique.

    Ce plan gagnerait à être conçu au niveau européen avec les pays qui souhaitent coopérer sur le plan industriel à travers des programmes internationaux qui peuvent être « à géométrie variable » selon les secteurs d’activité. L’important est qu’une cohérence soit garantie. Ce plan pourrait ressembler au Green Deal de l’Union Européenne.

    – Il faut enfin de ne pas oublier que si les entreprises relocalisent c’est en raison des avantages en facteurs de production et en infrastructures qu’elles retrouvent sur place. C’est pour cela que nos pays européens doivent continuer de maintenir et développer le formidable avantage que leur donne leur système de formation initiale et ensuite continue, ainsi que la qualité de leurs infrastructures culturelles et leurs systèmes de protection sanitaire et sociale.

    C’est ce que recommande El Mouhoub Mouhoud,  professeur d’Economie à l’université Paris-Dauphine (6), en focalisant les aides sur les personnes elles-mêmes, pour faciliter leur formation et leur mobilité, tout en s’appuyant sur les infrastructures locales.

    De plus, pour que les entreprises comprennent que leur intérêt est bien de produire en Europe, il convient que l’UE se dote d’une véritable taxation incitative qui pénalise les marchandises importées en Europe sans avoir respecté certaines contraintes environnementales et qui favorise les produits ayant réalisé une part majoritaire de leur valeur ajoutée en Europe par un label « made in UE ». Il s’agirait de mettre en place un « protectionnisme éducateur » des activités engagées dans la transition écologique et pourvoyeuses d’emploi en Europe. Mais l’ « état d’esprit » néo-conservateur (d’un libéralisme économique dogmatique et consternant) des fonctionnaires de la Commission européenne pourrait être à réformer en préalable à toute réorientation dans ce domaine. Cela supposerait sans doute également une réforme de l’Office européen de sélection du personnel (EPSO).

    Une actualisation de la stratégie industrielle, définie pour l’UE (7) par la Commission européenne à la veille de la crise sanitaire, s’impose aujourd’hui. Celle-ci visait déjà à renforcer l’autonomie industrielle et stratégique de l’Europe et à développer l’économie circulaire dans une perspective de transition écologique. Mais il faudrait aller au-delà des principes et mettre en place des instruments d’action. Bruno Lemaire, Ministre de l’Economie a d’ailleurs déclaré en janvier 2020 que les politiques mises en oeuvre au niveau européen dans la perspective d’une transition écologique n’avaient de sens que si un mécanisme d’inclusion carbone était mis en place aux frontières de l’UE. Mais celui-ci est loin d’être opérationnel aujourd’hui. La CPME, par exemple, soulève plusieurs interrogations quant à sa mise en oeuvre concrète: « calcul du contenu carbone des produits importés, traçabilité des matériaux utilisés dans les processus industriels, articulation avec les accords commerciaux…. »(8)

     

    Vers une reprise de l’activité des entreprises

    Le gouvernement l’a évoquée récemment , la fin du confinement sera progressive. Le confinement a permis d’aplatir la courbe de la pandémie et de franchir avec le moins de morts possible, le pic de contamination. Mais les besoins sont là. Les besoins de consommables : aliments, énergie. Les besoins de services de santé, de communication, courrier, de transport de marchandises et de personnes. Enfin les besoins de biens durables car il faut des pièces pour pouvoir réparer et des biens neufs pour pouvoir remplacer les biens de consommation comme les biens de production …

    A l’heure où on met en avant la nécessité de relocaliser les filières de productions en Europe, il faut que les entreprises puissent reprendre progressivement leur activité. Les grands groupes comme les artisans et les auto-entrepreneurs vont avoir besoin de recommencer à produire.

    L’ « hibernation des entreprises » n’est pas possible longtemps

    Certaines entreprises subissent une baisse abyssale de leur activité. Cela leur est économiquement insupportable c’est pourquoi les Etats européens se sont engagés dans des politiques de soutien financier à travers des reports de charges sociales et fiscales, un assouplissement du droit des congés payés et du chômage partiel ou de prêts garantis (ou même un financement en capital social) comme dans le cas d’Air France KLM par exemple.

    voir aussi l’article Les dispositifs – TPE pour faire face à la crise du covid 19

    Mais G. Roux de Bézieux, président du MEDEF, recommandait aux chefs d’entreprise, pendant la période de confinement, d’assurer la continuité des activités  dans tous les domaines où cela était possible(1). Une production est en effet nécessaire en permanence pour approvisionner les différents marchés des biens de consommation. Les entreprises doivent produire afin de satisfaire une demande qui a continué de se manifester le plus souvent à distance et qui va s’amplifier avec la fin du confinement.

    D’ailleurs, certaines grandes entreprises comme Véolia et comme d’autres opérateurs d’importance vitale (OIV), ont l’obligation de maintenir leurs activités en toute circonstance en raison de leur caractère indispensable (distribution d’eau, traitement des eaux usées, gestion des déchets, etc..).

    Le confinement, comme une phase d’apprentissage

    En fait, les règles du confinement nous ont guidé dans la vie quotidienne comme dans les relations de travail. Les entreprises doivent définir un cadre de travail très sécurisé afin que tous soient rassurés sur les conditions de déroulement de l’activité. Ce sont les plans de continuité d’activité et autre protocoles de maintien de l’activité.

    On peut rappeler ici la responsabilité générale de tout employeur en matière de sécurité de son personnel. Il s’agit d’une obligation de résultat qui peut conduire, en cas de manquement, à des sanctions civiles et pénales. On peut considérer le confinement comme un temps d’apprentissage de nouvelles façons de travailler car nul ne sait combien de temps l’épidémie durera.

    Dans l’agriculture la production n’a pas cessé car le rythme des saisons s’impose à tous. Néanmoins des récoltes ont été perdues faute de main d’œuvre ou de moyens de distribution. Cela n’est pas tenable à moyen terme, autant pour les exploitants que pour les consommateurs qui ont besoin de ces produits.

    Dans l’industrie et l’artisanat, pour les activités de service et d’accompagnement et de gestion de la production, on peut certes recourir au maximum au travail à distance. Mais cela a ses limites, la coordination des équipes, le contrôle qualité, le contrôle de gestion par exemple, nécessitent du travail sur site.

    La mise en œuvre d’une production sécurisée

    Des plans de déconfinement sont mis en oeuvre dans les entreprises autorisées à reprendre leur activité. Des fiches métiers et des guides d’accompagnement du déconfinement sont mis à la disposition des entreprises et salariés sur le site du ministère du travail.

    Ces plans de déconfinement sont définis, entreprise par entreprise, en fonction du type d’activité afin que la reprise se fasse en confiance.

    La prise de température des salariés à l’entrée des établissements. Parfois le dépistage à la demande des salariés.

    La distance entre deux salariés, la désinfection quotidienne des machines et avant chaque prise de poste. La mise à disposition de gel hydroalcoolique et l’incitation au lavage régulier des mains (qui peut être rappelé par un signal sonore). La distribution de masques ou/et de visières en prenant en compte le besoin supplémentaire des salariés utilisant les transports en commun. Un marquage au sol et une redéfinition de la circulation des personnes dans les locaux. Un réaménagement des bureaux. La mise en place de panneaux de plexiglas. Un arrêt de la climatisation des locaux. Des horaires déclés et une rotation du personnel dans les locaux. Toutes ces mesures peuvent être utilisées pour protéger et pour rassurer les salariés afin qu’ils puissent travailler en confiance et se concentrer sur leurs tâches.

    L’entreprise Michelin a ainsi redémarré progressivement l’activité de ses sites de fabrication en Europe tandis que ses usines asiatiques et en Amérique du sud fonctionnent. Certains sites fonctionnent déjà comme l’usine de Troyes.

    Selon le président de Poclain, Laurent Bataille (2), l’un des challenges de nos entreprises est de se préparer au redémarrage de l’économie européenne. En effet, selon lui « A l’heure actuelle, l’appareil industriel français tourne au ralenti. Mais l’industrie chinoise, plus automatisée et en avance de phase par rapport à l’Europe dans la vague épidémique, est en redémarrage. Chinois et Japonais vont aller vite et chercher à prendre des places. »

    A plus long terme on peut s’attendre dans l’industrie à un développement plus important de l’automatisation des procès de fabrication avec des investissements dans la robotique.

    Pour autant la numérisation d’un grand nombre d’activités dans les services et la formation à distance (e-learning) pendant le confinement vont perdurer pour se combiner à des activités « en présentiel ». On peut donc prévoir que dans les services comme dans l’industrie la production se fera désormais « autrement ».

    Les pouvoirs publics ont  pris en main le sauvetage de l’économie

    On voit aujourd’hui que les dirigeants politiques des pays européens ont pris la mesure de la crise économique, sanitaire et sociale avec des politiques économiques volontaristes, en France, en Allemagne (plan de secours de 822 milliards d’euros) et au niveau européen (plan de rachat de dettes de la BCE). Des nationalisations de grandes entreprises sont même envisagées en Italie, France, Allemagne, Espagne, etc..

    Ils se sont ainsi affranchis par nécessité des règles de discipline budgétaire européenne. Pour certains observateurs, cela montre que des changements importants seront possibles. Ils seront d’ailleurs indispensables car les modèles économiques de nos sociétés sont mis à mal par cette crise.   

    La Banque centrale européenne a mis en place un programme  de  prêts ciblés qui fournit jusqu’à environ 3 000 milliards d’euros de liquidité aux banques à un taux d’intérêt négatif pouvant aller jusqu’à – 0,75 %. Un autre programme d’assouplissement des garanties, est axé sur les petites entreprises, les travailleurs indépendants et les particuliers auxquels les banques peuvent accorder des prêts tout en se refinançant auprès de la BCE à des taux négatifs pour une durée allant jusqu’à 3 ans.

    La plupart des grandes entreprises françaises ont pu négocier des prêts avec leurs banques pour financer ce passage difficile. Pour certaines, comme Air France, Renault, Fnac-Darty, Europcar ou encore Conforama, moins bien notées par les agences de rating, la garantie de l’Etat est nécessaire. Un mécanisme de prêt garanti par l’Etat (PGE) a été mis en place, destiné à toutes les entreprises françaises en besoin de financement lié à la crise sanitaire.

    Mais favoriser la reprise ne suffit pas

    Saurons-nous profiter de cette remise en cause pour remettre sur pied un modèle économique recentré sur l’Europe qui permette de développer les économies des pays composant notre « grand marché unique » ?

    En effet, une stratégie de relocalisation doit s’imposer aux entreprises qui veulent pouvoir accéder au grand marché européen. Selon Patrick Artus, économiste chez Natixis, « il y aura un retour à des chaînes de valeur régionales, avec l’avantage d’une fragilité moindre et d’une diversification des risques »

    ( Voir aussi sur ce blog l’article : Les impacts du coronavirus sur les entreprises françaises )

    Mais pour cela la puissance publique doit jouer un rôle incitatif et facilitateur.

    Selon Dominique Méda, professeure de Sociologie à Paris-Dauphine, il faut aller plus loin encore et « reprendre la main et sur la finance et sur la production, revenir sur la liberté de circulation des capitaux et sur l’actuelle division internationale du travail. » (3)

    Cela signifierait concrètement doter l’Europe d’un système de contrôle des flux monétaires et financiers  entre l’Europe et l’extérieur.

    Cela signifierait également construire une politique industrielle, budgétaire et fiscale européenne qui oriente les entreprises vers des logiques nouvelles : privilégiant les implantations intra-européennes, économisant l’énergie et les ressources naturelles, orientées vers une autonomie et une indépendance européenne en matière sanitaire mais aussi alimentaire, énergétique, industrielle en respectant les équilibres écologiques. (4)

    La soutenabilité et la réduction des inégalités doivent devenir des priorités pour reconstruire une activité économique prospère. Un renouveau et un regain, pour tourner la page et repartir d’un bon pied. On voit qu’il y a fort à faire et qu’il faudra beaucoup d’efforts de nos politiciens pour que tout cela ne se perde pas dans une « tour de Babel » européenne.

    En effet, si aucun changement n’est impulsé par les pouvoirs publics nationaux et européens, alors qu’ils ont aujourd’hui la main, le risque est que la reprise lorsqu’elle aura lieu soit un redémarrage de l’économie « comme avant », comme si rien ne s’était passé pour compenser la baisse de production et de revenus.

    Relocaliser les activités qui peuvent être réalisées sur place en Europe dans une recherche d’économie et de recyclage de nos ressources et de limitation des pollutions générées doit être désormais une priorité des pays européens. Il y a là un champ d’innovations, d’investissements et de recours aux nouvelles technologies de la biologie, de l’énergie, du recyclage  et de l’intelligence artificielle qui doit permettre à l’économie de redémarrer autrement.

    C’est cette ambition qu’il faut populariser et défendre afin que nous ne n’ayons plus à subir la mécanique aberrante d’un libéralisme économique sans contrôle qui nous mènerait sans vergogne jusqu’à la prochaine crise sanitaire ou écologique.

    (1) Voir aussi l’article de ce blog : « Les impacts du coronavirus sur les entreprises françaises »

    (2) Voir l’interview de Laurent Bataille « Le capitalisme à l’européenne à l’heure du grand test » La Quotidienne des entreprises En action de l’Institut de l’entreprise (Club du MEDEF), 25 mars 2020

    (3) Interview de Dominique Méda par D. Lafay « Nous devons tout repenser » dans La Tribune, 21/03/2020

    (4) Voir également l’article de ce blog : « Pour une mondialisation maîtrisée »

    Les dispositifs – TPE pour faire face à la crise du covid 19

    Quels sont les dispositifs visant à permettre aux TPE de faire face aux difficultés liées à la crise du coronavirus ? Ils sont nombreux mais consistent surtout en des reports, ce qui ne sera pas forcément suffisant pour préserver la pérennité des entreprises. Mais il y a également des aides directes comme celle du fonds de solidarité.

    Voir aussi le tableau synthétique de BPi France (1)

    1) L’aide du fonds de solidarité

    Un grand nombre de petites entreprises ne sont pas concernées par les premiers dispositifs mis en place par le gouvernement pour aider les entreprises et les salariés pendant la crise du coronavirus (mise en chômage partiel, arrêt maladie pour garde d’enfant, etc.). Pour compenser les pertes des petites entités, une aide spécifique de 1 500 € va être financée par le fonds de solidarité financé par l’État et les Régions.

    Pour y avoir droit, ce n’est pas le statut juridique qui compte, mais la petite taille de l’entreprise :

    Les critères sont :

    • – moins d’1 million d’euros de chiffre d’affaires (il s’agit du CA facturé (donc les dates de factures), sauf si vous êtes soumis au BNC,
    • – moins de 60 000€ de bénéfices imposables annuels, augmentés des rémunérations que vous vous êtes versées;
    • – un maximum de 10 salariés.

    Cette aide est mensuelle, et a été définie pour le mois de mars. Mais elle pourrait donc être reconduite sur le mois d’avril. C’est le site des impôts (https://impots.gouv.fr) qui accueille et traite les demandes d’aide dans l’espace personnel de chaque entrepreneur (et non pas professionnel). Dans le motif du contact, il suffit de choisir l’ « aide aux entreprises fragilisées par l’épidémie Covid-19 ».

    Le dossier de demande consiste en :

    • – une estimation de la perte de chiffre d’affaires,
    • – une déclaration sur l’honneur

    L’aide sera déterminée en fonction de chaque dossier et ne pourra pas dépasser le maximum de 1 500 €. Une fois déterminée, elle sera versée automatiquement sur la base de la déclaration effectuée.
    Elle est faite pour compenser les pertes liées au coronavirus des petites entités qui voient :

    • leur activité fermée pour raison sanitaire car une interdiction d’accueil du public est intervenue entre le 1er mars 2020 et le 31 mars 2020 (par exemple : les restaurants, entreprises de tourisme, commerces non alimentaires, spectacles, etc.)
    • leur chiffre d’affaires (CA) baisser de plus de 50 % (1)

    NB1 : cette aide de 1 500 € vous prive de l’accès à l’aide exceptionnelle Urssaf versée par le régime de sécurité sociale des indépendants. (aide variable selon les cas pouvant correspondre à la prise en charge de vos cotisations sociales).

    NB2 : Vous ne pouvez pas bénéficier de l’aide du fonds de solidarité si :

    • vous avez bénéficié d’une indemnisation pour arrêt maladie d’au moins 2 semaines sur le mois de mars,
    • vous avez un contrat salarié en plus de votre activité entrepreneuriale,
    • vous êtes à la retraite et exercez votre activité à titre complémentaire
    • votre société est contrôlée par une autre société commerciale,
    • vous avez créé votre entreprise après le 1er février 2020.

    NB3 : Si votre entreprise a la forme juridique d’une holding, les critères d’éligibilité s’appliquent à l’ensemble des sociétés contrôlées par la holding et non pas société par société.

    (1) Pour constater la baisse de CA de 50 % on compare le CA du mois de mars 2020 avec celui de mars 2019. Pour les entreprises créées après mars 2019, on prend en considération le CA annuel moyen depuis la création de l’entreprise.

    2) Le dispositif exceptionnel de l’activité partielle des salariés dans le cadre de l’épidémie du coronavirus (utilisable par toutes les entreprises ayant du personnel)

    Le dispositif permet de suspendre le contrat de travail pendant la (ou les) période(s) d’inactivité ou d’activité partielle. Il peut s’agir d’une réduction de la durée du travail en dessous de la durée habituelle des salariés ou d’une fermeture temporaire de l’établissement de travail.

    Jusqu’au 31 décembre 2020, une absence de réponse de l’administration dans un délai de deux jours suite au dépôt de la demande d’autorisation préalable correspond à une acceptation implicite de la mise en place de l’activité partielle de l’entreprise. Un formulaire de demande est disponible en ligne : https://www.service-public.fr

    Le temps indemnisé est celui pendant lequel les salariés ne sont ni à la disposition de l’employeur (pour un télétravail par exemple) ni en congés payés ou de RTT.

    Pendant la période d’activité partielle, l’entreprise reçoit de l’Agence de services et de paiement (ASP) une allocation par salarié représentant 70 % de la rémunération antérieure brute du salarié (84% du net), dans la limite d’une rémunération plafond de 4,5 SMIC (soit 31,98€), avec un minimum de 8,03 € par heure, quel que soit l’effectif de l’entreprise (sauf pour les apprentis et contrats de professionnalisation).

    De son coté, l’employeur devra verser à chaque salarié une indemnité équivalente à 70% de son salaire antérieur brut (84% du net), qui sera néanmoins assujettie à la CSG et à la CRDS (6,7 %) Si l’employeur souhaite dépasser le taux de 70%, il en supporte la charge. La procédure de demande d’activité partielle est assouplie et peut intervenir après coup jusqu’à 30 jours après la survenance de l’activité partielle.

    Le temps qui est effectivement travaillé sur la période (en télétravail, en formation ou en travail sécurisé sur site) est payé normalement.

    3) L’aide aux entreprises en grande difficulté accordée par les régions

    Une aide peut également être sollicitée auprès de chaque Conseil régional qui sera accordée sur dossier au cas par cas.

    Les régions ont en effet mis en place des aides sous diverses formes :

    -Subventions et/ou prêts en trésorerie : lorsque les décaissements l’emportent sur les encaissements , le déficit de trésorerie peut conduire si la banque ne suit pas, à la situation de cessation des paiements (« faillite ») et l’ouverture d’une procédure de règlement judiciaire des difficultés de l’entreprise. La subvention ou le prêt de trésorerie a pour but de combler le déficit de trésorerie lié à la baisse d’activité liée au coronavirus.

    -Prêt « rebond » à taux zéro de 10 000 à 200 000€ qui sera distribué en coopération avec BPI France sans exiger une garantie sur des actifs de l’entreprise qui doit permettre de financer l’adaptation de l’entreprise aux nouvelles conditions de son marché et de ses approvisionnements, perturbés par le coronavirus.

    -Garanties de la Région, de prêts accordés par la banque à l’entrepreneur

    -Suspension du remboursement des avances remboursables, pour les entreprises en ayant bénéficié.

    4) Le report des cotisations sociales

    Le régime de sécurité sociale des indépendants (SSI qui a remplacé le RSI) a annoncé que :

    Les échéances mensuelle de cotisation sociale des 20 mars et 5 avril n’ont pas été prélevées. L’échéance mensuelle du 20 avril ne sera pas prélevée. Le montant de ces échéances sera lissé sur les échéances à venir en 2020

    Les indépendants sont donc invités à effectuer, à partir du 9 avril et avant le 12 juin, leur déclaration sociale des indépendants  (DSI) en ligne sur net-entreprises.fr afin de bénéficier de la régularisation des cotisations 2019 et du lissage des cotisations 2020

    Ils peuvent sur le même site demander un ajustement de l’échéancier de cotisations pour tenir compte d’une baisse de revenu en faisant une nouvelles estimation du revenu 2020 sans attendre la déclaration annuelle en 2021.

    Au delà de ce report, le Conseil de la protection sociale des travailleurs indépendants (CPSTI) peut attribuer une aide sociale sur demande (formulaire accessible sur le site du SSI) une aide financière exceptionnelle pour la prise en charge partielle ou totale des cotisations de ceux qui ne bénéficient pas de l’aide exceptionnelle dite de 1500€.

    De plus, le service en ligne declare.ameli.fr de l’Assurance Maladie permet aux travailleurs indépendants de déclarer un maintien à domicile pour eux-mêmes et/ou pour leurs salariés durant le confinement. La déclaration prend la forme d’un arrêt de travail simplifié pour les parents d’enfants de moins de 16 ans au jour du début de l’arrêt ainsi que les parents d’enfants en situation de handicap sans limite d’âge.

    5) Les facilités concernant le paiement des impôts:

    En dehors de la TVA et du prélèvement à la source (PAS) qui est versé en tant que collecteur, il est possible de demander un étalement ou un report des principales échéances fiscales d’impôts (IS,TS..) auprès de son service des impôts des entreprises (SIE).

    Un formulaire spécifique est accessible en ligne (sur https://impots.gouv.fr) pour préciser la demande et les montants des reports. Les reports sont accordés pour trois mois sans pénalité et sans aucun justificatif.

    Pour les situations difficiles, il est possible de demander une remise sur le versement des impôts. Le dossier est accessible en ligne sur le site des impôts (https://impots.gouv.fr)

    En cas de contrat de mensualisation, pour le paiement de la contribution foncière des entreprises (CFE) ou de la taxe foncière (TF), il est possible de suspendre les paiements sur impots.gouv.fr. L’impôt sera alors prélevé pour le solde en fin de période, sans pénalité.

    NB: Le report ne concerne pas le paiement de la TVA (et autres impôts indirects) Le versement de celle-ci est donc bien dû pour les entreprises dont les activités sont soumises à la TVA, aux échéances prévues, sans décalage.
    6) Report des loyers et des factures d’énergie

    – Le ministre de l’économie a demandé aux bailleurs ayant la possibilité de le faire, d’accepter les reports de loyers des petites et moyennes entreprises. En cas de refus, il pourra être fait appel au médiateur des entreprises.

    – Les paiements des factures d’eau et d’énergie pourront être reportés sur simple demande.

    7) Le rééchelonnement des prêts bancaires en cours de remboursement

    Les crédits bancaires pourront être rééchelonnés de gré à gré (à négocier avec le conseiller clientèle) par les banques sans pénalités de retard. Si besoin, le médiateur du crédit pourra être saisi par l’entreprise. La plupart des banques s’y sont engagées.

    (1) Voir aussi le tableau synthétique de Bpi France >>>>>

    voir également dans ce blog, l’article Vers une reprise de la production des entreprises ?

    Un nécessaire recentrage régional des activités des entreprises

    Relocalisation devient aujourd’hui le maître mot. Il est regrettable qu’une crise sanitaire grave soit nécessaire pour qu’une conception plus raisonnable et rationnelle de l’économie des entreprises s’impose. La mondialisation qui est un phénomène essentiellement culturel n’est pas en cause mais la libéralisation à tous crins de l’économie mondiale nous a conduit à une impasse. Nous pouvons construire un autre mode de développement en Europe en respectant l’environnement et en tenant compte des aspirations sociales des citoyen(ne)s européen(ne)s.

    Petit rappel historique:

    La libéralisation des échanges de marchandises s’est développée après la seconde guerre mondiale dans le cadre du GATT puis de l’OMC. Mais c’est surtout la libéralisation des échanges financiers de la fin des années 80 (1) qui a ouvert la voie des stratégies de segmentation internationale des activités de production, en s’appuyant sur l’avènement en France de ce que l’on a appelé la « pensée unique ». Il s’agit d’une confiance totale dans la libéralisation des marchés qui s’est installée sous l’influence de l’ère reaganienne aux USA et de l’ère thatchérienne au RU mais aussi de la gauche française avec des partisans comme J. Delors (alors président de la Commission européenne 1985-1994), et la caution théorique de l’école des économistes dite « de Chicago ».

    Les échanges de biens et de monnaie étant libérés, la logique d’optimisation allait conduire les entreprises à produire chaque élément de la composition d’un produit là où c’était le moins coûteux, quitte à externaliser cette fabrication à un partenaire lointain qui respectait moins de contraintes réglementaires. On était entré dans une « globalisation » de l’économie.(2)

    Cela a conduit les grandes entreprises du monde dans deux logiques absurdes :

    -La première est celle du court-terme. La recherche de rentabilité s’est souvent orientée vers une recherche de profit immédiat, impulsée par les variations de cours sur les marchés financiers. Celle-ci a été relayée vers le management des grandes entreprises par les représentants des fonds de pension (3) dans les conseils d’administration. Elle s’est accompagnée d’un discours libéral soutenu qui s’est propagé dans les arcanes des pouvoirs nationaux et de l’Union Européenne. Elle s’est traduite par un affaiblissement des démarches de planification économique et de politique industrielle. On l’a vu par exemple en France, avec la fermeture du commissariat au plan. Fini l’anticipation et la prospective à long terme, suivons les seules impulsions du marché ! Cela a conduit notamment à différentes crises : crise agricole, crise médicale, crise de notre modèle énergétique, crise du transport ferroviaire, crise financière de 2007-2008…

    La deuxième est celle du gaspillage. La segmentation des activités a engendré d’importants besoins de transport et de logistique qui ont consommé énormément d’énergie et de travail et ont produit une grande quantité de gaz à effet de serre. Elle a fait disparaître un grand nombre d’emplois, de savoir-faire, de compétences et de qualifications professionnelles dans les pays européens.

    La crise du coronavirus remet en question les dépendances générées par les stratégies de segmentation internationale de la production.

    A l’heure du confinement, viennent les regrets de ne plus disposer chez soi des capacités de production nécessaires pour faire face à quelques besoins essentiels, comme produire des masques de protection ou du gel hydroalcoolique en quantité suffisantes, alors qu’il s’agit de production sans grande complexité ! Plus encore, on découvre que la filière de la production pharmaceutique a été tellement segmentée que l’on ne produit plus en Europe les composants de base nécessaires à de nombreux médicaments (80% des principes actifs sont aujourd’hui importés de Chine et d’Inde contre 20% en 1990), y compris les réactifs indispensables à la production de tests du covid-19. Un comble !

    La recherche du coût minimum par les entreprises peut nous éloigner de l’intérêt général. La démonstration en est faite avec cette crise sanitaire qui aboutit à une illustration magistrale de ce que les économistes appellent « la myopie du marché ».

    Mais ce qui est vrai dans la pharmacie se retrouve dans la téléphonie, l’électronique, l’informatique et dans bien d’autres filières de production.

    Saurons-nous faire face ?

    Saurons-nous profiter de cette remise en cause pour remettre sur pied un modèle économique recentré sur l’Europe qui permette de développer les économies des pays composant notre « grand marché unique » ? Une stratégie de relocalisation s’impose aux entreprises qui veulent pouvoir accéder au grand marché européen. Selon Patrick Artus, économiste chez Natixis, « il y aura un retour à des chaînes de valeur régionales, avec l’avantage d’une fragilité moindre et d’une diversification des risques » ( Voir aussi sur ce blog l’article : Les impacts du coronavirus sur les entreprises françaises )

    On voit aujourd’hui que les dirigeants politiques européens ont pris la mesure de la crise économique, sanitaire et sociale avec des politiques économiques volontaristes, en France, en Allemagne (plan de secours de 822 milliards d’euros) et au niveau européen (plan de rachat de dettes de la BCE). Des nationalisations de grandes entreprises sont même envisagées en Italie, France, Allemagne, Espagne, etc..

    Le fait que les pouvoirs publics des différents pays européens s’affranchissent par nécessité des règles de discipline budgétaire européenne, montre que des changements importants seront possibles. Ils seront d’ailleurs indispensables car les modèles économiques de nos sociétés sont mis à mal par cette crise. Celle-ci pourrait même, si on la laissait se dérouler librement, mettre fin à l’existence même d’un grand nombre de nos entreprises.

    Pour L. Bataille, président de Poclain, c’est sur la solidarité entre les parties prenantes de l’entreprise (clients, fournisseurs, salariés, dirigeants, actionnaires) et sur l’innovation qu’il faut compter. Cette solidarité est selon lui une condition indispensable de la survie des entreprises. Mais il faut également anticiper le redémarrage de l’activité afin de ne pas perdre des places dans la compétition mondiale. (4)

    Selon Dominique Méda il faut « reprendre la main et sur la finance et sur la production, revenir sur la liberté de circulation des capitaux et sur l’actuelle division internationale du travail. » (5)

    Cela signifierait doter l’Europe d’un système de contrôle des flux capitaux entre l’Europe et l’extérieur. Cela signifierait également construire une politique industrielle, budgétaire et fiscale européenne qui oriente les entreprises vers des logiques nouvelles : privilégiant les implantations intra-européennes, économisant l’énergie et les ressources naturelles, orientées vers une autonomie et une indépendance européenne en matière sanitaire mais aussi alimentaire, énergétique, industrielle en respectant les équilibres écologiques.

    La soutenabilité et la réduction des inégalités doivent devenir des priorités pour reconstruire une activité économique prospère. Un renouveau et un regain, pour tourner la page et repartir d’un bon pied. On voit qu’il y a fort à faire et qu’il faudra beaucoup d’efforts de nos politiciens pour que tout cela ne se perde pas dans une « tour de Babel » européenne.

    Et aux USA ?

    On peut néanmoins s’inquiéter de l’évolution de l’économie aux USA où la panique semble gagner les marchés financiers avec un effondrement du Dow Jones. Les pouvoirs publics semblent désemparés pour gérer une crise économique et sociale aggravée par l’absence de couverture sociale de nombreux citoyens. Une grave récession et une envolée du chômage sont prévisibles. L’effondrement boursier pourrait quant à lui remettre rapidement en question le niveau des pensions de retraite (conçues selon le système de la capitalisation). Le manque d’assurance-maladie de nombreux américains sera inévitablement un facteur aggravant, sauf à mettre en place un dispositif exceptionnel de couverture généralisée.

    Les économistes se tournent aujourd’hui vers le Trésor américain et les gouvernements de Etats pour qu’ils engagent des actions budgétaires contra-cycliques et de renflouement des entreprises et assurent des revenus aux personnes sans emplois. Cela suffira-t-il ? Donald pourrait payer les pots cassés lors de la prochaine élection présidentielle le 3 novembre prochain ….

    D’une façon générale

    D’après Daniel Cohen (6), économiste, professeur à l’Ecole d’économie de Paris, cette crise serait même un point d’inflexion dans l’évolution du capitalisme puisqu’elle marquerait un recul du capitalisme mondialisé pour donner place à un capitalisme numérique. En effet, selon lui la numérisation serait le nouveau moyen pour les entreprises d’obtenir des baisses de coût et la pratique du confinement accélérerait et généraliserait le recours à de nouvelles techniques de télétravail et de formation à distance.

    Voir aussi l’article : Les impacts du coronavirus sur les entreprises françaises

    1. « Le consensus de Paris: la France et les règles de la finance mondiale» par Rawi Abdelal dans Critique internationale 2005/3 (n°28)
    2. Cf l’Aide-mémoire Management et économie des entreprises, L’internationalisation (in chap 10), SIREY, 12ième édition, 2018.
    3. Les fonds de pension ont été d’abord mis en place aux USA avec la loi ERISA de 1974. Ceux-ci ont pris des participations dans les grandes entreprises cotées pour capitaliser les droits des adhérents.
    4. Voir l’interview de Laurent Bataille « Le capitalisme à l’européenne à l’heure du grand test » La Quotidienne des entreprises En action de l’Institut de l’entreprise (Club du MEDEF), 25 mars 2020
    5. Cf l’interview de Dominique Méda  : « Nous devons tout repenser » Denis Lafay, La Tribune, 21/03/2020
    6. Voir l’interview de Daniel Cohen par A. Reverchon dans le Monde du 2/04/2020 : « La crise du coronavirus signale l’accélération d’un nouveau capitalisme, le capitalisme numérique »

    Les impacts du coronavirus sur les entreprises françaises

    Les impacts sur l’économie sont  nombreux:

    Selon l’économiste Daniel Cohen, professeur à l’Ecole d’économie de Paris, chaque mois de confinement pourrait coûter à l’économie française 3 points de croissance annuelle (1).

    A la mi-mars 2020, l’effondrement des places boursières européennes permettait déjà d’anticiper un ralentissement généralisé de l’activité économique et la Commission européenne prévoyait une récession en Europe (baisse du PIB pendant 2 trimestres consécutifs au moins) tandis qu’aux USA les prévisionnistes annonçaient une baisse probable d’un quart du PIB au second trimestre.

    L’OCDE invite les Etats à agir à la fois pour renforcer leurs dispositifs sanitaires et pour dynamiser leur activité économique en soutenant la demande par une politique budgétaire et fiscale volontariste. (2)

    Le 18 mars, la Banque Centrale Européenne (BCE) a lancé un plan de sauvetage massif de 750 milliards d’euros, (ce qui porte la capacité d’achat de titres pour les 10 mois à venir à 1050 milliards d’euros compte tenu des programmes précédemment annoncés). Cela signifie qu’elle peut à chaque fois que nécessaire racheter des titres au cours de l’année 2020, obligations d’Etats ou titres d’entreprises afin de mettre un terme à toute spéculation qui mettrait en danger le financement d’un Etat européen ou l’équilibre financier et l’indépendance d’une entreprise européenne. Les taux d’emprunt devraient ainsi rester supportables pour les Etats et les entreprises européens.

    En France, le ministre de l’économie, Bruno Lemaire, a déclaré qu’il allait aider les entreprises afin de leur permettre de supporter les conséquences du ralentissement de leurs ventes. Les entreprises pourront ainsi, sans justification et sans subir de pénalités, reporter le paiement des cotisations et impôts dus au mois de mars. Par ailleurs un élargissement des conditions de recours au chômage partiel par les entreprises est décidé et un système similaire au chômage partiel est mis en place pour les personnes employées à domicile (ménage, aide à la personne, etc..). Un fonds de soutien aux TPE, entrepreneurs, indépendants et artisans qui subissent une baisse de 70% de leur chiffre d’affaires depuis un an, doit permettre le versement d’une aide forfaitaire de 1500€.

    Par toutes ces mesures, il s’agit de maintenir les emplois et les compétences dans l’attente de la reprise. Cela permet également un maintien de la demande de consommation afin de satisfaire les besoins essentiels de la population.

    On peut aujourd’hui distinguer différents aspects de l’impact de cette épidémie sur les entreprises françaises :

    Du coté de l’offre de produits :

    – D’une façon générale, les mesures de confinement décidées en France à la mi-mars (et dans de nombreux pays européens) vont ralentir voire stopper les activités de production dans de nombreuses entreprises françaises, avec les risques que cela fait peser sur l’emploi et les savoir-faire des entreprises concernées.

    Sur les entreprises industrielles produisant en Chine ou achetant des produits semi-finis et des modules intégrables dans leurs produit principal, la perturbation est d’autant plus forte qu’elles n’ont pas toujours de solution de rechange.
    On cite notamment les secteurs des composants électroniques, machines, bases de médicaments (principes actifs), fibres optiques.…L’atelier du monde ne fonctionne plus ou fonctionne au ralenti. Il faut rappeler que Wuhan est le plus important nœud ferroviaire chinois. C’est aussi un pôle de développement de l’électronique mondiale et celui du secteur auto en Chine. C’est également la « vallée optique » où est produit le quart des fibres optiques du monde.  

    Les entreprises françaises de la pharmacie, ont, quant à elles, à s’attendre à des difficultés d’approvisionnement en principes actifs dans la mesure où la segmentation internationale de la production a abouti à ce que 60 à 80% des principes actifs (qui sont à la base de la fabrication) soient produits en Chine ou en Inde. Les problèmes de pénurie de certains médicaments pourraient donc s’aggraver, notamment dans le contexte de la pandémie.
    Par ailleurs, des perspectives de besoins nouveaux en vaccination et de traitements contre le coronavirus apparaissent, d’où des investissements importants liés à la mise au point de vaccins et de médicaments, à développer en France,  en coopération avec l’institut Pasteur.

    – Sur les importateurs de produits finis, fabriqués en Chine, la perturbation est forte lorsque l’essentiel de l’activité est lié à ces importations. C’est le cas dans de nombreux secteurs: Jouets, matériel électronique, informatique, téléphonie, pharmacie, etc..

    Dans l’automobile, la production locale de pièces et de modules produits par les constructeurs et leurs sous-traitants est soit arrêtée soit ralentie en Chine, ce qui perturbe les chaines logistiques des différents producteurs du monde entier. De nombreuses usines de fabrication du secteur automobile pourraient donc voir leur activité ralentie dans l’ensemble du monde.

    Du coté de la demande de produits:

    De façon générale, les mesures de confinement décidées en France (comme dans de nombreux pays européens) vont ralentir fortement la consommation, à l’exception des consommations alimentaires et pharmaceutiques. Seul le commerce en ligne pourra tirer son épingle du jeu à condition que les approvisionnements puissent suivre.

    –  Pour les entreprises du secteur automobile installées en Chine, le ralentissement important du marché chinois, qui est aujourd’hui le 1er marché automobile mondial, entraîne une baisse de ventes. Mais le ralentissement de l’activité concerne progressivement l’ensemble du marché mondial automobile du fait des mesures de confinement décidées dans de nombreux pays et de la réduction généralisée des déplacements privés ainsi que des activités de production elles-mêmes.

    Dans le transport, la baisse se fait sentir de plus en plus. Dans le transport aérien d’abord, la baisse d’activité est importante et va s’aggraver avec la diffusion du virus à l’échelle internationale. Les vols vers les pays contaminés sont progressivement suspendus de février à avril 2020. Les transports de marchandises et de passagers sont concernés. Au début d’avril 2020 Air France, par exemple, ne maintenait que 5% des vols qui avaient été initialement programmés. Les compagnies aériennes vont donc subir une baisse de chiffre d’affaires très importante. Cette baisse va vraisemblablement se répercuter sur la demande d’avions elle-même ce qui impactera toute la filière aéronautique. On va assister également à une baisse de la demande de transport ferroviaire. Dans l’automobile, les déplacements étant très réduits, la demande de véhicules est au point mort.

    Dans le tourisme l’impact est important également avec une baisse notable des ventes de croisières (en réservations ou par annulations). Les voyages et séjours touristiques à travers le monde sont suspendus. Cela impacte notamment le secteur de l’hôtellerie (Accor indique que 200 de ses hôtels installés en Chine sont inactifs à la fin février). Mais le confinement impacte également très fortement le secteur de la restauration.

    Les entreprises de vins et spiritueux doivent fortement réduire leurs prévisions de vente dans la mesure ou les boites de nuit, les bars et les restaurants sont fermés ou fonctionnent au ralenti dans un grand nombre de pays infectés.

    – Pour les entreprises du luxe on constate une forte baisse de la consommation de produits exportés, destinés à la nouvelle classe moyenne chinoise qui constitue aujourd’hui un marché important de ces entreprises; Les boutiques de luxe installées en Chine doivent fermer ou ne fonctionnent qu’en horaires restreints.

    -La baisse d’activité observée dans un grand nombre de secteurs a elle-même pour conséquence une réduction de la demande de matières premières et produits de base : pétrole, gaz et métaux industriels, dont les cours sont orientés à la baisse.

    Le ministère de l’économie décide à la mi-mars le report de la réforme de l’indemnisation du chômage et l’élargissement des conditions de recours au chômage partiel. Un système similaire au chômage partiel est mis en place pour les personnes employées à domicile (ménage, aide à la personne, etc..). Les Etats français et néerlandais ont accordé à Air France KLM des garanties de prêts et des éventuels apports en capital sont envisagés à moyen terme.

    On constate ainsi que la diffusion du coronavirus aura des conséquences au niveau de l’économie mondiale toute entière. Au-delà de ces conséquences en termes de chiffre d’affaires et de taux de croissance, elle fait prendre conscience aux dirigeants des entreprises du monde entier de la fragilité des chaines logistiques globales (3), conçues à l’échelle mondiale et basées sur un principe de segmentation internationale.
    Cette prise de conscience devrait faire préférer désormais des chaines de production construites à l’échelle régionale, plus près des marchés auxquels elles sont destinées.
    L’exemple de l’ETI Axyntis qui se développe avec succès dans la chimie fine avec la production de principes actifs de pharmacie montre qu’une relocalisation des éléments clés de nos filières industrielles est possible.

    Comment les entreprises peuvent-elles réagir ?

    Selon Daniel Cohen la politique actuelle devrait être de maintenir l’économie en « état d’hibernation »(1). Cette conception semble relativement théorique car il est difficile de demander aux entreprises de suspendre leur activité très longtemps. Tourner au ralenti pendant quelques semaines reste possible à condition qu’un accompagnement financier et administratif soit mis en place, comme c’est le cas actuellement. Mais mettre toute activité durablement entre parenthèse est irréaliste car il faut préserver les réseaux de clientèle et de partenaires économiques en les pratiquant à travers la continuation d’échanges et de projets, quitte à en modifier la nature pour préparer le rebond qui ne manquera pas avec la sortie du confinement.

    Le président du MEDEF, G. Roux de Bézieux, recommande d’ailleurs aux chefs d’entreprise d’assurer la continuité des activités (4) dans tous les domaines où cela est possible, pendant la période de confinement. C’est en effet la condition sine qua non d’un approvisionnement possible des différents marchés des produits de consommation indispensables. Aussi recommande-t-il à tous ceux qui ne sont pas concernés par la fermeture des lieux d’accueil du public et qui ne peuvent pas exercer leur activité en télétravaillant, d’organiser leur activité de production sur les lieux de travail tout en assurant la sécurité sanitaire de chacun, par le respect des gestes barrières et des mesures de distanciation en étroite collaboration avec les CSE (voir aussi l’article de ce blog: Vers une reprise de l’activité des entreprises ?).

    Il recommande également dans les relations inter-entreprises un assouplissement des délais de paiement et une suspension des intérêts de retard afin de préserver les savoir-faire, les outils industriels et les emplois des différents partenaires.

    Voir aussi l’article : Un nécessaire recentrage régional de l’activité des entreprises

    (1) Interview de Daniel Cohen, in Le Monde du 2/04/2020

    (2)Perspectives intermédiaires de l’OCDE du 2 mars 2020.

    (3) La notion de chaine logistique globale (supply chain) est présentée p 417 et 418 in Management et économie des entreprises, G. BRESSY et C. KONKUYT , 12ième édition, SIREY 2018.

    (4) Institut de l’entreprise.fr « A nous, entreprises de faire preuve d’un esprit collectif », La quotidienne des entreprises en action. 24/03/2020

    Une entreprise peut-elle apprendre ?

    A l’heure où le coronavirus bouleverse l’économie et remet en question le déroulement des activités des entreprises, on prend conscience de l’importance de la capacité de celles-ci de s’adapter au changement. Il faut apprendre pour faire face, pour s’adapter et en tirer des avantages pour l’avenir.

    Une entreprise peut-elle apprendre et comment ? Et quelles sont les conditions de cet apprentissage organisationnel ?

    De façon générale, les entreprises comme les humains sont confrontées en permanence au changement. Changement des réglementations, changement technologique, changement des comportements, changement des prix et des marchés, changements des alliances et des partenariats, etc..

    Qu’est-ce qu’une organisation apprenante ?

    L’apprentissage qui se conçoit bien à l’échelle d’une personne n’est pas si évident au niveau d’une organisation comme l’entreprise. Comment celle-ci peut-elle devenir apprenante ? Pour changer elle-même l’entreprise doit apprendre de nouvelles façons d’exercer son activité mais elle doit aussi apprendre à changer puisque le changement devient lui-même une contrainte permanente.

    Les changements de son environnement peuvent être lents, progressifs et prévisibles et dans ce cas, elle pourra s’adapter dans la durée. Mais ils peuvent aussi être soudains et imprévisibles et dans ce cas, l’entreprise ne pourra compter que sur sa faculté d’adaptation rapide, ce qui s’improvise rarement.

    Une « organisation apprenante » (learning organization) est capable d’apprentissage. Elle sait   inventer ou s’approprier des connaissances et des savoir-faire. Elle facilite pour cela l’apprentissage de ses collaborateurs. Cette pratique de l’apprentissage l’amène immanquablement à évoluer. Habituellement, le changement sera impulsé par la hiérarchie et l’encadrement, sans que cela soit une règle. Quoi qu’il en soit,  pour qu’il soit couronné de succès, il faut que toutes ses parties prenantes (services, personnel, partenaires) soient convaincues de son intérêt et disposent des moyens de le mettre en œuvre.

    Comment une entreprise peut-elle apprendre ?

    Comment  l’apprentissage des nouvelles méthodes et procédures de travail, des nouveaux services et produits peut-il se faire ? Les organisations décentralisées et dont la culture et les procédures sont tournées vers l’émergence et la réalisation de projets et la mise en place de groupes de travail transversaux facilitent un apprentissage collectif (ou « organisationnel »). La communication accompagne et complète les évolutions organisationnelles pour que les nouvelles solutions soient partagées ou mises à la disposition de tous les services. Le recrutement des salariés puis la culture de l’entreprise vont eux-mêmes valoriser l’aptitude à apprendre et à changer  chez chacun de ses membres.

    D. Garvin (1) (1993) considère qu’il existe cinq moyens pour une organisation de pratiquer l’apprentissage organisationnel :

    1. -la résolution de problèmes en groupes de travail;
    2. -l’expérimentation de solutions nouvelles par des groupes  ou des services « pilotes»;
    3. -la coopération avec les partenaires (clients, fournisseurs, sous-traitants
      notamment) ;
    4. -le fait savoir capitaliser  les leçons de
      son expérience  et de celle des autres (benchmarking) ;
    5. – le fait  d’assurer un  transfert de connaissances.
    Quelles sont les conditions pour que l’entreprise puisse apprendre ?

    Finalement on voit que l’ « entreprise apprenante » doit disposer d’une forme d’organisation adaptée à l’apprentissage et même tournée vers l’apprentissage. Des difficultés peuvent survenir dans la mesure où l’organisation est le résultat de son histoire, de son passé et des procédures qui ont progressivement été mises en place. D’ailleurs, il arrive fréquemment que l’on empile les procédures faute de temps pour réorganiser entièrement les processus. On pourrait dire que parfois les expériences et apprentissages organisationnels passés viennent contrarier l’apprentissage et l’adaptation actuellement nécessaires. Certains auteurs parlent même de « routines organisationnelles défensives » qui viennent s’opposer aux changements nécessaires à l’adaptation aux changements de l’environnement (Chris Argyris) est la fameuse « résistance au changement » qui existe dans la plupart des communauté humaines.

    C. Argyris et D. Schon (2) sont les auteurs qui ont montré que l’apprentissage organisationnel est une démarche itérative. C’est-à-dire qui se déroule de façon répétitive, selon une succession d’approximations, qui de correction en correction, devient de plus en plus proche de la solution recherchée.   Ils distinguent les ajustements qui se font par une simple modification dans les moyens engagés (dits en « simple boucle ») des ajustements qui vont porter également sur le processus lui-même (modélisation du problème, objectifs, dispositif mis en place).

    Selon les auteurs de la thèse évolutionniste de la firme, même si les procédures de travail (routines) sont héritées du passé de l’entreprise, c’est le marché qui sélectionne progressivement les procédures pertinentes et invalide les autres qui sont alors abandonnées.

    Ces procédures de travail sont mises en œuvre par un ensemble de collaborateurs qui les partagent et les font évoluer au fil du temps. Il peut s’agir  de « communautés de pratique » (E. Wenger, 1998) (3) souvent auto-organisées et qui échangent sur un réseau télématique (internet, intranet ou extranet), au sein desquelles existe une dynamique qui peut favoriser l’apprentissage.

    L’entreprise qui souhaite favoriser l’apprentissage pour faire face à un environnement changeant va donc mettre en place un réseau de communication efficace, des groupes de travail spécialisés ou transversaux (qui peuvent intégrer des coopérations externes), des expérimentations au sein d’équipes pilotes (ou commissions « ad hoc ») mais aussi un management des connaissances qui assure la capitalisation des nouvelles procédures par leur formalisation et leur  partage (stages de formation, mise à disposition en ligne, actions de communication internes, etc..). Voir aussi à ce propos le modèle du dégel de K. Lewin. (4)

    Tout cela implique une organisation souple à organigramme relativement plat (ligne hiérarchique restreinte) mais aussi une capacité financière d’investir dans la recherche de ces nouvelles formes d’organisation du travail sans  lesquelles l’entreprise ne pourra pas s’adapter pour rester compétitive. En effet cette recherche nécessite un temps de travail important de la part des salariés impliqués et ce temps de travail constitue un investissement immatériel (5) indispensable.

    Dans certains cas malheureusement le changement est brutal et prend la forme d’une crise à laquelle il faut s’adapter en urgence. Dans ce cas l’entreprise peut improviser et compter sur la chance pour faire face et rebondir, en s’appuyant le cas échéant sur un savoir-faire ou un actif secondaire (Exemple de l’entreprise Intel qui a su se reconvertir dans les microprocesseurs à partir d’une crise dans le secteur des mémoires informatiques sous la pression des constructeurs japonais, dans les années 1980). Néanmoins lorsque l’environnement sectoriel est chaotique la meilleure solution semble de se préparer aux crises en mettant en place et apprenant une méthodologie spécifique de la gestion de crise.   (Pettigrew, A.M. 1990)(6)

    • (1) D. A. Garvin, « Building a learning organization », Business Credit, Vol 96, n°1,1994
    • (2) Chris Argyris et Donald A. Schön, L’apprentissage organisationnel, théorie, méthode et pratique [« Organizational Learning: A Theory of Action Perspective »], 1978 
    • (3) E. Wenger, Communities of Practice: Learning, Meaning, and Identity, Cambridge University Press, 1998
    • (4) K. Lewin, Kurt Lewin, The mecanisms of change,  New York: Harper & Row, 1947
    • (5) Voir aussi la notion de capital immatériel de l’entreprise dans l’Aide-mémoire Management et économie des entreprises, SIREY 12ième édition, 2018
    • (6) Pettigrew, A.M. Longitudinal field research on change: Theory and practice in  Organization Science 1:267-292 · August 1990

    Burn-out et management toxique

    Le burn-out est souvent la conséquence d’un management toxique que celui-ci soit délibérément mis en oeuvre par l’entreprise ou qu’il soit le fait d’un cadre de celle-ci.

    Ce qu’est le « burn-out »

    La commission des Affaires sociales de l’Assemblée a présenté en février 2017 un rapport sur le syndrome d’épuisement professionnel, le fameux «burn-out» selon lequel, en France,  3,2 millions de Français seraient exposés à danger d’épuisement. Selon L’INVS (devenu l’agence nationale « Santé publique France »),  sur la période 2007-2012, on a dénombré  30 000 cas de burn-out  et 400 suicides.(1)

    Selon une mission d’information de l’assemblée nationale, le burn out est « l’ensemble des troubles psychiques que subissent les travailleurs confrontés à un environnement professionnel délétère ». Le développement de ce type de pathologie explique que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) vienne d’ajouter en 2019 le « burn-out »  dans sa Classification internationale des maladies. Néanmoins jusqu’à aujourd’hui, en France, l’épuisement professionnel n’est pas reconnu comme maladie professionnelle. En février 2018, une proposition de loi en ce sens, a  été rejetée par l’Assemblée nationale. 

    D’après le modèle élaboré en 1981 par les chercheuses en psychologie sociale, Christina Maslach  et Susan Jackson (le Maslach Burnout Inventory (MBI)),  le syndrome  du burn-out  inclut trois dimensions:  

    • La première dimension est un épuisement émotionnel, psychique mais aussi physique ;
    • La seconde dimension est une dépersonnalisation se traduisant par un détachement et une indifférence vis-à-vis du travail et des personnes avec qui on travaille ;
    •  La troisième dimension est une perte du sentiment d’accomplissement personnel  s’accompagnant d’une inefficacité au travail et une dévalorisation de soi.

    Comme l‘épuisement professionnel ne figure pas aujourd’hui encore dans les « tableaux »  des maladies professionnelles de la Sécurité sociale, il  est nécessaire au salarié demandeur  de prouver que son burn-out entraîne un niveau de 25 % au moins d’incapacité permanente. C’est pourquoi  seules quelques dizaines de personnes voient leur syndrome reconnu comme maladie professionnelle. 

    Le « burn-out » est le plus souvent le résultat d’un management toxique mis en place par l’entreprise

    Certains dirigeants ont mis en place un management toxique pour le personnel en adoptant plus ou moins délibérément une organisation et une gestion déstabilisantes et éreintantes, frisant le harcèlement moral. Ce management parfois qualifié de déviant aboutit à une maltraitance des salariés. Celle-ci se traduit par des décisions arbitraires de leur hiérarchie, une instabilité délibérée de leurs conditions et poste de travail et même par la fixation d’objectifs complètement irréalistes.

    L’objectif inavoué de la direction de telles entreprises peut être  de réduire l’effectif en poussant un grand nombre de salariés à la démission. Il peut être encore d’exercer sur les salariés une pression permanente liée à des objectifs toujours plus ambitieux sans tenir compte de la santé du personnel. Une jurisprudence a commencé à se construire en France en condamnant des entreprises comme France Télécom (devenue aujourd’hui Orange) pour « harcèment moral institutionnel »(2).

    Le management toxique peut aussi être le fait d’ un cadre intermédiaire fautif

    Néanmoins un management toxique peut également être développé par tel ou tel manager intermédiaire, cadre , responsable d’un service, qui exerce une perversion plus ou moins consciente, à travers son propre management au détriment de salariés qui le subissent.

    Il peut même s’agir d’un comportement de harcèlement moral qui est défini de façon précise par le droit du travail comme des « agissements répétés .. qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d’altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel  » ( article L 1152-1 du code du travail ).

    Le harcèlement sexuel quant à lui est défini en droit du travail comme «toute forme de pression grave, même non répétée, exercée dans le but réel ou apparent d’obtenir un acte de nature sexuelle, que celui-ci soit recherché au profit de l’auteur des faits ou au profit d’un tiers » (article L. 1153-1 du code du travail) ou encore comme « des propos ou comportements à connotation sexuelle répétés qui soit portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, soit créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante » (article L. 1153-1 du code du travail).

    Parfois, le refus de demande sexuelles peut déclencher un harcèlement moral ou tout au moins un management toxique..

    Dans toute entreprise employant au moins deux cent cinquante salariés est désigné un référent chargé d’orienter, d’informer et d’accompagner les salariés en matière de lutte contre le harcèlement sexuel et les agissements sexistes. » (article L. 1153-5-1 du code du travail).

    La direction est souvent la dernière informée de ce type de situation qu’il est toujours difficile d’appréhender et de corriger rapidement. L’entreprise peut néanmoins voir sa responsabilité engagée devant le conseil des prud’hommes si elle ne réagit pas rapidement à une alerte dans ce domaine. L’employeur peut s’appuyer sur le conseil social et économique ( CSE) et sur les cadres de l’entreprise pour caractériser une telle situation avant de prononcer des sanctions disciplinaires envers l’auteur du harcèlement moral ou sexuel.

    Le risque de burn-out génère des activités d’accompagnement et de coaching

    Enfin, on peut remarquer avec Sylvaine Perragin (3), psychopraticienne expérimentée, que la souffrance au travail génère, pour les « coachs », les cabinets spécialisés ou les assureurs, un chiffre d’affaires de 37,5 milliards d’euros par an, selon les statistiques de l’Insee. Selon elle, tous ces professionnels de l’accompagnement   vendent essentiellement du « bien-être pour que l’entreprise soit encore plus rentable ». Elle va jusqu’à dénoncer une pratique de la « thérapie version fast-food » qui est loin de remettre en question une  évaluation du travail par  les seules  performances chiffrées des salariés, alors qu’il faudrait selon elle, « un management comme soutien et non comme contrôle ».  

    Management et volontariat

    Il faut distinguer le Volontariat international en entreprise (V.I.E) et le volontariat territorial en entreprise (V.T.E) focalisé sur les PME et ETI.

    Le volontariat international en entreprise (V.I.E.) (1)

    Le programme de volontariat international en entreprise (V.I.E.)   permet aux jeunes étudiants, jeunes diplômés et jeunes professionnels de travailler à l’étranger. Il est administré par Business France (2) qui offre aux jeunes diplômés l’occasion d’enrichir leur expérience professionnelle dans un contexte international. Les postes proposés se trouvent notamment dans le domaine commercial, technique et scientifique.

    On remarque que l’indemnité mensuelle versée par l’entreprise au volontaire varie selon le pays concerné. En pourcentages : 45% des missions sont réalisées en Europe, suivi par l’Asie (19%) et l’Amérique du Nord (13%).

    Selon les statistiques,  70% des entreprises proposent un poste fixe à l’issue de la mission. Il s’agit donc d’une façon efficace de rechercher un emploi à l’international.

    (1) https://www.demarches.interieur.gouv.fr/particuliers/volontariat-international-entreprise-vie

    (2) Business France est chargée d’accompagner le développement international des entreprises françaises – https://www.businessfrance.fr/

    Le volontariat territorial en entreprise (VTE) (3)

    Dans une étude « Attirer les Talents«  de Bpifrance Le Lab (4)  datant de novembre 2017, il apparaissait que 57 % des PME-ETI des territoires affirmaient manquer de talents pour croître. 

    Le volontariat territorial en entreprise a ainsi été lancé en novembre 2018 (pendant un Conseil national de l’industrie) pour répondre à cette problématique en créant des liens entre les PME et les ETI des territoires et les jeunes diplômés de grandes écoles  et de l’université (A partir de bac+2 et jusqu’à 2 ans en sortie d’études) .

    Le volontariat territorial en entreprise (VTE) est un dispositif (un contrat en alternance de longue durée (Apprentissage ou professionnalisation) ou un contrat post-diplôme d’une année minimum (CDD ou CDI)) dont le but est d’inciter les étudiants à s’orienter vers les PME ou ETI à partir d’une expérience d’une année de volontariat à travers différentes missions qui leur sont confiées par des entrepreneurs. 

    Ainsi les nouveaux diplômés sont rémunérés par leur employeur à un salaire de marché. Les étudiants en alternance, le sont selon la règlementation (indexée sur le SMIC en fonction de l’âge et du niveau de qualification).

    Les PME peuvent de cette façon disposer de compétences supplémentaires pendant la durée des missions. Cela les ouvre à de nouvelles analyses et de nouveaux savoirs. Elles peuvent également espérer attirer certains étudiants en prolongement de leur volontariat. Le système vise globalement à encourager l’orientation professionnelle des jeunes diplômés vers les entreprises industrielles.

    Pour les jeunes étudiants le VTE permet d’endosser des responsabilités opérationnelles dès l’entrée dans la vie active (expérience 360), en collaboration directe avec le dirigeant de l’entreprise, dans des missions pluridisciplinaires. Cette expérience est très valorisante pour les jeunes qui vont intégrer la vie active. Elle peut figurer en bonne place sur leur CV.

    Les types de missions :

    Bras droit du dirigeant  (Ex : – un poste de Chief  Digital Officer  , un poste de chargé de la transformation et des nouveaux modèles économiques

    Projet de transformation / digitalisation / nouveau business model (Ex : chef de projet RFID à l’international)

    Projets technologiques en ruptures / Nouveaux produits / Nouvelles méthodes de production (Ex : Ingénieur/chef de projet/ Efficacité énergétique)

    International (depuis la France) (Ex : Responsable export / international)

    Finance / M&A (Ex: Contrôleur de gestion

    Marketing / Communication (Ex: Business coordinator; Ingénieur technico-commercial)

    Marque employeur / RH / RSE (Ex : Gestionnaire de paie ; Ingénieur QHSE)

    (3) https://www.entreprises.gouv.fr/politique-et-enjeux/volontariat-territorial-entreprise-nouveau-dispositif-pour-mettre-lien-jeunes

    (4) BPI France Le lab a pour mission de développer la connaissance sur les entreprises françaises en créant un pont entre les mondes académique et entrepreneurial – https://www.bpifrance-lelab.fr/